Les Arbres de Nagasaki, de Véronique Brindeau, publié aux éditions Arléa, figure dans la première sélection — liste longue — du Prix Lumière d’août 2026, dans la catégorie littérature.
Avec ce livre bref, délicat et profondément bouleversant, Véronique Brindeau nous conduit à Nagasaki sur les traces des hibaku jumoku, ces « arbres victimes de la bombe » qui ont survécu au bombardement atomique du 9 août 1945. Pins, camphriers, magnolias, azalées, grenadiers ou plaqueminiers : ces survivants silencieux portent encore, dans leurs troncs, leurs brûlures, leurs fissures et leur obstination à refleurir, la mémoire d’une catastrophe qui excède toute parole.
Véronique Brindeau compose une méditation sensible sur la mémoire, la destruction et la résilience du vivant. Les arbres ne sont ici ni de simples symboles, ni des monuments figés : ils sont des présences. Ils veillent dans la ville, presque discrètement, à l’endroit même où l’Histoire a voulu tout réduire en cendres. Leur survie n’efface pas la tragédie ; elle en garde la trace, avec une force d’autant plus grande qu’elle demeure silencieuse.
Le livre impressionne par sa pudeur, sa précision et son attention extrême au monde naturel. Véronique Brindeau regarde les arbres comme on écoute des témoins. Elle fait entendre ce que leur présence muette dit encore des morts, de la mémoire commune, de la fragilité du vivant et de la nécessité de ne pas oublier. À travers eux, Nagasaki cesse d’être seulement un nom de l’Histoire : elle redevient un lieu habité, blessé, traversé par le temps, mais encore debout.
Les Arbres de Nagasaki est un texte de recueillement et de lumière, un livre où la littérature approche l’Histoire par les feuilles, les troncs, les cicatrices et les saisons. Un ouvrage sobre, grave et nécessaire, qui rappelle que le vivant garde parfois mémoire de ce que les hommes voudraient ne plus voir.
Publiée le
09/06/2026 à 10:53
0 Commentaire
259 Partages
Paru le 05/03/2026
78 pages
Arléa Editions
13,00 €
Commenter cet article