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Rimbaud nous demande justement de repenser ce qu’est la modernité

Avec son Découvrir Rimbaud aux Éditions sociales, Alix Stéphan relit le poète à travers l’histoire, la révolution et les lignes politiques de son œuvre. De l’opacité des textes aux héritages décoloniaux, du refus du travail aux rapports de domination, elle défend une lecture située de Rimbaud, attentive au contexte sans épuiser le mystère des poèmes. Propos recueillis par Vivian Petit.

Le 09/06/2026 à 12:28 par Auteur invité

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Publié le :

09/06/2026 à 12:28

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Pouvez-vous d’abord nous dire ce qui a motivé votre écriture d’un livre sur Arthur Rimbaud, et le choix de le faire dans cette collection et sous cette forme ?

Alix Stéphan : Peut-être d’abord faudrait-il que je dise que cela m’a pris quelque temps avant de véritablement rencontrer Rimbaud et sa poésie. Je l’ai croisé comme beaucoup durant ma scolarité, je me souviens de revenir parfois vers les Lettres du voyant, quelque chose m’y avait interpellée dans cette instabilité de l’identité. Mais il a fallu que je m’immerge dans Une saison en enfer pour véritablement rencontrer la poésie de Rimbaud. Et là, j’ai été bouleversée.

Je l’ai lu avidement, ses mots s’entrechoquant souvent avec les lectures et travaux que je fournissais du côté philosophique pour ma thèse. J’ai commencé à m’essayer au commentaire des textes de Rimbaud (et des rimbaldiens) à la croisée de la philosophie, de la pratique littéraire, mais aussi en laissant place au contexte de production. C’est ainsi que j’ai de plus en plus exploré les aspects les plus politiques de la production de Rimbaud. Les textes et notes se sont alors accumulés, je voyais un fil rouge se dessiner autour des concepts d’histoire et de révolution. C’est alors que j’en ai parlé à Marina Garrisi (éditrice aux Éditions sociales), et que j’ai proposé la structure d’un Découvrir Rimbaud aux Éditions sociales.

Concernant le format, les livres de la collection Découvrir sont des ouvrages que j’apprécie en tant que lectrice mais aussi comme enseignante : leur format codifié assure qu’on se repère au mieux dans l’exposé d’auteurs parfois particulièrement ardus, en même temps ils permettent de formuler de véritables propositions de lecture. L’ambition n’est absolument pas l’exhaustivité, mais d’élaborer une cartographie (avec tous les choix et les angles morts que cela comporte) d’un auteur ou d’un évènement. Cette démarche correspondait assez bien à ce que j’avais déjà entamé comme travail, l’affaire a donc été entendue.

Comment avez-vous sélectionné les poèmes et extraits que vous avez reproduits et commentés dans votre ouvrage ? J’imagine que le choix n’a pas été aisé et que vous avez pu nourrir quelques frustrations...

Alix Stéphan : J’avais mon fil rouge, ma problématique, pourrait-on dire, je me suis donc tournée vers les textes qui faisaient plus ouvertement écho à cette question de l’histoire et du traitement de la politique. Je voulais aussi faire droit à la diversité de l’écriture rimbaldienne (poésie en vers comme en prose, écrits épistolaires, mais aussi composition latine). L’autre contrainte que je me suis mise est que je voulais varier les textes plus connus de ceux qu’on a moins en tête. Enfin, je voulais donner à voir à la fois des écrits qui avançaient ouvertement les questions politico-historiques (Le Forgeron en est un exemple) et montrer quel type de travail de commentaire il était possible de proposer face à des poèmes plus opaques et suggestifs, tout en assumant le fait que de telles propositions sont aussi, comme tout commentaire, un parti pris.

Mais oui, il y a eu des renoncements, des coupes toujours frustrantes : l’absence du « Bateau ivre », la présence d’un seul extrait d’Une saison en enfer, j’avais aussi réfléchi à insérer un texte datant d’après l’abandon de la poésie pour donner à lire ce Rimbaud-là, etc. Et puis, le format même du Découvrir fait que la place à l’obscurité, aux ténèbres même, si présente chez Rimbaud reste sans doute réduite, alors que bien sûr il y a toujours quelque chose qui nous résiste chez lui. J’espère que la lecture de cet opuscule n’est pour les lectrices et lecteurs que la porte d’entrée dans une exploration de l’œuvre de Rimbaud qui les mènera à s’aventurer dans les recoins les plus obscurs de ses textes.

Vous vous livrez donc à l’explication d’une dizaine de textes de Rimbaud à l’aune de l’analyse du contexte historique et des influences littéraires, philosophiques et politiques. Tout en trouvant cette lecture particulièrement intéressante, je me suis senti pris dans un paradoxe, en regrettant que vous n’analysiez pas la volonté du poète d’être relativement opaque et équivoque. Le narrateur ou le sujet lyrique est souvent mouvant dans les poèmes de Rimbaud et il est souvent difficile de savoir si une phrase est affirmative ou ironique.

On peut aussi estimer que la présence d’une idée ne vaut parfois chez Rimbaud que par l’effet que produit sa mention. Il est possible de considérer qu’on fait surgir le sens d’un texte en retirant la couche d’opacité et en restituant un contexte, comme cela semble être votre cas. Mais ne doit-on pas aussi analyser le fait que le poète est volontairement flou, qu’il construit une opacité qui produit un effet et qui fait donc partie du sens ?

Alix Stéphan : Il est indéniable que Rimbaud est et doit rester un poète de l’évocation et de la suggestion ce qui veut dire que ces poèmes gardent leur part d’équivoque, de mystérieux car c’est aussi là la force de Rimbaud. J’ai pris le format proposé par le Découvrir comme un exercice spécifique, et non pas comme le lieu où formuler l’alpha et l’oméga de l’interprétation de dix textes. Je crois aussi que nous avons souvent entendu, justement, que Rimbaud est un auteur difficile, obscur, qu’il faut se laisser porter par les textes, en écouter la musicalité, etc. Très bien, mais que se passe-t-il si cette voie d’entrée dans l’œuvre n’est pas celle qui nous convient ?

De plus, elle reste je crois attachée à une certaine image de l’aristocratie artistique, du génie inexpliqué et inexplicable qui doit nous foudroyer ou bien nous devons passer votre chemin. Je pense que souligner qu’il y a tout un jeu référentiel en cours, détricoter certains nœuds est une proposition de rentrer par une porte différente dans cette poésie, qui justement nous mènera ensuite à pouvoir nous perdre dans les textes à notre gré. Même si c’était un certain renoncement, ce n’est pas par hasard que je n’ai pas inséré Le bateau ivre : il y a des enjeux politiques dans ce texte qui viennent faire écho à mon propos, mais qui ne sont qu’un aspect de cette gigantesque tapisserie poétique, je ne voulais pas donner l’impression de l’aplatir.

Bref, la lecture, partielle, que je propose est, j’espère, une façon de passer outre le caractère intimidant d’une poésie si riche, mais ce n’est qu’un point de départ et certainement pas une destination bien arrêtée.

Venons-en donc plus en détails à vos analyses des poèmes de Rimbaud. D’abord, quel impact ont eu les événements historiques vécus par Rimbaud sur l’évolution de son style et de la forme de ses œuvres ? Il est parfois dit que ses poèmes ressemblent avant la Commune à des pastiches de Victor Hugo, et que Rimbaud invente ensuite de nouvelles formes poétiques en même temps qu’il cherche d’autres formes politiques…

Alix Stéphan : Il faudrait faire un travail extrêmement minutieux pour pouvoir voir si et comment les évènements politiques impactent la forme des textes de Rimbaud, et pondérer cela avec les rencontres artistiques qu’il fait. Je me contenterai de dire deux choses pour éviter toute approximation douteuse d’une analyse faite au débotté. Tout d’abord, Rimbaud, surtout dans les textes du début, joue avec les codes des formes poétiques (le sonnet, le blason, etc.) et avec des références à divers auteurs : Victor Hugo mais aussi Théodore de Banville, Théophile Gautier avec Les mains de Jeanne-Marie, on peut voir des liens avec Marceline Desbordes-Valmore, etc.

