La Société des Gens de Lettres a dévoilé plusieurs lauréats de ses prix 2026, entre consécration d’œuvres majeures, roman jeunesse, poésie, deuxième roman et soutien à la création poétique contemporaine. Marie NDiaye et Antoine Volodine reçoivent tous deux le Grand Prix SGDL pour l’œuvre, tandis qu’Adèle Rosenfeld, Émilie Chazerand, Dominique Quélen, Jean-Yves Jouannais, Didier Da Silva et Margaux Lallemant figurent également parmi les auteurs distingués.
Le 09/06/2026 à 18:08 par Hocine Bouhadjera
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09/06/2026 à 18:08
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La SGDL couronne cette année deux écrivains pour l’ensemble de leur œuvre : Marie NDiaye et Antoine Volodine. Le Grand Prix SGDL pour l’œuvre, créé en 2017, récompense l’ensemble du parcours d’un auteur de fiction français ou francophone. Doté de 15.000 €, il n’est pas nécessairement lié à la parution d’un ouvrage dans l’année.
Le prix leur sera remis le samedi 27 juin à 18h, pendant le festival Espèces d’auteurs, organisé à l’Hôtel de Massa. La soirée des prix de printemps sera également l’occasion de remettre plusieurs autres distinctions de la SGDL. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 15 juin, dans la limite des places disponibles.
Marie NDiaye est distinguée pour une œuvre qui traverse romans, nouvelles, théâtre et littérature jeunesse. La SGDL salue une écriture « à la lisière de l’étrange », dont « la langue gracieuse et magnétique glisse de l’ordinaire au fantastique ». Le Comité met en avant une œuvre puissante, où se croisent différents registres, du conte au merveilleux, de la tragédie grecque au chant.
Née à Pithiviers en 1967, Marie NDiaye publie très tôt son premier roman, Quant au riche avenir, aux Éditions de Minuit, en 1985. Elle reçoit le prix Femina en 2001 pour Rosie Carpe, puis le prix Goncourt en 2009 pour Trois femmes puissantes, publié chez Gallimard. Son œuvre s’est construite entre roman, théâtre et récit, avec une attention constante portée aux rapports familiaux, à la filiation, aux zones d’inquiétude du quotidien et aux formes de l’étrangeté. Elle a également écrit pour la jeunesse et pour le théâtre, notamment Papa doit manger, entré au répertoire de la Comédie-Française.
Antoine Volodine reçoit le même Grand Prix SGDL pour l’œuvre peu après avoir annoncé la fin du post-exotisme, l’édifice littéraire qu’il a porté avec plusieurs hétéronymes. La SGDL rappelle que ce dénouement prendra la forme d’un événement éditorial exceptionnel : onze livres signés du collectif Infernus Iohannes paraîtront simultanément chez onze éditeurs différents la dernière semaine d’août 2026.
Les maisons annoncées sont Actes Sud, La Fabrique, L’Olivier, Minuit, Rivages, La Marelle, Robert Laffont, Le Seuil, les Éditions du sous-sol, La Volte et Verdier. La SGDL souligne ainsi la dimension collective, polyphonique et volontairement déroutante d’une œuvre qui a longtemps déplacé les frontières entre fiction politique, science-fiction, roman carcéral, voix révolutionnaires défaites et méditation sur les ruines du XXe siècle.
Le Grand Prix SGDL de la fiction revient à Jean-Yves Jouannais pour Une forêt, publié chez Albin Michel. Doté de 4000 €, ce prix distingue un ouvrage de fiction — roman, nouvelle ou récit — signé par un auteur confirmé français ou francophone.
Le Grand Prix SGDL de la non-fiction est attribué à Didier Da Silva pour Trois Socrates, Satie, Cage, Feldman, publié aux Éditions MF. Également doté de 4000 €, il récompense un essai, une biographie ou un livre d’histoire écrit par un auteur français ou francophone ayant déjà publié plusieurs ouvrages.
En poésie, le Grand Prix SGDL de la poésie, doté par Marc Alyn, est remis à Dominique Quélen pour Matière, paru chez Flammarion. Doté de 4000 €, le prix distingue un poète confirmé ayant déjà publié plusieurs recueils. Matière prolonge une recherche menée depuis plus de trente ans autour du langage, de ses tensions et de ses dysfonctionnements.
Le livre se déploie en huit séquences, où circulent des photos de vacances, des familles bancales, des athlètes de haut niveau, une chaussure perdue ou encore une bassine trouée. Le jury met en avant une poésie à la fois formelle et lyrique, obsessionnelle et débordante. Guillaume Marie, auteur, juré et critique de poésie à Libération, y voit une œuvre caractéristique de « l’étrange familiarité » de Dominique Quélen, où l’évocation de souvenirs d’enfance laisse deviner ce qui se joue tout en maintenant une part d’opacité.
