À Montmorillon, ville de la Cité de l'Écrit et des Métiers du Livre et de la romancière et éditrice Régine Deforges, le Salon du livre 2026 se tiendra samedi 20 juin, mais l’événement littéraire s’est déjà déplacé sur le terrain politique. La programmation, qui met en avant plusieurs figures médiatiques et éditorialistes nationaux, est dénoncée par France Insoumise comme le signe d’un changement d’orientation culturelle depuis l’élection de Jean-Luc Souchaud, maire divers droite de la commune.
Le 17/06/2026 à 18:18 par Hocine Bouhadjera
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17/06/2026 à 18:18
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L’édition 2026 avait d’abord été annulée par la mairie de Montmorillon, qui invoquait les contraintes de calendrier liées aux élections municipales. Après plusieurs péripéties, le Salon du livre a finalement été sauvé : il se tiendra sur les places du Maréchal-Leclerc et du Vieux-Marché, dans une formule repensée et présentée comme « une version renouvelée ».
La polémique vise d’abord la présence de Franz-Olivier Giesbert, invité à ouvrir le salon vendredi 19 juin à 20h30 au cinéma Le Majestic autour de son essai La France est-elle un pays communiste ?, publié chez Plon.
Mais elle touche aussi la venue de Patrice Duhamel, ancien directeur général de France Télévisions, de Nathalie Saint-Cricq, éditorialiste politique de France Télévisions, de Joseph Macé-Scaron, journaliste, essayiste et intervenant régulier sur CNews, de Paul Melun, essayiste et ancien chroniqueur de L’Heure des Pros sur CNews, aujourd'hui à France Télévisions, ou encore de Harry Roselmack, visage de TF1 et présentateur de Sept à huit.
LFI Sud-Vienne Montmorillon accuse la nouvelle majorité municipale d’« utiliser la culture » pour diffuser ses principes, en favorisant la venue d’« éditocrates médiatiques ». Le mouvement estime que le salon devrait rester « un espace d’éducation populaire consacré à la littérature, à la création, à la diversité des imaginaires et au débat intellectuel ».
À ses yeux, cette programmation entretient une « confusion entre culture, spectacle médiatique et piètre polémique », là où le pluralisme devrait aussi faire entendre « des auteurs, des penseurs, des chercheurs, des éditeurs indépendants » et des voix « souvent invisibilisées dans l’espace médiatique ».
Joint par ActuaLitté, LFI Sud-Vienne Montmorillon estime que les précédentes éditions cherchaient davantage à mettre en avant des auteurs « moins visibles » et « moins médiatiques », avec des rencontres ouvertes au public qui donnaient au rendez-vous une dimension « d’éducation populaire », loin d’une simple logique de têtes d’affiche.
La conclusion du texte vise directement Jean-Luc Souchaud et son équipe. LFI les accuse d’avoir fait « le choix éminemment politique de dénaturer l’identité culturelle et littéraire de ce salon, en invisibilisant celles et ceux qui font vivre le livre, la création et la pensée critique ».
Contactée par ActuaLitté, la mairie de Montmorillon rejette toute lecture partisane de la programmation, assurant vouloir proposer « un salon le plus ouvert et le plus rassembleur possible, autour de ce qui nous unit : le livre, la lecture et la rencontre avec les auteurs ».
La municipalité présente cette édition comme une relance d’un rendez-vous emblématique de la ville. Son objectif, explique-t-elle, est de « redonner de la visibilité à cet événement » et de lui permettre de « retrouver une dynamique attractive ». Elle souligne aussi que le budget de l’édition 2026 « a été adopté par l’ensemble du conseil municipal, majorité comme opposition ».
Sur la construction de la programmation, la mairie évoque « un travail collectif associant les services municipaux, un prestataire spécialisé et les élus ». Les choix auraient été guidés par plusieurs critères : « la qualité des auteurs invités, la diversité des genres littéraires représentés, l’équilibre entre auteurs locaux et nationaux, ainsi que la volonté de toucher différents publics ».
Malgré une organisation menée « dans un délai particulièrement contraint », elle estime avoir « recréé une dynamique autour de la rencontre entre les lecteurs et les auteurs », en s’appuyant sur « la diversité des univers littéraires proposés ».
