À Chandigarh, la bibliothèque AC Joshi de la Panjab University remet en lumière une pièce singulière de ses réserves : une Bhagavad-Gita du XVIIIe siècle présentée comme écrite avec un grain de riz. Le manuscrit réapparaît alors que l'établissement s'est lancé dans un inventaire national des fonds anciens.
Une Bhagavad-Gita du XVIIIe siècle écrite « avec un grain de riz », voilà qui n'est pas banal. Le Times of India consacre un article à cette pièce, un texte fonateur de l'indhouisme, conservée par la bibliothèque AC Joshi de la Panjab University, à Chandigarh. L'ouvrage, longtemps resté parmi les curiosités discrètes de l’établissement, attire de nouveau l’attention dans le cadre d’un programme national consacré aux manuscrits.
Cette Bhagavad-Gita ressort au moment où Chandigarh recense ses fonds anciens dans le cadre du programme Gyan Bharatam du ministère indien de la Culture. Une première phase a identifié 9909 manuscrits répartis dans sept établissements d’enseignement, de recherche et bibliothèques de la ville. L’initiative associe conservation, numérisation et valorisation, avec un rattachement annoncé au National Digital Repository.
Des responsables de l’établissement indiquent qu’une équipe mandatée visitera l’université dans environ trois mois pour poursuivre la documentation et la vérification. La section des manuscrits et livres rares occupe le rez-de-chaussée de la bibliothèque AC Joshi. Des chercheurs venus d’Europe, des États-Unis et de pays arabes y travaillent régulièrement, notamment sur les fonds persans, sikhs et coloniaux.
Le fonds comprend 1492 manuscrits en hindi, ourdou, persan, sanskrit, pendjabi et écriture sharda. Il couvre des textes religieux hindous, des documents persans, de la poésie, des écrits liés aux gurus sikhs, des traductions et des archives rattachées à la cour de Maharaja Ranjit Singh. D’importants apports en ourdou et en persan furent également issus des dons de Diwan Anand Kumar.
En 2018, le Hindustan Times précisait qu’environ la moitié de ces pièces provenaient de dons, les autres ayant été acquises à différentes périodes. La numérisation, alors menée avec l’appui des Archives nationales de l’Inde, consistait à photographier et numéroter les manuscrits avant leur traitement électronique. Environ 1200 documents avaient déjà été numérisés, selon Mritunjay Kumar, alors assistant archiviste de la bibliothèque, tandis que d’autres, en trop mauvais état, ne pouvaient être traités.

La bibliothèque conserve également un Mahabharata traduit en persan par Shri Vias Devgi Maharaj, en nastaliq, une écriture calligraphique développée dans le monde persan. Daté du XVIIe siècle, le volume comporte des illustrations de peintres iraniens représentant des scènes de culture hindoue, dont Krishna.
L’exemplaire aurait été acheté en 1956 auprès de Prithipal Singh, à Amritsar. Mritunjay Kumar relevait alors que, sous le règne de l’empereur moghol Jahangir, des textes religieux furent traduits et illustrés en persan, dans un contexte de circulation savante et artistique entre traditions.
La bibliothèque conserve encore l’une des premières copies imprimées de la Constitution indienne, issue d’un ensemble d’environ 300 premiers tirages et donnée par l’ancien vice-chancelier M. M. Puri. Au-delà des manuscrits, l’établissement revendique près de 20.000 livres rares, dont certains remontent à 1634.
Les collections incluent des archives de la révolte de 1857-1858, des rapports scientifiques et coloniaux, des atlas, l’Imperial Gazetteer of India, des écrits de voyageurs médiévaux, ainsi que des fonds sur Shakespeare, George Bernard Shaw, la littérature sanskrite et hindi. Le centre régional Swami Sarvanand Giri de Hoshiarpur entre aussi dans l’exercice de documentation.
Le traitement des manuscrits et livres rares suit un protocole en plusieurs étapes. Le Hindustan Times décrivait d’abord une fumigation, ou traitement thermique, destinée à éliminer insectes et vers du livre par exposition à 58 °C pendant 24 heures, menée au Government Museum and Art Gallery du secteur 10, à Chandigarh.
Viennent ensuite la désacidification pour réduire les taches, la lamination des pages selon les normes archivistiques, puis la numérisation. Selon l’article, cette opération de conservation peut prolonger la durée de vie des documents jusqu’à un siècle.
Crédits photo : Anil Dayal/HT
Par Clément Solym
Contact : cs@actualitte.com
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