Après la mort de Lyhanna, 11 ans, à Fleurance, Gérald Darmanin a reconnu une défaillance de l’institution judiciaire et demandé le réexamen de milliers de plaintes concernant des mineurs. Face à l’émotion nationale, plusieurs livres rappellent ce que la langue politique nomme mal : la durée du trauma, l’emprise, le silence des adultes et la place trop vite retirée aux victimes.
Le 12/06/2026 à 12:59 par Nicolas Gary
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Publié le :
12/06/2026 à 12:59
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Lyhanna avait 11 ans. Elle a disparu le 29 mai 2026 à Fleurance, dans le Gers, après avoir quitté le collège Hubert-Reeves. Selon les premiers éléments rapportés par TF1Info, d’importantes recherches ont été engagées, puis un homme de 41 ans a été interpellé et mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineure. Après l’identification du corps de l’enfant, l’affaire a cessé d’être seulement une enquête criminelle pour devenir une crise publique autour de la protection des mineurs.
Gérald Darmanin, garde des Sceaux, a déclaré que « l’institution judiciaire n’a pas su protéger » Lyhanna et présenté ses excuses à sa famille, selon Le Monde. Dans la foulée, le ministre de la Justice a annoncé sur LCI que les procureurs généraux auraient jusqu’au 14 juillet pour reprendre l’intégralité des 70.000 plaintes impliquant des enfants. Le 9 juin, la commission des lois du Sénat a auditionné Gérald Darmanin et Laurent Nuñez sur les défaillances possibles de la chaîne judiciaire et policière.
Le vocabulaire institutionnel s’est immédiatement imposé : défaillances, plaintes, parquets, procédures, inspections, sanctions, moyens. Cette langue a son utilité. Elle permet de chercher des responsabilités, de suivre les dossiers, d’interroger le fonctionnement des services. Mais elle laisse souvent hors champ ce que les livres savent approcher avec une autre précision : la peur d’un enfant, l’emprise d’un adulte, la lenteur d’une parole, la violence d’un silence collectif.
Dans Le Berceau des dominations, Dorothée Dussy déplace le regard. L’inceste n’y apparaît pas comme une anomalie isolée, mais comme une pratique rendue possible par des structures familiales, sociales et symboliques. Ce livre est essentiel ici parce qu’il empêche de réduire la pédocriminalité à la figure commode du prédateur extérieur. Il oblige à demander comment une société protège réellement les enfants quand ses premiers lieux de protection peuvent aussi devenir des lieux d’autorité, de secret et de domination.
Triste tigre, de Neige Sinno, travaille l’autre versant : celui de la survivante qui refuse les récits réparateurs trop simples. L’autrice revient sur les viols subis dans l’enfance par son beau-père, sur la plainte, sur la justice, mais surtout sur l’impossibilité de transformer le trauma en histoire close. Face à l’affaire Lyhanna, le livre rappelle que l’événement criminel ne tient pas tout entier dans le dossier. Même lorsque la justice agit, même lorsqu’un coupable est désigné, le mal fait à l’enfant déborde la procédure.
Avec Le Consentement, Vanessa Springora montre une autre mécanique : celle d’un adulte qui confisque le récit, impose ses mots, maquille l’emprise en relation, puis trouve dans un milieu culturel complaisant les conditions de son impunité. Le rapprochement avec Lyhanna ne porte pas sur les faits eux-mêmes, mais sur une constante : la parole adulte arrive souvent avant celle de l’enfant, la recouvre, l’explique, la rend douteuse ou secondaire.
La Familia grande, de Camille Kouchner, place cette difficulté au cœur du groupe familial. Le livre interroge ce qui se produit lorsque des adultes savent, soupçonnent, perçoivent, mais ne font pas de cette connaissance une protection. Il ne dit pas seulement la violence de l’inceste : il dit l’organisation du silence autour de lui. Dans l’après-Lyhanna, cette question devient politique. Une plainte, une alerte, un signalement ne valent que si quelqu’un les traite, les relie, les suit et accepte d’en mesurer la gravité.