La controverse se comprend dans un contexte municipal récent. Jean-Luc Souchaud, candidat divers droite, a remporté les municipales à Montmorillon avec 63,32 % des suffrages, devant Juliette Kocher et Christophe Martin, candidat divers gauche de la municipalité sortante.
Le désaccord porte ici sur le sens donné au mot « populaire ». Pour la mairie et les défenseurs de la programmation, un salon populaire doit faire venir du public, mêler les genres, attirer par des noms connus et ne pas réserver la littérature à un cercle d’initiés. Pour ses critiques, le populaire devrait au contraire permettre de rendre visibles les auteurs locaux, les éditeurs indépendants, les nouvelles voix, les associations et les acteurs culturels moins présents dans les grands médias.
Cette opposition traverse toute l’affaire : s’agit-il d’élargir le public ou de déplacer le salon vers la notoriété médiatique ? De défendre l’éclectisme ou de remplacer la littérature par le commentaire politique ? De faire vivre un événement municipal ou de lui donner une couleur idéologique nouvelle ?
Une professionnelle ayant participé à des éditions précédentes du Festival du livre de Montmorillon confirme que l’événement traversait déjà, avant cette polémique, une période d’interrogation sur son identité. Elle garde le souvenir d’un festival qui « se cherchait beaucoup », partagé entre l’héritage de ses grandes années et la nécessité de réinventer sa forme.
Le salon semblait parfois travaillé par « une sorte de complexe d’infériorité » vis-à-vis d’une époque où la venue d’auteurs très identifiés par la télévision suffisait à faire événement. Or, observe-t-elle, ce modèle correspond de moins en moins aux pratiques actuelles des festivals littéraires, davantage construits autour de tables rondes, de thèmes, de rencontres éditorialisées et de circulations entre les auteurs.
La nouvelle majorité municipale hérite donc d’un rendez-vous fragile dans son positionnement, mais ses choix de têtes d’affiche lui donnent désormais une coloration politique que ses opposants contestent frontalement.
Franz-Olivier Giesbert, au centre de la polémique et grand critique de LFI, revendique, auprès de La Nouvelle République : « C’est la France profonde, comme on l’aime, avec des traditions. On est loin des mauvais vents de Paris. Je suis un provincial, j’adore ces endroits. » « Il n’y a pas un mépris de la province dans sa manière de répondre ? », interroge, auprès d'ActuaLitté, LFI Sud-Vienne Montmorillon.
Sur la programmation, FOG répond : « La formule est toute simple : c’est l’éclectisme. Il ne faut pas proscrire un type de littérature contre un autre, c’est absurde, contre-productif. Si on veut qu’un maximum de gens viennent et qu’ils découvrent autre chose, il faut avoir un spectre très large. Dès qu’on referme le spectre, ça ne marche pas. Il faut des écrivains de toutes sortes, de styles différents, d’opinions différentes. »
Il pousse plus loin son argument à propos de la littérature populaire : « Je ne la lis pas particulièrement, mais c’est très important qu’elle soit présente. Sinon, c’est de l’entre-soi qui tue la littérature. »
L’écrivain et journaliste assume aussi la tonalité pamphlétaire de son dernier essai. À propos de La France est-elle un pays communiste ?, il précise qu’il s’agit d’« un livre polémique, à ne pas prendre au premier degré », tout en développant l’idée d’un « communisme mou » français, fondé selon lui sur le poids des dépenses publiques, des prélèvements obligatoires et l’abandon de la valeur travail par une partie de la gauche.
Outre des figures identifiées politiquement, le programme 2026 réunit aussi des auteurs clairement identifiés par leur œuvre littéraire, leurs romans populaires, leurs livres jeunesse, leurs bandes dessinées ou leur ancrage régional.
La programmation accueille aussi des figures du roman populaire et de genre : Mireille Calmel, Éric Giacometti ou encore Gilles Paris. Léa Wiazemsky, Roland Portiche, Claire Brun, Philippe Larbier, Luc Turlan, Gérard Sansey ou Michel Cordeboeuf complètent un ensemble qui va du roman historique au polar, de la littérature jeunesse à la bande dessinée, avec une présence régionale et familiale.