Rimbaud s’insère dans la scène littéraire de son temps mais, tout de suite, il fissure les cadres qu’il utilise : je l’explique un peu en commentant Les douaniers, où on voit qu’il joue avec les alexandrins et les contraintes du sonnet pour venir interroger les frontières géopolitiques. Le second élément que je peux noter est que ce jeu référentiel et formel prend un tournant radical avec Une saison en enfer et dans Les Illuminations. Rimbaud continue à tisser un ensemble de renvois historiques et littéraires, mais en même temps est de moins en moins explicite, joue sur la suggestion. Ceci dit, je laisse ouverte la question de savoir si cela est lié, ou à quel point, à sa recherche d’autres formes politiques.

Vous écrivez que la relation entre Rimbaud et Verlaine est « une histoire de violence » de la part de Verlaine à l’égard de son épouse puis de Rimbaud, âgé de seize ans au début de leur relation (Verlaine a dix ans de plus). Vous affirmez aussi que « malgré les provocations de Rimbaud, l’asymétrie de la relation n’est pas en sa faveur : il est un adolescent sans ressources et largement dépendant de Verlaine sur le plan social ».

Sans minimiser ni les violences ni l’asymétrie liée aux différences de capital économique ou social, je me suis demandé si la caractérisation de Rimbaud comme « adolescent » ne courait pas le risque de l’anachronisme. Certes, à l’époque de Rimbaud, du fait de la révolution industrielle, la durée de la période où l’on vit chez ses parents tout en travaillant par ailleurs commence à augmenter.

Cela dit, il reste encore à cette époque de nombreuses personnes quittant très jeune le domicile familial et qui endossent rapidement des responsabilités d’adulte, sans, je crois, de réelle période de transition entre l’enfance et la vie d’adulte. Je me demande donc si Rimbaud était un « adolescent » dans la période qui nous occupe. Et si tel est le cas, est-ce que cela nous aide à mieux comprendre son œuvre, intégralement écrite entre ses 15 et ses 20 ans ?

Alix Stéphan : Le terme lui-même d’adolescent n’est pas anachronique (on le retrouve dans l’Émile de Rousseau ou encore un article de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert lui est dédié). Les réalités qu’il recouvre ont bien sûr évolué et ont été étudiées par des historien·nes, mais le contexte de la fin XIXe ainsi que la situation sociale de Rimbaud (qui n’est pas de la haute bourgeoisie bien sûr, mais reste un lycéen, et non un enfant ouvrier ou employé agricole) nous permettent de parler de lui en tant qu’adolescent puis de jeune adulte.

À LIRE - Arthur Rimbaud, les ombres et les soirs

Ce que cela permet de comprendre est déjà son statut d’élève : il est exposé par ses cours à un ensemble de textes, de formats et d’informations (conditionnés par le système scolaire). Son travail s’inscrit en écho comme en décalage avec cet apprentissage formaté, mais certainement pas dans un vide.

Dire que Rimbaud est un adolescent au début de sa production littéraire n’est pas minimiser l’ampleur de ses textes, encore aujourd’hui nous pouvons régulièrement être témoin de l’inventivité de la jeunesse voire de son avant-gardisme politique (ça a été le cas lors des contestations de 2016 menées par des lycéen·nes, aujourd’hui on est aussi témoin de la vivacité des combats pour la Palestine auprès d’une nouvelle génération de lycéen·nes et de jeunes étudiant·es).

On nous rappelle aussi aujourd’hui, tout particulièrement des voix venues du monde du cinéma (Judith Godrèche, Adèle Haenel, etc.), que les aptitudes artistiques singulières de certain·es jeunes ne sont en rien synonymes d’un passage miraculeux et précoce à l’âge adulte et un effacement des différences et rapports de domination qui existent avec leurs aînés.

Parler d’adolescence (et je répète que le Rimbaud littéraire n’a pas été qu’un adolescent) c’est donc tenir ensemble ces divers éléments : cet apprentissage, cette capacité créatrice, ce jaillissement dans la perspective politique, mais aussi cette vulnérabilité qui n’est pas une naïveté mièvre.

Dans un chapitre intitulé « Rimbaud décolonial ? » vous revenez sur sa description ou sa critique du colonialisme. Pour ceux qui n’ont pas encore lu votre ouvrage, pouvez-vous nous dire si l’on peut considérer Rimbaud comme un poète décolonial ou anticolonialiste ?

Alix Stéphan : Rimbaud a un positionnement critique répété à l’égard de la colonisation, tout particulièrement de la mission civilisatrice. On le retrouve dans une composition latine, sur le thème (imposé) de Jugurtha, dans « Démocratie » dans les Illuminations, et à divers endroits entre les deux. Je ne vais jusqu’à le qualifier de décolonial car cela demanderait qu’il exprime clairement un propos politique en faveur de l’autodétermination des peuples. Ce qu’il vient faire, c’est questionner les hiérarchies et refuser la préséance que se donne la France, justifiant ainsi toutes ses violences.

Par contre, la réception de l’œuvre de Rimbaud est, quant à elle, clairement décoloniale. Je mentionne Jean Sénac dans le livre, Kateb Yacine est un autre nom à retenir. Il revendique de diverses manières (explicitement dans des entretiens, dans son style également) l’héritage rimbaldien et en démultiplie la force révolutionnaire face à la puissance coloniale qu’est la France. C’est aussi cela qui est fascinant avec Rimbaud : ce qu’il rend possible, de par son extraordinaire réception.

Comme vous le mentionnez, Rimbaud écrit que « la femme » devra sortir de « son infini servage ». La situation de relégation sociale des femmes est plusieurs fois évoquée dans son œuvre, comme les formes affadies prises par l’amour dans un contexte social de dépendance. Il est probable qu’on puisse y voir là une influence du fouriérisme et des premiers socialistes, dont les textes étaient lus et discutés dans les cercles de Communards en exil en Belgique et en Angleterre qu’il fréquentait. Vous refusez cependant le qualificatif de « féministe » à Rimbaud. Pourquoi ?

Alix Stéphan : On peut déjà donner une raison historique : le sens du terme de féminisme n’est pas encore fixé au moment où Rimbaud écrit, ce serait donc une qualification rétroactive voire anachronique. Mais surtout, en raison justement de l’équivocité que Rimbaud laisse volontairement planer dans sa poésie, il est difficile de déchiffrer jusqu’au bout sa position.

S’il est indéniable qu’il est conscient que les femmes sont dans une situation de domination, qu’il est attentif à leur engagement actif dans des temps politiques (« Les mains de Jeanne-Marie » en est l’exemple le plus explicite), on ne sait rien quant au positionnement effectif de Rimbaud. Le féminisme ne peut pas être qu’affaire de mots, c’est un engagement radical, et de cela je ne peux pas me prononcer concernant Rimbaud. C’est pour cela que je me retiens de le qualifier de « féministe » tout en reconnaissant ses positions progressistes.

Vous me direz si je vous ai mal comprise, mais je crois que vous considérez que Rimbaud souhaite être moderne, ou a minima qu’il est en quête d’une modernité. J’ai tendance à considérer à l’inverse qu’Une saison en enfer est une critique en règle de ladite modernité et de la déception qu’elle engendre. La science est devenue « la nouvelle noblesse », c’est-à-dire le nouveau pouvoir, le nouveau régime de vérité qui s’est substitué au système de valeurs chrétien, et pourtant elle est « trop lente », ce qui est l’une des causes du malheur du narrateur.

Le même narrateur ironise sur « le peuple, comme on dit, la raison ; la nation et la science », tout ce au nom de quoi s’exerce le pouvoir politique en pleine apogée du positivisme. Il me semble aussi que la formule « Il faut être absolument moderne » si souvent citée, est ironique, puisqu’on est toujours moderne par rapport au barbare, au classique, à l’arriéré, mais qu’on ne peut l’être « absolument »… J’aimerais entendre vos contre-arguments...

