La représentation de Passeport, pièce écrite et mise en scène par Alexis Michalik, ne se tiendra finalement pas à Castres. Prévu en février 2027, le spectacle a été retiré de la programmation culturelle par la nouvelle municipalité dirigée par le Rassemblement national. L’auteur dénonce une décision politique, tandis que le maire Florian Azéma assure exercer ses prérogatives d’élu et conteste toute accusation de censure.
Le 10/06/2026 à 14:32 par Hocine Bouhadjera
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10/06/2026 à 14:32
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La polémique est partie d’un message publié par Alexis Michalik sur Instagram. Le metteur en scène y explique avoir appris que la représentation de Passeport prévue à Castres en février 2027 avait été annulée. D’après lui, le spectacle avait été « programmé, validé, intégré à la saison » et figurait dans la brochure présentée au public.
La décision serait intervenue « à la dernière minute », à la demande des nouveaux élus RN de la municipalité. Castres a basculé en mars dernier avec l’élection de Florian Azéma, candidat du Rassemblement national, arrivé en tête du second tour des municipales dans une ville longtemps marquée par d’autres équilibres politiques.
Créé par Alexis Michalik, Passeport raconte l’histoire d’Issa, jeune Érythréen laissé pour mort dans la « jungle » de Calais. Amnésique, il n’a plus qu’un seul élément tangible de son passé : son passeport. À partir de ce document, il entame une quête administrative et personnelle pour obtenir un titre de séjour, entouré d’autres compagnons d’exil.
Alexis Michalik précise dans sa note d’auteur qu’il n’a pas voulu écrire un théâtre « militant ou documentaire », mais « une histoire humaine, qui s’adresse à tous ». Dans sa réaction à la déprogrammation, il rappelle aussi que Passeport circule depuis plusieurs saisons en France.
L’auteur de Porteur d’histoire, Le Cercle des illusionnistes, Edmond ou Une histoire d’amour insiste sur cette dimension dans sa réaction à la déprogrammation castraise : « Chacun est libre d’aimer ou pas la pièce. Mais chacun devrait aussi être libre de la voir. »
Interrogé par l’AFP, le maire Florian Azéma affirme être « dans ses droits » et soutient que rien n’avait été définitivement acté, aucun contrat n’ayant été signé avec Alexis Michalik ou la production. Pour lui, il ne s’agirait donc pas d’une annulation au sens strict, mais d’un changement de choix dans la programmation.
L’argument avancé est aussi politique et budgétaire. Le maire explique vouloir que « l’argent public » des Castrais soit « dépensé correctement ». Il indique également que les choix précédents avaient été faits par l’ancienne majorité et qu’il disposait, après l’alternance municipale, de la liberté de revenir sur certaines orientations.
Le sujet de la pièce a néanmoins pesé. Auprès de La Dépêche du Midi, Florian Azéma reconnaît que le thème ne correspondait pas à ce qu’il avait défendu pendant la campagne. Il déclare également, à propos des migrants : « Ce sont des clandestins. » Il affirme que si la pièce relève de la « promotion des clandestins » ou propose un traitement des forces de l’ordre qui ne correspond pas à ses positions, elle n’entre pas dans la ligne qu’il entend porter.
La municipalité dit vouloir réorienter la politique culturelle vers davantage d’artistes locaux, de représentations scolaires, de danse ou de musique. Le maire mentionne aussi la possibilité de programmer à la place d’autres propositions municipales, scolaires ou artistiques.
Alexis Michalik voit dans cette déprogrammation un signal préoccupant. Le metteur en scène dit s’inquiéter « pour toutes les œuvres, tous les artistes et tous les programmateurs » qui pourraient subir une décision comparable. Il appelle à « rester collectivement vigilant » face aux tentatives de « faire de la culture un outil de sélection idéologique ».
Il rattache cette alerte à la liberté de création et à l’indépendance de la programmation culturelle, qu’il présente comme des principes démocratiques. « J’espère que cette décision sera reconsidérée », conclut-il.