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LFI Sud-Vienne Montmorillon assume une démarche d’opposition locale. « On a décidé de communiquer là-dessus parce qu’il n’y avait rien qui était fait au niveau de l’opposition locale et municipale. » Et entend porter une autre lecture de la politique culturelle municipale, afin d’amener « un peu de réflexion et de prise de recul ».
À plus long terme, la mairie dit vouloir, de son côté, « consolider cette nouvelle formule » en développant « un véritable projet culturel autour de la lecture ». L’enjeu affiché est de « redonner le goût de lire aux petits comme aux grands », de renforcer les actions en direction de la jeunesse et de faire du Salon du livre « un rendez-vous culturel incontournable, fidèle à l’identité littéraire de Montmorillon tout en s’ouvrant à un public toujours plus large ».
Crédits photo : Montmorillon (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
14 Commentaires
Tatou
18/06/2026 à 06:10
Si ce salon est accusé de virer à droite, c'est qu'il était précédemment à gauche... Donc où est le problème ? À gauche, c'est bien, à droite, c'est mal ? C'est un peu court comme analyse !
Team ActuaLitté
18/06/2026 à 07:51
Bonjour
Ou alors le salon n'avait jusqu'à lors pas d'orientation politique marquée.
Et le fait qu'une couleur se dessine devient problématique.
Il n'existe pas forcément que des binarités gauche/droite, le monde ne saurait se résumer à de si courtes analyses.
Marie
18/06/2026 à 08:18
Et après? Bien que France info nomme une émission "Tout est politique", pas d'accord . "polis", traduction du grec, "cité". Si cette librairie vire à droite, est-ce pour autant impossible d'y acquérir ou d'y commander tel ou tel bouquin? Si oui, on joue la concurrence.
C'est vrai que des lecteurs fréquentent les librairies pour se donner des idées de lecture...
Le précédent libraire de ma ville m'avait commandé un ouvrage intitulé "Kadhafi, un brave type"...Quand on sait qu'à l'origine cette librairie appartenait au diocèse...Mais l'ouvrage n'est jamais paru, , c'était en 2011.
Eti
18/06/2026 à 12:30
Bonjour,
Il ne s'agit pas d'une librairie mais d'un festival... On n'y commande pas d'ouvrages, on y achète ce qui y est proposé.
Marie
18/06/2026 à 14:03
Merci, pardon. Il n'empêche, "et après"? A force de juger les gens et les institutions selon leur direction politique, réelle ou supposée (de plus en plus d'ailleurs), le serpent se mord la queue. Et la curiosité de la découverte meurt peu à peu. Il y a du positif chez tout un chacun, c'est mon sentiment. Ma liberté s'exerce à la découverte, pas à ce que l'on a déjà encensé... ou condamné.
Edco
27/06/2026 à 16:33
Hihi ....🤭🤭🤭🤭 Quand ça veut pas , ça veut pas 🤭🤭🤣🤣🤣🤣😭😭
Auteurs des hauts de France
18/06/2026 à 07:54
L'opposition idéologique mise de côté reste deux approches observables dans l'organisation de la plupart des salons. Face à la baisse de la lecture et de la fréquentation des salons et concurremment l'augmentation exponentielle du nombre de salon comment attirer des visiteurs. La première tendance est de chercher un parrain et un invité d'honneur ainsi que des " têtes de gondole" dans une logique de recherche d'affluence et de vente. La seconde est une recherche de thématique, de construction de propositions, de découvertes, de misé en avant des nouveaux talents. La première tendance peut se résumer à ; vu à la télé et sur les réseaux sociaux. La seconde pari sur l'émulation, la curiosité, la réflexion. La première tendance debouche sur une logique commerciale où le livre apparaît comme une extension du domaine du spectacle. La seconde cherche à faire le lien avec l'éducation, la construction d'un bagage culturel , le développement de l'esprit critique. Deux logiques difficiles à marier dans une logique hybride. Vu chez nous dans certains salons bien connus quand la majeure porte sur des éditorialistes très polarisés comme c'est de plus en plus le cas cela se traduit par l'amplification de la présence des librairies et la marginalisation voire l'exclusion