Alix Stéphan : Le concept de modernité n’est pas univoque, bien au contraire. Il est clair que Rimbaud ne prêche pas pour cette modernité du « progrès » qui n’est qu’un autre nom de l’exploitation, ou encore cette modernité portant comme valeur centrale la Raison. Rimbaud nous demande justement de repenser ce qu’est la modernité. Trois éléments je crois vont dans ce sens si on prête attention à l’œuvre de Rimbaud : son admiration explicite pour la modernité politique de la Commune ; son invention d’une modernité poétique de par la forme même de ses textes ; son admiration pour Baudelaire, auteur de la modernité.

Quand on en vient donc à cette formule qui se trouve dans la partie conclusive d’Une saison en enfer, il faut noter qu’elle est un paragraphe à elle seule : comme suspendue, elle nous demande de nous en saisir, que ce soit pour y voir de l’ironie ou la prendre au sérieux. Ce qui est certain est que la tâche que se donne Rimbaud en littérature est radicale : il y a une radicalité dans « Vénus anadyomène », mais aussi dans « Matinée d’ivresse », de façon très différente bien sûr. Je ne crois donc pas qu’il soit complètement surprenant de voir ce terme « absolument » apparaître, avec toute la démesure qu’il implique, mais Rimbaud (surtout dans Une saison en enfer et dans les Illuminations) n’est-il pas aussi poète de la démesure ?

Mais je dois dire que j’entends dans cet adverbe surtout l’expression de la nécessité pressante : nous nous sommes tant fourvoyés dans ce travesti de modernité, nous avons perdu tant de temps, qu’il est urgent non pas de nous inscrire dans cette modernité, mais de l’inventer.

Vous écrivez que Rimbaud ne se situe pas dans une forme de retrait, puisqu’il affirme dans sa Lettre du Voyant qu’« On se doit à la société ». Aussi, il se considère comme un travailleur, le narrateur d’Une saison en enfer affirmant que « La main à plume vaut la main à charrue ». Pourtant, il ne semble pas emboîter le pas du mouvement socialiste qui forgeait la figure de l’ouvrier viril et amoureux de son travail, en réaction aux discours de la bourgeoisie qui stigmatisait comme paresseux les travailleurs en révolte.

Pourtant, quand Rimbaud écrit « On se doit à la société », il cite les propos de son professeur, Georges Izambard, à qui cette lettre est adressée. Il lui reproche suite à cela de « rouler dans la bonne ornière » et écrit : « Moi aussi, je suis le principe : je me fais cyniquement entretenir ; […] Travailler maintenant, jamais, jamais ; je suis en grève ». Dans Une saison en enfer, le narrateur déclare son « horreur de tous les métiers » puis affirme : « C’est trop simple, et il fait trop chaud ; on se passera de moi ». On y lit aussi : « La vie fleurit par le travail, vieille vérité : moi, ma vie n’est pas assez pesante, elle s’envole et flotte loin au-dessus de l’action, ce cher point du monde. » Ou encore : « L’action n’est pas la vie, mais une façon de gâcher quelque force, un énervement. La morale est la faiblesse de la cervelle. »

Il ne s’agit pas là d’une conception aristocratique de l’artiste au-dessus de la mêlée, certes, mais j’y lis tout de même une affirmation de l’individualité et un refus affirmé du travail, notamment par retournement du stigmate. Ai-je tort ?

Alix Stéphan : Au début de sa lettre il répète cette formule en se l’appropriant (« Je me dois à la Société, c’est juste ») après l’avoir prise à la légère, puis en effet quelques lignes plus loin arrive la question du travail. Elle est ambiguë car d’abord Rimbaud écrit « Je serai un travailleur » puis il évoque les travailleurs qui meurent à Paris (la Commune est en cours) et l’élan qui le pousse vers eux, et c’est alors qu’il conclut son paragraphe par cette phrase étonnante : « Travailler maintenant, jamais, jamais ; je suis en grève. »

Ce qui retient mon attention ici est ce dernier mot « grève », hautement politique et redoublé par le contexte. On est ainsi mis sur la voie d’une compréhension, au moins en partie, politique de cette notion de travail pour Rimbaud, ce qui est aussi une façon de dénaturaliser ce travail. Mais il est vrai qu’en isolant des citations éparses on peut faire dire tout et son contraire à Rimbaud !

Sur la question de l’affirmation de l’individualité, il est certain qu’on ne doit pas voir dans Rimbaud un membre d’un parti ou mouvement politique : il est admiratif des révolutions qui voient le peuple entrer en fusion, mais il semble s’imaginer davantage dans une position d’avant-garde solitaire.

Si on revient à son « refus » du travail, cela reste délicat à décrypter : je n’y lis non pas un refus simple et total, mais un refus d’être aliéné par un travail abrutissant. De plus, Rimbaud questionne régulièrement sa propre capacité productive, comme tiraillé entre la tâche éreintante de poète qu’il s’est donné, et cette usure. Ceci me fait dire que, même si Rimbaud ne nous rend pas la tâche facile, en lisant attentivement ses textes, on voit apparaître différents aspects du travail.

Si on s’attache au fait que Rimbaud cherche sans cesse à inventer (des formes comme il le dit, mais aussi des images, des procédés, etc.), à proposer des dynamiques nouvelles il faudrait prendre le temps de s’intéresser aux dernières mentions du travail dans Une saison en enfer : il y a celle explicite « Quand irons-nous, par delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle » et celle à peine voilée « je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan ! ». Alors quel est ce travail nouveau ? La question reste en suspens.

En commentant « Mauvais sang », texte tiré d’Une saison en enfer, vous observez que « le rapport que Rimbaud entretient avec la création poétique tout autant qu’avec l’histoire est un rapport marginal, dans le sens où il investit les marges, les espaces délaissés. Il parle des forçats, se rapproche des personnes racisées et tente d’annoncer l’émancipation des femmes. » Il m’a semblé que vous ignoriez l’éléphant au milieu de la pièce, à savoir le fait qu’il s’agit moins chez Rimbaud d’une tentative de prendre en compte des personnes en tant qu’elles sont victimes de racisme, que d’une volonté d’endosser une figure considérée comme bestiale et menaçante.

Rimbaud n’écrit évidemment pas « personnes racisées » mais « nègres ». Cela semble une référence ironique aux discours des réactionnaires de l’époque. Alphone Daudet écrit par exemple que pendant la Commune « Paris était au pouvoir des nègres ». Et Dumas fils dans Le Figaro : « Nous ne dirons rien de leurs femelles, par respect pour les femmes à qui elles ressemblent quand elles sont mortes ». En outre, lorsqu’il mentionne pour les premières fois le projet d’écriture d’Une saison en enfer dans une lettre, Rimbaud l’évoque comme un « livre païen » ou « livre nègre ».

Dans Une saison en enfer, se définir ainsi semble aussi, en affirmant une position d’extériorité, une tentative du narrateur d’échapper aux tribunaux de l’inquisition et aux pires châtiments réservés aux seuls chrétiens.

Alix Stéphan : Je ne suis pas sûre de saisir la question qui se pose ici, ou plutôt, il y a plein de potentielles questions dans ce que vous proposez. Je vais donc répondre à ce que vous m’accusez d’ignorer. Sur ce terme de « nègre » il apparait moins de dix fois dans Une saison en enfer et son occurrence principale est dans ce passage : « Oui, j’ai les yeux fermés à votre lumière. Je suis une bête, un nègre. Mais je puis être sauvé. Vous êtes de faux nègres, vous maniaques, féroces, avares. Marchand, tu es nègre ; magistrat, tu es nègre ; général, tu es nègre ; empereur, vieille démangeaison, tu es nègre : tu as bu d’une liqueur non taxée, de la fabrique de Satan. ».