La polémique dépasse rapidement le seul cadre local. À gauche, les réactions dénoncent une atteinte à l’indépendance culturelle. La France Insoumise Castres parle de « censure culturelle ». Le collectif Castres en commun s’interroge sur ce que cette décision peut annoncer : aujourd’hui une pièce de théâtre, demain un livre ou une exposition.
Les réactions se sont par ailleurs multipliées sous la publication Instagram d’Alexis Michalik. Emmanuel Grégoire, maire de Paris, dénonce « une pièce annulée à la dernière minute sur injonction politique du RN » et ajoute : « Paris t’accueille autant que tu veux ! » Énora Malagré, animatrice et comédienne, constate : « Voilà…, on y est… Soutien total ».
Le comédien Noël Faure y voit un signal politique plus large : « À tous/toutes ceux/celles qui peuvent dire : “on n’a jamais essayé le RN”… bah si… et ça donne ça. » Il ajoute que « l’expression artistique est et restera la plus belle “arme” pour combattre toutes les formes d’obscurantismes ».
L’humoriste Olivia Moore dénonce, elle aussi, un climat de pression : « Les programmateurs et programmatrices ont peur de se faire retirer du budget par des élus », écrit-elle, avant de conclure : « Cercle infernal de la crainte : c’est le projet de l’extrême droite. »
Florian Azéma renvoie aussi ses opposants à une autre polémique locale et nationale : celle du Canon français, une société d’événementiel qui organise de grands banquets autour des produits du terroir, du vin et de chansons populaires françaises.
« C’est étonnant d’entendre des socialistes parler de censure, de mise à mal de la liberté artistique, quand ces mêmes personnes veulent interdire l’événement du Grand Canon français qui ne coûte pas un centime d’argent public. Là, je suis assez surpris. C’est assez cocasse quand même », déclare-t-il.
La controverse autour du Canon français a pris de l’ampleur après un banquet organisé à Caen le 18 avril 2026. France Inter rapporte qu’un de ses journalistes, présent sur place, a été témoin de propos racistes et de gestes s’apparentant à des saluts nazis. Les organisateurs disent condamner le racisme et mettent en avant leur charte de bonne conduite.
La controverse de Castres intervient dans un contexte déjà identifié par plusieurs professionnels du théâtre. En septembre 2024, Le Monde consacrait une enquête à une « insidieuse forme de censure » touchant les spectacles abordant des sujets jugés clivants, parmi lesquels l’immigration, la religion, la politique ou l’homosexualité.
Passeport y était cité comme exemple central. Camille Torre, cofondateur d’ACME, société de production de théâtre privé, y expliquait que « 15 % à 20 % » des dates envisagées dans des théâtres municipaux ne se feraient pas en raison du sujet de la pièce.
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Il indiquait aussi que plusieurs programmateurs avaient posé une « option ferme », avant d’annuler après un veto de leur équipe municipale. Alexis Michalik liait déjà ces refus à la manière dont la pièce traite l’immigration. Passeport est actuellement à l’affiche du Théâtre de la Renaissance, à Paris.
Le cas de Castres concentre actuellement l’attention, mais la tentation de reprendre la main sur les programmations culturelles traverse aussi d’autres droites locales. À Vanves, le maire UDI Bernard Gauducheau a lui aussi provoqué l’incompréhension en annonçant la suspension de l’essentiel de la saison 2026-2027 du théâtre municipal, avant de faire marche arrière. La décision excluait toutefois les spectacles jeunes publics et l’offre de cinéma.
La municipalité assure aujourd'hui que « la saison culturelle 2026-2027 se déroulera dans son intégralité », avec un budget annoncé qui reste de 1,5 million €. Les spectacles conçus par les équipes culturelles seront donc présentés comme prévu. Bernard Gauducheau maintient cependant sa volonté de consulter les habitants sur l’offre culturelle locale.
Bernard Gauducheau la justifie par un décalage supposé entre l’offre du théâtre et une partie des habitants. D’après les chiffres de la commune cités par Le Parisien, le théâtre de Vanves, scène conventionnée d’intérêt national, attirerait moins de 50 % de spectateurs vanvéens.