des auteurs indépendants. La première tendance en cours d'amplification dans les salons généralistes ne joue pas en faveur du développement d'une pratique durable de la lecture et d'une promotion de la littérature de fond. Rappelons nous la parole de Victor Hugo. La forme c'est le fond qui remonte à la surface. La logique de la relance par la mise en scène de têtes de gondole est un calcul de court terme. Le problème de fond reste entier : " Comment faire venir à la lecture, au livre aux joies de la pensée réflexive, à la construction d'une identité culturelle les citoyens de nos communes moyennes sans céder à la facilité du catalogue " vu sur "
Petit éditeur
18/06/2026 à 10:02
Une municipalité qui vote à l'unanimité pour une renaissance de ce salon mourant, la venue d'auteurs médiatiques qui génère des visiteurs beaucoup plus nombreux, et donc une visibilité de TOUS les auteurs plus importante, un potentiel de livres vendus multiplié pour tous les livres présentés et tout ça engendre un article polémique. Vraiment pathétique ! Merci ActualFitté
Jacques Lèbre
18/06/2026 à 12:08
Que les têtes d'affiche du salon soient des "vedettes" médiatiques de la télévision, cela montre à quel point les organisateurs se foutent de la littérature, à laquelle ils ne connaissent sans doute pas grand chose ! Et qu'il y ait des invités de CNews, cela montre bien un virage à droite toute ! C'est très exactement ce que l'on peut appeler un salon populiste, où les quidams du coin viendront regarder les vedettes de la télé comme on regarde les signes au zoo !
Auteurs des hauts de France
18/06/2026 à 14:31
Qu'une commune prenne directement les commandes d'un salon du livre est une hérésie, une source de soupçons et d'enjeux politiciens. C'est la tâche d'une association littéraire ou de la médiathèque de piloter ce type d'événement. Sinon c'est de l'electoralisme et de l'amateurisme...
Marie
18/06/2026 à 16:33
Absolument d'accord.
GOB86
18/06/2026 à 16:26
Pour avoir fréquenté ce salon dès sa création ( donc du vivant de Régine Desforges) il me semble qu'on assiste bien là à une orientation "droitière" de ce salon... ILy a quelques années donc, j'ai le souvenir d'y avoir croisé quelques auteurs appréciés chez les polardeux comme le regretté Thierry Jonquet...
Si effectivement des têtes de gondoles telles que FOG, Duhamel et consorts doivent nous tenir la dragée haute, la littérature n'a sans doute rien à y gagner. J'entends ici par littérature tout ce qui invite au rêve et à la réflexion mêlés, tout ce qui toujours relie les hommes et jamais ne les sépare...
Au final, peu nous importerait que ces auteurices fussent de droite ou de gauche, s'ils n'étaient pas tout simplement porteurs (ses) d'une plume aussi indigente.
Relisons Hugo, Rimbaud, Flaubert, Maupassant, et même Houllebecq!
Zone52
18/06/2026 à 21:28
"Petit éditeur" a raison à 100% !
Une manifestation restreinte à l'entre-soit "culturel" élitiste peut s'entendre sur Paris. Guère ailleurs.
Ce système persiste à générer la chute constante des ventes de livres. Comme pour le cinéma les blockbusters et les vedettes peuvent sauver les autres.
Et SURTOUT BRAVO au rédacteur de l'article. Bien informé, équilibré, exposant chaque position...
GG
19/06/2026 à 08:58
Je pense que LFI se trompe. L'an dernier, je suis passé par hasard à Montmorillon le jour du salon. J'ai été surpris de voir ce qu'était devenue la grande fête du livre qui s'étendait auparavant dans les ruelles de la vieille ville et où se pressaient des milliers de visiteurs. L'événement n'était plus que l'ombre de lui-même ; quelques dizaines d'auteurs réunis sous une tonnelle devant l'office de tourisme, quasiment pas de visiteurs, pas de communication, les bouquinistes absents ou fermés... J'ai eu du mal à croire qu'il s'agissait du même rendez-vous qu'il y a 20 ans. Les quelques curieux égarés croisés ce jour-là partageaient mon incompréhension. On assistait à un naufrage. Si la nouvelle municipalité, peu importe son orientation politique, veut relancer ce salon, laissons-lui une chance...