Le narrateur semble apostropher son auditoire, lui renvoyer son regard méprisant. Une interprétation et paraphrase de ce passage pourrait être : Oui je suis un monstre, aveugle à vos grands principes de la Raison, mais moi je suis capable de quelque chose qui mérite salvation, alors que vous autres agents de l’économie, du système judiciaire, de l’armée, qu’est-ce que vous méritez ? ce sont vous les damnés. On voit bien que plein de propositions pourraient être faites, que l’ambiguïté entre une première détermination de « faux nègres » puis au contraire l’attribution de ce qualificatif ne s’élucide pas aisément, et justement ne peut peut-être pas s’élucider.

Mais en effet, le terme de nègre, ancré dans son imaginaire raciste et colonial, a à l’époque de Rimbaud un usage plus ample, et on voit que le jeune poète joue justement avec les lignes de ce terme. Plus généralement, il faudrait surtout venir interroger, et c’est un travail d’ampleur que j’ai dû laisser de côté dans mon petit livre, la figure du monstre et le processus de monstruosité dans les textes de Rimbaud.

Autre point. Dans mon explication en effet je glose en utilisant celui de « personnes racisées » que je n’attribue pas à Rimbaud, bien sûr mais qui permet de faire référence à d’autres passage du texte (et qui ne vient pas ce superposer à celui de nègre), je pense tout particulièrement à celui-ci : « Les blancs débarquent. Le canon ! Il faut se soumettre au baptême, s’habiller, travailler. », qui reste, je pense un exemple marquant et plutôt explicite de l’évocation de la colonisation par Rimbaud.

Ma réponse est très parcellaire, mais voici quelques éléments de réflexion.

J’aimerais vous poser une dernière question, qui dépasse l’œuvre de Rimbaud et sa réception. Puisque vous êtes membre de l’organisation trotskiste Révolution Permanente : quel regard portez-vous sur le rapport actuellement entretenu par la majorité des militants d’extrême gauche à la littérature ?

Des écrivains appartenant eux aussi à la gauche radicale semblent noter une certaine distance. Nathalie Quintane écrit que « l’extrême gauche ne lit pas de littérature » et François Bégaudeau pointe chez beaucoup de militants un rapport « politimane » ou « moralo-centrique » aux œuvres, c’est-à-dire leur perception sous le seul prisme de l’idéologie et de la morale. Partagez-vous ces constats ?

Alix Stéphan : Je ne suis pas sociologue donc mon impression sera plus intuitive que scientifique sur ce point et n’ayant pas lu les textes dont sont issues ces citations, je ne vais pas tant répondre à leurs auteurs que plus généralement. Je connais des camarades avides lecteurs de science-fiction, d’autres qui se tournent vers des écrits tenant plutôt aux mémoires, d’autres qui lisent des romans graphiques.

Il est aussi indéniable qu’on ne peut pas mettre dans le même panier des militants qui évoluent dans le milieu universitaire, d’autres qui travaillent en 3/8 ou encore dans le monde hospitalier : nous n’avons pas toutes et tous le même niveau de fatigue arrivé à la fin d’une journée de travail, ce qui conditionne beaucoup nos activités de loisir. Ceci dit, je pense que le développement de la conscience politique fait que l’on aborde la littérature également avec cette conscience active, et qu’on va plus vite saisir dans les œuvres ce qui touche aux rapports de dominations, entre autres.

De là à dire que cela mène à une approche morale, je crois que non, ou au moins qu’on ne peut pas en faire une généralité. Pointer du doigt un rapport de domination ce n’est pas être moral, c’est être politique, et on voit souvent cela être confondu : souligner que dans telle œuvre considérée comme un classique une scène de « séduction » est en réalité une scène de viol (on pense entre autres aux Liaisons dangereuses de Laclos) et interroger ce que cela veut dire de lire ce texte n’est pas une position morale, refuser de séparer l’œuvre de l’artiste, c’est-à-dire l’œuvre de ses conditions de production n’est pas une position morale, mais une position que je crois non seulement politique mais même matérialiste.

Mais la discussion doit s’intensifier et il y a toujours un travail à faire, bien entendu. La question qui mérite notre attention est sans doute surtout celle-ci : sous quelles conditions peut-on se saisir des objets littéraires qui sont dans nos bibliothèques et librairies ? Il y a un travail politique à faire pour réunir ces conditions et les rendre adaptables.

Merci beaucoup pour vos réponses. Souhaitez-vous ajouter une dernière chose ?

Alix Stéphan : Merci ! Je ne crois pas avoir des choses spécifiques à dire pour compléter le débat. Je ne peux que vous inviter à aller explorer la collection Découvrir des Éditions Sociales, qui regorge de très bons textes.

Crédits photo : Alix Stéphan

 
 
 
 

Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com

1 Commentaire

 

Étienne Crosnier

10/06/2026 à 22:16

Rimbaud, ce filon inépuisable.

Découvrir Rimbaud

Alix Stephan

Paru le 07/05/2026

168 pages

Les Editions sociales

12,00 €

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Roxane Blondel, un yoga à hauteur de soi : "Le yoga doit pouvoir s’adapter à chacun"

Avec Le Yoga qui vous ressemble – Des pratiques simples et accessibles pour chaque moment de votre journée, publié aux éditions Grancher, Roxane Blondel défend une pratique souple, concrète et inclusive. Professeure de yoga, créatrice d’outils pédagogiques et ancienne pâtissière, elle propose un ouvrage à consulter selon ses besoins, pour faire du mouvement un véritable soutien au quotidien.

25/06/2026, 16:19

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IA et littérature : Hervé Le Tellier et Abel Quentin face à la grande dépossession

Face à l’intelligence artificielle générative, Hervé Le Tellier et Abel Quentin ne parlent pas seulement de littérature. L’un, venu des mathématiques et de l’Oulipo, interroge la disparition possible du geste d’écrire, le choc professionnel, psychologique et démocratique que provoquent les machines. L’autre cherche des lieux où préserver l’intelligence humaine, la lenteur, la joie et la confiance. 

20/06/2026, 11:22

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“La cage n’est pas simplement un ensemble de barreaux de fer”

Dans Naissances au zoo, Ashraf Al Ashmawi fait du zoo une métaphore de la condition humaine. Ancien juge, il explore justice, pouvoir et fragilité des êtres, sans réduire ses personnages à des archétypes. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Littérature » pour Naissances au zoo, il répond aux questions d’ActuaLitté.

19/06/2026, 11:05

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“Accompagner la lecture est une affaire collective” (Association des Bibliothécaires de France)

L'Association des Bibliothécaires de France a ouvert, ce mercredi 17 juin, son 71e congrès à Rennes, au sein du Couvent des Jacobins. L'organisation a choisi un thème fédérateur, l'hospitalité, qui rappelle que les établissements de lecture publique incarnent le premier équipement culturel de proximité, par ailleurs libre d'accès. Un statut qui n'empêche ni les remises en cause ni les réflexions... Le bureau national de l'ABF a abordé, pour ActuaLitté, une variété de sujets à l'occasion d'un entretien.

18/06/2026, 13:11

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“Des chemins de traverse” pour “donner de la joie” : le pari des éditions Poids Plume

Depuis le début de juin, les éditions Poids Plume ont confié leur diffusion et leur distribution à DG Diffusion. Fondée en 2022 à Morlanne, dans les Pyrénées-Atlantiques, par Gaëlle Perret, la maison indépendante entend renforcer sa présence en librairie. Stockage, suivi des ventes et logistique constituent les principaux leviers de ce passage à une diffusion nationale, sans dissocier développement commercial, illustration et transmission.

18/06/2026, 12:42

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Affaire Samuel Paty : “J'étais susceptible de reconnaître mes étudiants dans tous les jeunes accusés“

Dans Notes d’une enseignante sur le procès de l’assassinat de Samuel Paty publié aux éditions Maurice Nadeau, Eloïse Lièvre propose une approche incarnée et réflexive du procès des huit personnes accusées d’être impliquées dans l’assassinat de Samuel Paty qui s’est tenu à l’hiver 2024. Un livre qui mêle récit personnel, journal du procès, analyse intellectuelle et réflexion morale. Par Olivier Stroh.