Né en 1962 dans un milieu ouvrier en banlieue parisienne, Dominique Quélen a enseigné dans le Nord après une thèse consacrée à Italo Svevo. Il se consacre à l’écriture depuis 2015 et collabore aussi avec des compositeurs, parmi lesquels Aurélien Dumont, Mathieu Corajod, Misato Mochizuki, Gérard Pesson ou Loïc Guénin. Sa bibliographie comprend notamment Loque, Revers, Profil élégie, Fiction tombeau/Ma phrase et Matière.
Le Grand Prix SGDL du roman jeunesse distingue Émilie Chazerand pour Hyper, publié chez Pocket Jeunesse. Créé en 2017 et doté de 4000 €, ce prix récompense un ouvrage de fiction ou une bande dessinée dans la catégorie jeunesse, à l’exclusion des albums illustrés destinés à la petite enfance.
Hyper met en scène Miriam, antihéroïne d’un roman qui bouscule les codes du young adult. Sébastien Gendron, auteur de romans noirs et pour la jeunesse, lauréat 2025 et juré de cette édition, insiste sur l’irrévérence du livre. Miriam n’est « ni jolie, ni polie, ni populaire », écrit-il, mais « hyper tout », acide, grossière, extrêmement intelligente et cultivée. Le roman joue avec deux genres très présents en littérature jeunesse : le journal intime et la romance. Miriam tient deux journaux en parallèle, l’un destiné à être lu par sa mère, l’autre caché, où elle écrit ce qu’elle vit réellement. Quant à la romance, elle s’y présente sous la forme de deux histoires : « un fiasco, un mort ».
Émilie Chazerand est une autrice française de littérature jeunesse, connue pour un ton mêlant humour, émotion et irrévérence. Ancienne infirmière, elle aborde dans ses livres des thèmes comme la famille, la différence ou l’acceptation de soi, avec une attention particulière aux personnages en décalage.
Le Prix SGDL Révélation de printemps du deuxième roman est attribué à Adèle Rosenfeld pour L’Extinction des vaches de mer, publié chez Grasset. Doté de 4000 €, ce prix récompense un deuxième roman et vise à encourager de nouveaux talents de la littérature française et francophone.
Née à Paris en 1986, Adèle Rosenfeld avait été remarquée avec son premier roman, Les méduses n’ont pas d’oreilles, paru chez Grasset en 2022. Ce livre avait été finaliste du Goncourt du premier roman et couronné par le prix Fénéon, avant d’être traduit dans plusieurs langues.
L’Extinction des vaches de mer revient sur la découverte, en 1741, de la rhytine de Steller, gigantesque mammifère marin observé par le naturaliste allemand Georg Wilhelm Steller lors d’une expédition dans les eaux glacées du Pacifique Nord. L’espèce disparaît vingt-sept ans après son premier contact avec les humains. À la fois roman d’aventures, épopée scientifique et traversée intime, le livre interroge l’obsession que ces animaux disparus font naître chez la narratrice, et ce qu’elle révèle du rapport à l’effacement, à la mémoire, à la transmission et au vivant.
La Bourse SGDL de poésie, dotation Gina Chenouard 2026, revient à Margaux Lallemant pour son projet Nous ne tomberons plus de nos soleils. Cette bourse, issue du legs de la poétesse Gina Chenouard, décédée en 2010, vise à encourager la création poétique contemporaine sous toutes ses formes.
Dotée de 3000 €, elle distingue un projet en cours d’écriture. La bourse est remise en deux temps : une première partie lors de la cérémonie officielle, puis une seconde après réception du manuscrit achevé l’année suivante.
Le jury 2026 était composé de Monique Peruchon, ayant droit de Gina Chenouard, Christophe Hardy, François Thiéry-Mourelet, Emmanuelle Favier, Nicolas Grenier, Yves Boudier, Pierre Stapf et Isabelle Sorente. La remise était programmée en partenariat avec la 43e Périphérie du Marché de la Poésie, place Saint-Sulpice, à Paris.
Les Grands Prix SGDL de printemps et le Prix Révélation pour un deuxième roman seront remis le 27 juin à l’Hôtel de Massa, pendant le festival Espèces d’auteurs. L’événement réunira rencontres littéraires, lectures, remise des prix, concert et moments festifs autour des auteurs distingués.
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Crédits photo : Marie NDiaye (F. Mantovani, Gallimard, SGDL)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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