Adélaïde Bon, dans La Petite Fille sur la banquise, donne à cette durée une forme plus intime encore. Le récit revient sur le viol subi enfant, puis sur la réouverture tardive de l’affaire et la confrontation judiciaire avec un agresseur en série.
Le livre rappelle ce qu’une procédure classée ou mal suivie peut produire dans une vie : non pas une parenthèse administrative, mais des années de peur, de dissociation, d’attente, de solitude. Quand Gérald Darmanin annonce la reprise massive de plaintes concernant des enfants, ce texte donne un visage à ce qui se trouve derrière chaque dossier.
Laëtitia ou la fin des hommes, d’Ivan Jablonka, occupe une place particulière dans cette bibliothèque. L’historien y enquête sur le meurtre de Laëtitia Perrais et refuse que la victime disparaisse derrière son assassin, derrière la parole politique ou derrière l’emballement médiatique. Il reconstruit une existence avant le crime. C’est précisément l’un des risques de l’affaire Lyhanna : que l’enfant devienne un nom de crise, un symbole d’échec institutionnel, puis un marqueur dans une bataille entre responsables publics, magistrats et pouvoirs policiers.
La Maladroite, d’Alexandre Seurat, raconte autrement cette disparition de l’enfant entre les adultes. Inspiré d’un fait divers, le roman fait entendre ceux qui ont approché une petite fille maltraitée et n’ont pas empêché le pire : proches, enseignants, médecins, services sociaux, représentants de l’ordre judiciaire. Sa force tient à cette polyphonie sèche, presque administrative, où chacun détient un fragment et où personne ne parvient à produire une protection entière. Là encore, le livre ne commente pas l’affaire Lyhanna : il éclaire la logique de dispersion qui transforme les alertes en traces isolées.
Dans Les Chatouilles ou la danse de la colère, Andréa Bescond donne au corps une place que les procédures oublient souvent. Odette, enfant victime d’un ami de la famille, ne parvient pas d’abord à parler ; elle danse, elle porte dans ses gestes ce que les mots ne peuvent pas encore soutenir. Le texte rappelle une évidence souvent absente des débats publics : un enfant ne dépose pas une parole comme un adulte remplit une déclaration. Il hésite, se tait, se contredit parfois, parce que l’emprise attaque aussi la capacité de dire.
Reste Lolita, de Vladimir Nabokov, dans la traduction de Maurice Couturier, à condition de le lire contre son narrateur. Le roman ne doit jamais servir à esthétiser la prédation : il permet au contraire d’observer comment un adulte peut produire un récit séduisant pour neutraliser ce qu’il fait subir à une enfant. C’est l’un des apports majeurs de la littérature à ce type d’actualité : apprendre à se méfier des récits trop bien construits par ceux qui détiennent le pouvoir de parler.
L’affaire Lyhanna nécessitera des enquêtes, des responsabilités, des moyens et des décisions. Les livres ne remplacent ni la justice ni le travail parlementaire : ils rappellent une exigence que les institutions, les médias, les libraires, les bibliothécaires, les enseignants et les éditeurs partagent : ne pas laisser l’enfant disparaître une seconde fois derrière les mots qui organisent l’après-coup.
Ndlr : un extrait des ouvrages cités est proposé en fin d'article.
Crédits photo : Rassemblement féministe et enfantiste du 8 juin 2026 à Paris. - FreCha, CC BY SA 4.0
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
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Edco
12/06/2026 à 15:09
Oui et les livres de C.Angot, F.Flament , .....etc .....
Par ailleurs....
"Livres sur l'Inceste - Sélection et Ressources" https://sos-inceste-grenoble.org/livres/
"Les prédateurs sont dans la poche de vos enfants - Babelio" https://www.babelio.com/livres/Moore-Les-predateurs-sont-dans-la-poche-de-vos-enfants/1489251
...... mais beaucoup d autres !!!!!