17/06/2026, 18:24

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“Sans surmonter ces griefs historiques, aucun dialogue significatif ne peut s’épanouir”

Dans son essai, Zuhair Tawfiq explore la manière dont les stéréotypes se construisent entre Orient et Occident. À travers cette réflexion, il questionne le rôle de l’écrivain dans la déconstruction des idées reçues et des représentations de l’Autre. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Critique littéraire et artistique » pour Perceiving the World: Mutual Stereotypes Between the Self and the Other, il répond aux questions d’ActuaLitté.

16/06/2026, 10:53

ActuaLitté

“Traduire un texte vieux de plusieurs siècles est un véritable défi”

L’œuvre de Nawal Nasrallah navigue sur de multiples aspects : le patrimoine culinaire d’Al-Andalus et du Maghreb, l’histoire matérielle, la traduction savante et les circulations méditerranéennes constituent autant d’atouts. Elle travaille sur l’histoire et la culture de la cuisine arabe à travers les siècles, avec un intérêt particulier pour les textes culinaires médiévaux. Lauréate du Sheikh Zayed Book Award 2026 catégorie Traduction, elle répond à ActuaLitté.

13/06/2026, 07:00

ActuaLitté

“La librairie a besoin d'une aide urgente et massive” (Syndicat de la Librairie française)

Un certain sentiment d'urgence dominait les Rencontres nationales de la librairie, à Rennes, ces 7 et 8 juin. La situation économique des commerces indépendants est en effet préoccupante, d'autant plus que les perspectives ne sont pas engageantes et que l'action publique manque de moyens... Alexandra Charroin-Spangenberg, cogérante de la Librairie de Paris (Saint-Étienne) et présidente du Syndicat de la Librairie française, et Guillaume Husson, délégué général de l'organisation, reviennent pour ActuaLitté sur les sujets du moment.

10/06/2026, 14:53

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“La poésie arabe exprime des expériences humaines universelles”

Traducteur d’Adonis, Mahmoud Darwich et Ibn Arabi, Stefan Weidner fait dialoguer depuis Cologne les cultures arabe et européenne. Lauréat 2026 du Sheikh Zayed Book Award pour Der arabische Diwan, anthologie de poésie préislamique ouverte à des voix féminines rarement traduites, il revient sur son œuvre, sa lecture de la poésie arabe et les enjeux du dialogue entre les cultures. Dans cette interview, il répond à ActuaLitté.

10/06/2026, 10:48

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Affaire Grasset : Laure Darcos et Sylvie Robert avancent une “clause de confiance”

Elles forment un tandem sénatorial très actif sur les questions culturelles, et plus particulièrement les sujets relatifs au livre. Laure Darcos, sénatrice de l'Essonne (Les Indépendants - République et Territoires) et Sylvie Robert, sénatrice d'Ille-et-Vilaine (Socialiste, Écologiste et Républicain) et vice-présidente du Sénat, évoquent leur proposition de loi sur le contrat d'édition, la lutte contre la concentration du secteur, et dressent aussi un premier bilan du sort réservé à la culture sous les mandats d'Emmanuel Macron.

09/06/2026, 16:20

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La Goutte créative : une maison indépendante mise sur le livre vivant

Fondée par Charlotte Cruz et Chilly Charly, La Goutte Créative rejoint le réseau de diffusion et de distribution de DG Diffusion. La jeune maison indépendante défend un catalogue à la croisée des sagesses du monde, de l’imaginaire, de la transmission et du développement personnel. Charlotte Cruz y voit surtout un moyen d’élargir la portée d’un projet éditorial fondé sur l’éthique, l’écologie et le lien direct avec les lecteurs.

08/06/2026, 17:01

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Richard Sebag et Patrick Aurignac, anciens du grand banditisme, se racontent

Deux anciens détenus témoignent qu’une autre vie reste possible, même après les foyers, les braquages, les centrales, les années de prison et les retours presque impossibles. Au festival Passeurs de Livres, à Alès, Richard Sebag et Patrick Aurignac présentent chacun un récit autobiographique : Quelques lumières sur le chemin pour le premier, Mes chemins de travers pour le second, tous deux publiés par la maison nîmoise Nombre7. Ils parlent sans fard de leurs parcours, de leurs erreurs, de la violence, mais aussi des mains tendues qui ont permis la sortie.

06/06/2026, 13:00

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Pompier volontaire, autrice, éditrice : l’incroyable trajectoire de Fanny Destenay

Il y a des parcours qui avancent par bifurcations successives, mais toujours dans la même direction. Chez Fanny Destenay, l’énergie frappe d’abord : ancienne professionnelle de l’hôtellerie, passée, entre autres, par les pompiers volontaires, puis par la politique, l’écriture, les réseaux sociaux, les livres jeunesse et désormais l’édition, elle donne l’impression de transformer chaque expérience en terrain d’action.

05/06/2026, 15:10

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“Les Grecs et les Romains nous apprennent l’esprit critique”

Marraine de la 5e édition de Passeurs de Livres, à Alès, Laure de Chantal y revient avec un attachement particulier. Normalienne, agrégée de lettres classiques, directrice de plusieurs collections aux Belles Lettres, autrice de nombreux ouvrages sur l’Antiquité, la mythologie et la langue française, elle voit dans ce festival un lieu où se rejoignent deux fidélités : les livres et les Cévennes.

04/06/2026, 18:11

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Passeurs de Livres : le pari des sciences humaines au cœur des Cévennes

Jeudi 4 juin au matin, avenue Carnot, le festival n’a pas encore ouvert officiellement au public. Les stands achèvent de se monter, certains exposants prennent leurs marques, l’équipe règle les derniers détails techniques - jusqu’à ce compteur de visiteurs qu’il faut encore retrouver pour suivre au plus juste la fréquentation du salon. Malgré l’effervescence des derniers préparatifs, Franck Belloir, directeur du festival Passeurs de Livres, a pris le temps de nous répondre.

04/06/2026, 16:30

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Darwin et les bas-bleus : entretien avec Françoise Lavocat

Paru en mai 2026 aux éditions Station Zapata, Darwin et les bas-bleus, de Françoise Lavocat, nous plonge dans le monde politique et littéraire de la première moitié du XIXe siècle.

02/06/2026, 15:44

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“Je ne regrette aucun message” : Tommaso Debenedetti, 15 ans à inventer la mort d'écrivains

Il affirme être Tommaso Debenedetti, faussaire médiatique passé des fausses interviews littéraires aux fausses annonces de décès d’écrivains. Dans cet entretien (réalisé par email), où l’identité même de l’interlocuteur impose une prudente réserve, il revendique ses canulars comme une enquête permanente sur la crédulité des médias, l’autorité des institutions et la puissance émotionnelle de la mort à l’ère des réseaux sociaux.

02/06/2026, 10:39

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Gilles Francescano veut “offrir au monde de l’imaginaire le plus beau des festivals”

Directeur artistique des Imaginales depuis quatre ans, et acteur de l'événement depuis toujours, Gilles Francescano dresse un premier bilan de cette édition consacrée au thème « Alter ego ». Entre affluence, chaleur exceptionnelle, place de l’autre, relation gémellaire, accessibilité et avenir du festival, il défend une ambition claire : faire des Imaginales un lieu de pensée libre, d’accueil et de circulation entre les auteurs, les publics et la ville.

01/06/2026, 16:07

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Uranium, spectres et totalitarisme : le roman tchèque qui secoue les Imaginales 

Aux Imaginales, la Tchèque Lenka Elbe présentait Uranova, son premier roman, publié en français aux Forges de Vulcain dans une traduction d’Eurydice Antolin. Un livre ambitieux, impressionnant, difficile à ranger dans une seule case : enquête, roman d’amour endeuillé, récit politique, horreur, fantastique, humour noir, mémoire familiale et histoire tchèque s’y contaminent sans cesse. Au centre, une ville réelle : Jáchymov.