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« Pendant la campagne des municipales, ils ont été nombreux à me dire qu’ils ne se sentaient pas vraiment concernés par la programmation », explique le maire. Cette consultation doit débuter à l’automne et porter aussi sur d’autres sujets de vie locale.
Crédits photo : Alexis Michalik (© Astrid di Crollalanza, Albin Michel)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
5 Commentaires
Aurelien Terrassier
10/06/2026 à 22:46
Ignoble derive facisante du maire d'extrême droite de Castres Florian Azema. Tout mon soutien va à Alexis Michalik dont la pièce au sujet dez migrants aurait du se ternir normalement.
Rose
11/06/2026 à 07:55
Les mairies RN (Extrême-droite) sont des brebis galeuses (sans offense pour les brebis) ; elles rétrécissent et nivellent vers le bas (du front) la réflexion et les idées qui permettraient d'avancer vers des solutions humaines convenables. Les interdictions de ces "maires" vont entraîner les programmations culturelles dans d'autres villes, plus bienveillantes.
J.Cutler
11/06/2026 à 08:57
C'est un réflexe de peur, de la part de l'élu -rappel 51/49 au min.-, peur qu'il souhaite transmettre aux administrés, pour les neutraliser un peu plus, les dociliser. Pauvre mec!!
nico
11/06/2026 à 12:40
lecture en cours que je conseil a tout le monde le dernier AOC magazine:
"Magazine #5 – Culture
Printemps 2026
Le cinquième magazine AOC propose une vingtaine de textes longs sur la culture malmenée. Des coupes budgétaires à la tronçonneuse de certaines régions jusqu’aux mécanismes intimes les plus insidieux d’autocensure, des effets de censure économiques induits par la mutation numérique aux mécanismes plus classiques de concentration verticale comme horizontale, du refus de la critique disqualifiée comme censure aux atteintes directes aux œuvres et aux artistes, ce nouveau numéro d’AOC aborde sous de multiples facettes la question des censures culturelles."
Washington
07/07/2026 à 10:47
Voilà, nous y sommes...Et le monde de la culture n'y est pas pour rien.
Depuis 5 ans environ, on assiste à une censure "progressiste" que ses braves animateurs appellent "boycott" pour que cela passe mieux. C'est d'ailleurs assez drôle de voir que quand un spectacle de "droite" est annulé par la gauche, vous appelez cela un "boycott" et que quand un spectacle de "gauche" est annulé par la droite, c'est de la "censure"! On appelle au boycott à tout va, dès qu'un livre ou une œuvre heurte telle ou telle sensibilité. Des dessinateurs de BD, des romanciers publiés chez Fayard, des Boualem Sansal, des auteurs réputés de droite, trop ceci ou trop cela... Au fond, on appelle à censurer tout ce qui porte une voix différente. Et en faisant cela, depuis quelques années, on a ouvert une porte -vous avez ouvert une porte, vous, la presse et les autres acteurs culturels militants- et cette porte ne va pas se refermer, vous pouvez en être certains. Vous avez renoncé à la véritable diversité culturelle, vous avez renoncé au socle commun de la liberté de création, vous avez divisé les artistes, vous les avez politisés, vous les avez polarisés, vous avez oublié Camus, Kundera et les Lumières, vous avez oublié vos propres convictions d'ouverture et d'humanisme, convaincus qu'en censurant l'ennemi plutôt qu'en se battant pour qu'il puisse s'exprimer et plutôt qu'en débattant avec lui, on le fait disparaître. Mais censurer quelqu'un ne l'a jamais fait disparaître; au contraire, cela le rend plus fort. Vous avez surtout fixé de nouvelles règles du jeu: on a désormais le droit de censurer un artiste qui ne nous ressemble pas ou qui nous choque. C'est exactement ce qui s'est passé aux Etats-Unis et on voit le résultat aujourd'hui. Et c'est ce qui commence à se passer en France...Pour moi, toute forme de censure d'une œuvre qui respecte la loi est une connerie sans nom, quelque soit le motif. Vous avez ouvert la voie de la connerie et maintenant, vous semblez vous étonner que d'autres l'empruntent...