Le 17 juin, à 20h47, Rome lira Les Nuits blanches de Dostoïevski dans six lieux emblématiques, du Stade Palatin au Capitole. Imaginée par Alessandro Baricco, La Tempesta Silenziosa transforme la lecture solitaire en rituel urbain : livres distribués, musique en direct, lieux satellites et lecteurs rassemblés au coucher du soleil.
Le 17 juin 2026, à 20h47, Rome lira Dostoïevski en silence. Avec La Tempesta Silenziosa, Alessandro Baricco signe un dispositif aussi simple que spectaculaire : des lecteurs installés dans plusieurs lieux de la capitale italienne ouvriront le même livre, au même moment, et liront chacun à son rythme. Le texte choisi est Les Nuits blanches, court roman de Fiodor Dostoïevski.
Le projet, annoncé par Culture Roma, repose sur six sites principaux : le Stade Palatin, l’Ara Pacis, Villa Torlonia, le Mattatoio de Testaccio, le Teatro dell’Opera di Roma et la place du Capitole. Les réservations gratuites ont ouvert le 5 juin à 11 h. Les livres sont distribués gratuitement aux participants dans les différents points de lecture.
Le site officiel de La Tempesta Silenziosa résume l’idée : lire tous le même livre, à la même heure, dans un seul grand théâtre, Rome. Les six lieux principaux affichent complet, mais le projet s’étend dans des centaines d’autres espaces mis à disposition par des habitants ou des structures locales.
Bibliothèques, librairies, cinémas, associations, terrains de sport, pizzerias ou appartements rejoignent ainsi le mouvement. Le contraste porte l’événement : Dostoïevski sera lu dans des lieux patrimoniaux, mais aussi dans des espaces ordinaires, au plus près des usages quotidiens de la ville.
Baricco donnera le départ depuis le Stade Palatin en lisant les premières pages. La suite appartiendra aux participants, accompagnés par une « scénophonie » diffusée en direct vers les autres lieux. L'actrice Isabella Ragonese conclura la lecture après environ une heure et demie, avant un dj set.
L’insolite ne tient pas seulement au nombre de lecteurs. Il tient au renversement du geste : la lecture, souvent intime, devient un événement public sans perdre son silence. Aucun débat, aucune scène d’auteur, aucune séance de signatures. La ville accueille des lecteurs concentrés dans un même texte, reliés par l’heure, la musique et la circulation des exemplaires.
Le choix de Les Nuits blanches renforce cette mise en scène. Le roman de Dostoïevski raconte des rencontres nocturnes, une attente amoureuse, une ville traversée par la solitude et l’imagination. À Rome, ce texte devient la matière d’une expérience collective : chacun lit seul, mais personne ne lit isolé.
Pour les bibliothèques, les librairies et les acteurs de la médiation, l’opération offre un modèle rare : déplacer la lecture hors de ses cadres habituels sans l’écraser sous l’animation. Un livre, une heure commune, des lieux reliés, puis un temps partagé. L’événement s’ouvrira au coucher du soleil, avec six sites complets et une carte encore alimentée par les lieux satellites.
Crédits photo : Monument à Victor-Emmanuel II à Rome ; ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
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