31/05/2026, 18:45

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Christopher Bouix, coup de coeur 2026 : “La littérature doit mordre ou griffer”

Coup de cœur des Imaginales 2026, Christopher Bouix arrive à Épinal avec une œuvre déjà multiple : un triptyque d’anticipation sur l’intelligence artificielle et les futurs déshumanisés, un roman d’horreur où les enfants massacrent les adultes, un passé d’auteur jeunesse repéré par Netflix, mais aussi un détour plus ancien par l’Antiquité, les textes grecs et latins, Socrate, la démocratie et les sorcières. Rencontre avec un écrivain qui aime les livres noirs, drôles, mordants, et les questions que le futur pose au présent.

31/05/2026, 14:00

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François Richard : “Vivre est le seul vrai choix”

C’est une épiphanie littéraire. François Richard fait paraître aux éditions du Grand Souffle Division Eidola, le troisième tome de son cycle V I E, qui peut se lire indépendamment des deux précédents bien qu’il en tire les fils narratifs jusqu’au bout de la nuit. Une épiphanie dans laquelle l’auteur manifeste la réalité cachée comme fin de la quête de ses personnages. Exacerbation, comme une bombe à fragmentation, du précepte proustien dans Le Temps retrouvé : « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. » Par Olivier Stroh.

29/05/2026, 11:12

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“Un potager résilient, c’est être prêt à devenir autonome le jour où c’est nécessaire”

Après une carrière dans l’industrie du jeu vidéo, Didier Flipo a choisi le maraîchage bio, le sol vivant et la transmission. Avec Le Potager résilient, il propose bien plus qu’un guide de jardinage : une réflexion concrète sur l’autonomie, la résilience et notre rapport au vivant. Entre écologie pratique, production de semences, soin des sols et critique des faux conseils circulant en ligne, il défend une approche patiente, pédagogique et profondément ancrée dans le réel. Un entretien où le potager devient aussi une manière de penser le monde contemporain.

20/05/2026, 14:48

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Pour une édition de proximité : Le Cercle ouvert, publier moins pour mieux lire

Avec Le Cercle ouvert, Mathieu Larnaudie et Bertrand Py défendent une maison à la production resserrée, attentive aux auteurs, aux libraires et aux lecteurs. Adossée à Terre Neuve et donc au groupe Albin Michel, elle publiera ses premiers titres le 20 août 2026 autour d’une idée presque révolutionnaire : moins publier pour mieux accompagner les livres et refaire communauté, sans céder sur le catalogue.

19/05/2026, 17:29

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“Acheter un livre dans une librairie indépendante, c’est presque militant”

À Limoges, la librairie jeunesse Rêv’en Pages, ouverte depuis plus de quarante ans, est en redressement judiciaire. Confrontée à la hausse de ses charges et à la baisse du panier moyen, sa gérante, Rachel Faure-Lencroz, cherche à adapter son fonctionnement : changement de transporteur, projet de librairie mobile, développement de la romance, du young adult et de l’occasion.

 

19/05/2026, 12:13

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Xavier Coste : comment 1984 est devenu “le projet de [sa] vie”

À Palaiseau, les planches de Xavier Coste autour de 1984 et du Journal de 1985 dévoilent les coulisses d’une obsession graphique née à l’adolescence. Dans le cadre du salon Dimension, croquis, originaux et reproductions éclairent la construction d’un univers dystopique où l’adaptation devient affaire d’émotion, de fidélité intérieure et de vision.

 

18/05/2026, 17:15

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Murielle Compère-Demarcy : Artaud, le feu du langage

Originaire de Compiègne, très active dans le milieu littéraire, Murielle Compère-Demarcy, qui signe parfois MCDem, dirige depuis 2022 la collection « Présences d’écriture » aux éditions Douro, et rédige de nombreuses chroniques pour diverses revues. Auteure d’une vingtaine de livres, Murielle Compère-Demarcy semble, entre autres, très marquée par Antonin Artaud, auquel elle consacre Alchimiste du soleil pulvérisé en 2019, recueil publié chez Z4. Par Étienne Ruhaud.

18/05/2026, 10:30

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Palaiseau : comment le salon Dimension veut réconcilier science et littérature

Grégory Hermant, responsable du service événementiel de la ville de Palaiseau, revient sur la troisième édition de Dimension, salon du livre consacré aux liens entre science, science-fiction et vulgarisation. Un rendez-vous encore jeune, mais déjà identifié par son public, ses auteurs et ses partenaires.

13/05/2026, 17:01

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“Il y a des possibilités pour les femmes de vivre beaucoup mieux”

Dans Digitopuncture et santé féminine, Jacques Staehle condense plus de soixante ans de pratique des médecines naturelles. À partir de son parcours personnel et des questions reçues en séminaire, il propose une approche accessible de la digitopuncture appliquée aux troubles féminins, entre gestes précis, équilibre énergétique et transmission d’expérience. À bientôt 95 ans, l’acupuncteur et naturopathe affiche une énergie et une vitalité qui donnent, au minimum, envie d’écouter ce qu’il a à dire.

13/05/2026, 13:38

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Angeline Delcroix : victimes ou coupables, “la frontière est très difficile à déterminer”

Angelina Delcroix ouvre les portes de sa Fabrique du Mal, où l'on entre par la violence, mais refuse d’y installer le lecteur pour le seul choc. À paraître ce 13 mai, la romancière nous immerge dans son univers, entre réalisme glacé et espoirs d'une vie meilleure.

11/05/2026, 10:43

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Défaillance de Makassar : la “vulnérabilité croissante” de l'édition indépendante

La situation économique du distributeur-diffuseur Makassar, partenaire d'un grand nombre de maisons d'édition indépendantes, met en danger un grand nombre de structures, qui ne recevront pas de paiement pour des ouvrages vendus. Dans une tribune, le Syndicat de l'édition alternative appelle les pouvoirs publics à agir rapidement pour préserver la bibliodiversité, par la mise en place d'un fonds de soutien exceptionnel.

22/07/2026, 09:29

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Celle qui sait : 12 000 livres imprimés, 3067 vendus… mais une rupture de stock ?

À peine paru, déjà en rupture ? Le thriller Celle qui sait, de Riley Sager, aurait donc provoqué une razzia, à en croire son éditeur, Verso, un label du Seuil. Fort d’un premier tirage de 12.000 petits pains, le roman, traduit par Dominique Haas, comptabilisait 3067 ventes au 12 juillet, d’après les données GfK communiquées par la maison. Mais alors, où sont les quelque 9000 autres volumes ? Petit exercice de mathématiques à l’usage des nostalgiques du cahier de vacances.

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“La littérature est un sport-business : bienvenue dans le mercato le plus opaque du monde”

Et si l’édition fonctionnait comme un jeu de management sportif ? Charles Garatynski compare la sélection des manuscrits au « scouting » footballistique : des milliers de candidats, quelques signatures, des filtres de plus en plus rapides et, souvent, aucun retour.

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La comptine “Il était un petit navire” : autopsie d’un cannibalisme parfaitement évitable

Mon enfant adore Il était un petit navire. Moi aussi, à son âge, j’étais censé apprécier cette histoire maritime pleine d’entrain, dans laquelle un équipage mal préparé envisage de manger un mousse avant même d’avoir vérifié s’il restait une boîte de sardines. Devenu père, me voici contraint de rouvrir le dossier. Et les conclusions sont toujours aussi accablantes. Bande de buses de marins d'eau de baignoire...

