Dans Tes mots sur les murs, Eve Renard installe son premier roman au cœur d’un collège où la parole circule d’abord clandestinement. Sur les murs, un « Poète » anonyme écrit ou colle des messages féministes. Olympe et Assia les photographient, les publient sur Instagram, puis voient l’affaire changer d’échelle : les phrases disparaissent des couloirs, mais s’ancrent ailleurs, dans les conversations, les écrans et les rapports de force de l’établissement.
La mécanique narrative repose sur une tension simple et efficace. Qui signe ces messages ? Le principal y voit un acte de vandalisme ; Olympe, elle, y reconnaît une manière d’entrer dans la lutte. L’enquête donne son élan au récit, sans en constituer le seul horizon. Ce qui intéresse surtout l’autrice tient dans la contagion d’une prise de conscience : comment une cause devient intime, comment l’indignation se transforme en action, comment l’amitié résiste lorsque l’engagement cesse de ressembler à un mot d’ordre partagé.
Le roman trouve sa justesse dans ce frottement entre idéal et réalité. Olympe veut compter, agir, défendre une voix qui l’ébranle. Autour d’elle, Assia, Laula, le club féministe et la professeure de français composent un groupe vivant, traversé par l’enthousiasme, les maladresses, les malentendus et les désaccords. Eve Renard évite le récit édifiant : elle ne distribue pas des rôles figés, elle observe des adolescentes qui apprennent à nommer l’injustice tout en découvrant les limites, les risques et les angles morts de leurs propres convictions.
Cette matière militante trouve une forme accessible, directe, très attentive aux usages d’une génération pour laquelle le réseau social archive, amplifie, expose. Le collège devient alors un lieu double : espace de surveillance pour l’institution, terrain d’expérimentation politique pour les élèves. Les murs n’y servent pas seulement de décor ; ils matérialisent ce que les adultes effacent, ce que les adolescents reprennent, ce que la parole publique transforme.
Née en 2003, chroniqueuse en ligne sous le pseudonyme Goupilit et passée par les métiers du livre et de l’écriture, Eve Renard signe un texte de proximité, porté par une connaissance sensible de son lectorat. Tes mots sur les murs séduit par son énergie, sa clarté et sa façon d’aborder le féminisme adolescent sans le réduire à un slogan. Le livre raconte moins une révolte exemplaire qu’un apprentissage : celui d’une parole qui cherche sa place, ses alliées, son courage et sa responsabilité. L’ensemble garde un rythme net, sans effet de manche ni lyrisme appuyé jusqu’au dernier tiers.
Publiée le
10/06/2026 à 19:09
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Paru le 21/01/2026
320 pages
Rageot
16,50 €
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