18/07/2026, 15:04

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Réduire la lecture à un plaisir ? C'est avant tout “un instrument de liberté”

À force de vouloir sauver la lecture, on finit parfois par l’enfermer dans deux cases : le divertissement agréable ou l’effort salutaire. Dans une tribune publiée par Libération, l’avocat et éditeur Jean-Claude Zylberstein déplace le débat. Les livres lui ont permis de franchir des frontières sociales, professionnelles et intellectuelles. Le plaisir ouvre l’ouvrage ; l’émancipation commence parfois à la page suivante.

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Antiquité : ce que les Anciens avaient compris bien avant Internet et l’IA

Pourquoi l’Antiquité continue-t-elle de nous fasciner ? La question mérite d’être posée car nous savons aujourd’hui que les sociétés antiques étaient loin d’être parfaites. Elles connaissaient les guerres, les inégalités, l’esclavage, les luttes de pouvoir et les violences politiques. Pourtant, plus de deux mille ans après leur disparition, elles continuent d’habiter notre imaginaire collectif. Léa Varachaud publie aux éditions Grancher un essai sur ces rites et ce qu'ils nous apporteraient aujourd'hui encore.

15/07/2026, 15:12

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On a regardé Au fil des années : Prime Video remet l’amour d’été à flot

Prime Video replonge dans les amours d’été avec Au fil des années, adaptation de Tous nos étés, le phénomène de Carley Fortune. Entre deux temporalités, un lac canadien et 10 ans de non-dits, Percy et Sam rejouent la romance de la seconde chance. Fidèle au cœur du roman mais plus libre avec ses personnages secondaires, la série séduit malgré quelques longueurs et des dialogues parfois trop appuyés. Le charme, lui, demeure jusqu’au dernier épisode.

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Le génie de Baudelaire : entre fatalité tragique et modernité poétique

PORTRAIT – Lorsqu’on évoque Charles Baudelaire, on songe aussitôt au poète-alchimiste capable de transmuer la laideur en splendeur et la tristesse en allégresse. Pourtant, derrière la figure emblématique du grand poète se dessine l’ombre d’un homme profondément mélancolique. C’est précisément dans cette affliction de l’âme que le génie baudelairien puise sa force et se déploie avec une intensité si singulière qu’il s’impose comme l’un des grands précurseurs de la poésie moderne, ouvrant la voie tant au symbolisme qu’au surréalisme. De Karim S. Rebeiz.

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La lecture, une gourmandise : des recettes d'enfants pour donner envie de lire

Cet été, je lis ! : entre l’assertion et la promesse faite à soi-même, le ministère de l’Éducation nationale annonce la couleur de sa campagne estivale. Ce 10 juillet, à la Fnac des Ternes, une vingtaine d’élèves, du CM1 à la 6e, ont mis leur imagination aux fourneaux avec l’autrice Aurélie Gerlach. Au menu : inventer un gâteau magique, choisir ses pouvoirs et dresser la liste de ses ingrédients. Os humains compris.

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La Mer Salée, une maison d'édition “aujourd’hui détenue par ses lectrices et lecteurs”

Le secteur du livre, en France, connaît un fort repli économique, provoqué par une baisse générale des ventes de livres et une concentration des achats sur un nombre restreint de titres. Les structures indépendantes, librairies ou maisons d'édition, sont particulièrement vulnérables, si bien que de nouvelles organisations émergent. Sandrine et Yannick Roudaut, co-fondateur.es des Éditions La Mer Salée ont ainsi fait le choix de la structure coopérative, bien commun des lecteurs et lectrices. Ils s'en expliquent dans un texte reproduit ci-dessous en intégralité.

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“Le pilon, si redouté des auteurs, a-t-il un cœur ?”

En juin dernier, François Belley s’inquiétait de ce que les autrices et auteurs modernes entretiennent leur bronzage à grand renfort de selfies : se montrer ou disparaître, cruel avenir. Ou pas. Tout dépend des tempéraments, certainement. L’écrivain pirate marque une pause, pour mieux observer les ravages de l'industrie, sur ses propres ouvrages... Dans la tête du bourreau des livres, ou les états d’âme du pilon.

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Maison des histoires : jouer dans les albums jeunesse

Ouverte le 9 juillet 2025, la seconde Maison des histoires de L’école des loisirs déploie, au 7 cité de la Roquette, douze univers d’albums jeunesse sur deux niveaux. Un musée à jouer où les enfants peuvent courir, grimper, lire, bricoler et, accessoirement, rappeler aux parents pourquoi les bibliothèques municipales ont inventé le chuchotement.

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Facture électronique : l’édition indépendante ne peut pas laisser filer ses flux

À deux mois de l’obligation de réception des factures électroniques, OPlibris et Dilicom défendent un choix d’organisation : intégrer la réforme aux outils des maisons, plutôt que de les laisser dépendre d’un portail extérieur.

04/07/2026, 10:51

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Quand le cloud fait de l'ombre : qui héberge désormais la mémoire culturelle ?

Où vivent vraiment les livres numériques . La Commission européenne estime, à titre préliminaire, que les services cloud AWS et Azure devraient relever du régime renforcé des « contrôleurs d’accès » du Digital Mrkets Act. Le dossier dépasse la concurrence : qui héberge les catalogues, les archives, les liseuses et les usages de lecture ? Voici une sélection de huit ouvrages qui ramènent le cloud à ses serveurs, ses contrats et ses sorties de secours.

 

25/06/2026, 12:56

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Michaël Ferrier, l’écrivain aux semelles de corail

PORTRAIT - Les carnets de voyage de Michaël Ferrier publiés mensuellement dans La Revue des deux mondes se lisent comme  autrefois lorsqu’on s’attachait à un feuilleton littéraire : par épisodes, par haltes, par reprises, avec ce plaisir particulier de retrouver une voix, un rythme, une manière d’entrer dans le monde. De l’Inde à la Guyane, de Pondichéry à Cayenne, il réactive la revue comme lieu d’apparition progressive de la littérature, celle du récit qui avance par fragments, celle de l’aventure donnée non d’un bloc, mais comme une suite précise et vivante.

25/06/2026, 12:17

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Même marché, mêmes règles : ce que la fast fashion explique au livre

En dénonçant le risque d’une loi fast fashion appliquée d’abord aux entreprises françaises, la Fevad soulève une question que l’édition connaît bien : comment réguler les pratiques des grandes plateformes sans faire peser l’essentiel des contraintes sur les acteurs les plus faciles à contrôler ? Dans le livre aussi, la vitesse de production, la rotation des références et la captation de la visibilité déplacent le risque vers les créateurs et les libraires.

25/06/2026, 11:53

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Le webtoon français : une filière en quête de reconnaissance

Protoon, première association professionnelle dédiée au webtoon en France, veut donner une voix collective à une filière encore fragile, mais déjà riche de créateurs, de studios, de plateformes et de lecteurs. Entre succès d’audience, dépendance aux plateformes, précarité des auteurs, manque de données et de reconnaissance institutionnelle, et besoin de formation, récit d'un secteur qui cherche à sortir de l’angle mort pour devenir une véritable industrie culturelle.

24/06/2026, 18:33

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L'urgence de redéfinir “la notion de projet commercial et culturel en librairie”

Librairies : quel avenir au-delà de l’urgence économique ? En trois volets, Évelyne Darmanin, formatrice aux métiers du livre, examine les conditions d’un renouveau. Après la fragilisation économique du secteur, cette série interroge la valeur du conseil, la librairie comme lieu de débat et le projet culturel susceptible de donner sens à l’entreprise. Premier épisode : faire de la relation avec le lecteur une force visible.

24/06/2026, 16:22

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Les librairies, “commerces, d'accord, mais de proximité, de confiance et de relation”

Librairies : quel avenir au-delà de l’urgence économique ? Évelyne Darmanin, auteure de cet article, est sociologue de formation. Elle nous propose une série de trois articles, qui questionnent et interrogent. Alors que les librairies souffrent dans un environnement trop calme, la notion de projet d’entreprise serait plus que jamais nécessaire. Ce premier volet défend une idée simple : la librairie ne se réduit pas à la vente d’un produit dont le prix échappe au libraire. Non, non...

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Librairies : “Il est grand temps de rallumer les consciences”

Librairies : quel avenir au-delà de l’urgence économique ? En trois volets, Évelyne Darmanin, formatrice aux métiers du livre, examine les conditions d’un renouveau. Le premier texte plaçait le conseil et la relation avec le lecteur au cœur de la valeur du métier. Le deuxième défendait la librairie comme espace de dialogue, de circulation des idées et de débat. Ce dernier volet interroge le projet d’entreprise capable d’articuler activité commerciale, transmission professionnelle, ambition culturelle et exigence démocratique.

24/06/2026, 16:15

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Un livre géant brûlé pour les 60 ans de l’Université de Rouen : le symbole qui dérange

Lors des festivités de la Saint-Jean, à Mont-Saint-Aignan, un grand livre en bois a été brûlé pour célébrer les 60 ans de l’Université de Rouen. ActuaLitté donne la parole à plusieurs universitaires, chercheurs et intellectuels, qui s’interrogent sur la portée symbolique d’un tel geste : peut-on célébrer le savoir en mettant en scène la destruction de l’un de ses symboles les plus forts ?

24/06/2026, 12:28

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Censure à Castres : Catherine Pégard interpellée par le Off Avignon

Avignon Festival & Compagnies, qui accompagne le festival Off Avignon, dénonce la déprogrammation à Castres de Passeport, pièce d’Alexis Michalik, par le maire RN Florian Azéma. L’association y voit une décision politique et idéologique, contraire à la liberté de création et de diffusion, et affirme son soutien à l’auteur comme à ses équipes.

23/06/2026, 17:42

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IA : comment améliorer les catalogues de bibliothèque sans numériser les livres ?

Alors que l’IA et le RAG s’imposent comme des pistes pour renouveler la recherche documentaire en bibliothèque universitaire, leur déploiement se heurte à une réalité matérielle et juridique : accès aux textes, numérisation des fonds, droits d’usage et coûts de traitement. Derrière la promesse de catalogues plus intelligents, la question demeure celle de l’autonomie des bibliothèques face aux grandes plateformes. Par Cédric Limousin.

23/06/2026, 16:16

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La canicule à son clim’axe : quand les climatiseurs volent la vedette

Une climatisation défaillante peut transformer un bureau d’espions en plage artificielle. Elle peut aussi obséder un conducteur, accompagner une solitude californienne, dérégler une tour de béton ou servir de voie d’accès à une prise d’otages. Dans les romans, l’air conditionné a sa mécanique, son humeur et parfois son sens du spectacle.

23/06/2026, 15:51

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Au cœur des villages, le salon des écrivains nomades rassemble lecteurs et livres

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Les Éditions au Pluriel : la maison indépendante qui défend une littérature humaine et engagée

Dans le paysage de l’édition indépendante française et à travers ces différentes collections, les Éditions au Pluriel construisent un catalogue singulier Romans, essais, imaginaire, beaux livres ou récits de voyage. C’est un ensemble cohérent, animé par une même exigence : défendre des textes incarnés, accessibles et profondément humains.

19/06/2026, 17:57

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Le livre d’occasion, l’économie circulaire d’une filière linéaire

Dix années de commerce de seconde main, le Label Emmaus invitait à fêter son anniversaire à l'Académie du Climat, ce 18 juin. Un appel, finalement, pour comprendre ce qu’est le réemploie, qui le porte : « 10 ans d’engagement, d’innovation sociale et de coopération au service d’une économie plus juste et circulaire », explique l’organisme. Avec un volet consacré au livre d’occasion – toujours objet de fantasmes…

19/06/2026, 16:36

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Un label pour l’édition indépendante : “Quitte à le faire seul, faisons-le joyeusement”

Alors que Grasset sombre dans l’idéologie, que le mouvement de protestation contre l’instrumentalisation de grandes maisons d’édition au service d’une radicalisation politique et sociale voit le jour, il est grand temps de rendre nos indépendances plus visibles. Je crois en cette urgence, en cette nécessité d’afficher notre fierté (une notion peu mobilisée dans le secteur éditorial) d’être indé. Par Étienne Galliand, éditeur.

19/06/2026, 10:44

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Intelligence artificielle en librairie : le risque de déposséder un métier

Aux Rencontres nationales de la librairie 2026, l’intelligence artificielle s’était invitée dans un double débat : celui de la création, du droit d’auteur et des œuvres, et celui, plus concret, des usages professionnels en librairie. Entre vigilance éthique et outils d’aide au pilotage, l’enjeu consiste à distinguer la menace du remplacement de la promesse d’une assistance pensée au service du métier. Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, dépassionne le débat.

17/06/2026, 13:10

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Quand Gaston Bachelard nous aide à comprendre notre obsession pour l’IA

L’intelligence artificielle est généralement présentée comme une révolution technologique. On la décrit comme un ensemble d’algorithmes, de modèles statistiques ou d’infrastructures informatiques. Pourtant, cette définition technique ne suffit pas à expliquer l’intensité des passions qu’elle suscite. Par Bertrand Jouvenot.

17/06/2026, 12:52

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Climat : pourquoi “la lassitude peut vite devenir indifférence”

L’information climatique circule davantage, alerte plus souvent et documente mieux l’ampleur du dérèglement en cours. Pourtant, l’accumulation des faits déclenche parfois l’angoisse, la lassitude ou le repli, au lieu de nourrir l’action. Pour dépasser cette impasse, le monde du livre dispose d’un rôle singulier : faire entendre d’autres récits, d’autres voix, et transformer la prise de conscience en mouvement collectif. Fanny Audibert publie chez Oxus Sortir du déni climatique, entrer en action.

15/06/2026, 13:03

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La librairie indépendante peut-elle rester indépendante si son modèle s’épuise ?

ANALYSE – La question de l’indépendance des commerces du livre se déplace. Au-delà du statut juridique ou du choix éditorial, elle engage désormais la viabilité économique, la fatigue des équipes, l’écologie du livre et les conditions concrètes d’un métier sous tension. Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, aborde le sujet frontalement.

15/06/2026, 12:30

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Rentrée littéraire 2026 : les grandes tendances des romans français et étrangers

La grande fête annuelle de la librairie démarrera fin août comme chaque année, avec son lot de romans, les premiers, les francophones, les traductions. Si 277 romans de cette rentrée ont été utilisés pour amorcer la tendance 2026, aucun n'a été blessé (certains furent blessants...). Et s'impose d'emblée un constat : la littérature prend le présent à bras-le-corps, sans distance ni précaution.

15/06/2026, 11:28

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De DSK à Patrick Bruel : violences sexuelles et impunité des puissants

Dans cette tribune, l’essayiste Nasser interroge, à partir de l’affaire Patrick Bruel et d’autres figures publiques mises en cause, la tension entre parole des victimes, présomption d’innocence, prescription judiciaire et responsabilités médiatiques. Un texte d’opinion, polémique et engagé, sur l’impunité supposée des puissants face aux violences sexuelles.

13/06/2026, 08:33

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“Lancer un livre, c’est créer un moment ; l'installer, c’est construire une durée”

ANALYSE – Surproduction, encore et toujours, l'éternelle problématique de l'industrie du livre. Trop de livres, peut-être, probablement – assurément ? Ou bien, pas assez de temps pour que chaque ouvrage vive sa vie dans les points de vente ? Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, propose une autre lecture.

13/06/2026, 06:00

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Affaire Lyhanna : du silence des adultes aux mots de Darmanin

Après la mort de Lyhanna, 11 ans, à Fleurance, Gérald Darmanin a reconnu une défaillance de l’institution judiciaire et demandé le réexamen de milliers de plaintes concernant des mineurs. Face à l’émotion nationale, plusieurs livres rappellent ce que la langue politique nomme mal : la durée du trauma, l’emprise, le silence des adultes et la place trop vite retirée aux victimes.

12/06/2026, 12:59