Après Victor Hugo Dessins en 2023 et Hugo décorateur, la Maison de Victor Hugo poursuit l’exploration de l’œuvre visuelle de l’écrivain avec Hugo et l’architecture. De la pierre à la plume. L’exposition sera présentée du 11 juin au 22 novembre 2026 à la Maison de Victor Hugo, place des Vosges, à Paris.
Le 08/06/2026 à 13:25 par Hocine Bouhadjera
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08/06/2026 à 13:25
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Le musée s’intéresse cette fois au lien profond que Victor Hugo entretient avec l’architecture, source d’inspiration majeure dans son œuvre littéraire et graphique. De Notre-Dame de Paris, publié en 1831, aux croquis d’églises, de châteaux, de cathédrales, de phares et de ruines, l’exposition met en regard la littérature, le dessin et l’engagement patrimonial de l’écrivain.
Le parcours montre comment Hugo magnifie le Moyen Âge et les monuments anciens, avant de s’éloigner progressivement du réel pour faire de l’architecture un territoire d’imagination. Chez lui, la pierre devient mémoire, langage, symbole et matière poétique.
Gérard Audinet, directeur des Maisons de Victor Hugo, Paris-Guernesey, résume ce lien : de romans en pamphlets, de pièces de théâtre en poèmes, de Notre-Dame de Paris aux burgs rhénans, « l’architecture fascine et passionne Victor Hugo ». L’exposition forme ainsi une sorte de diptyque avec Hugo décorateur.
Réalisée avec la participation de la Bibliothèque nationale de France, l’exposition est placée sous le commissariat d’Alexandrine Achille, conservatrice à la Maison de Victor Hugo.
Le parcours chrono-thématique se déploie en cinq parties, sur les deux étages du musée.
La première section, Choses vues, rassemble des croquis au crayon pris sur le vif, issus de petits carnets, ainsi que des dessins à l’encre réalisés dans les années 1830 et 1840. À partir de 1834, lors de ses nombreux voyages dans les provinces françaises et à l’étranger, Victor Hugo dessine églises, cathédrales, châteaux, donjons, tours et beffrois. Ses séjours en Belgique en 1837, dans la vallée du Rhin en 1840 ou en Espagne en 1843 nourrissent cette passion pour le patrimoine.
Grand observateur de son environnement, Hugo saisit la beauté des monuments avec un style précis et naturaliste, tout en déplorant le délabrement de ces traces du passé. La section révèle aussi un aspect moins connu de l’écrivain collectionneur, amateur de photographies de paysages, d’architectures et de cathédrales. Des tirages inédits, réunis dans l’Album Phébus, montrent les mêmes lieux photographiés dans les années 1860, plus de vingt-cinq ans après les croquis de voyage.
La deuxième section, De l’édifice à l’écriture, met en évidence les liens entre architecture, dessin et littérature. Dès les années 1820, Hugo s’engage dans la défense du patrimoine, à une époque où cette question devient centrale. En 1824, à vingt-deux ans, il rédige l’ode La Bande noire, dans laquelle il dénonce le vandalisme révolutionnaire. Son texte Guerre aux démolisseurs, commencé en 1825 et publié en 1832, confirme cet engagement en fustigeant les destructions et les restaurations hasardeuses.
Mais c’est Notre-Dame de Paris qui donne à cette cause son expression la plus célèbre. Le roman consacre l’intérêt de Hugo pour les monuments médiévaux et accompagne une prise de conscience nationale en faveur de la sauvegarde des monuments historiques. La cathédrale, menacée de destruction, devient le véritable personnage central du livre.
Au-delà de Quasimodo et d’Esmeralda, Notre-Dame de Paris impose l’idée que l’architecture est un grand livre de l’humanité. Dans le chapitre « Ceci tuera cela », Hugo formule sa crainte de voir l’imprimerie remplacer l’édifice, tout en rappelant que littérature et architecture relèvent toutes deux de la mémoire des hommes : « Le genre humain a deux livres, deux registres, deux testaments, la maçonnerie et l’imprimerie, la Bible de pierre et la Bible de papier. »
Cette réflexion se prolonge dans les dessins. À partir de l’exil à Jersey, en 1852, l’écriture entre dans les compositions graphiques de Victor Hugo. Mots, lettres, initiales et nom propre s’inscrivent dans les monuments, les maisons et les châteaux. Les lettres deviennent des éléments architecturaux, parfois des supports de construction. Capitales colorées, signes plastiques et fragments de mémoire luttent contre l’absence et l’oubli.
La section aborde également le rapport entre dessin et écriture dans les œuvres littéraires. Hugo dramaturge dessine lui-même les décors de ses pièces dans les manuscrits, comme des didascalies scéniques. Certaines compositions dialoguent avec Les Contemplations, La Légende des siècles, Les Travailleurs de la mer ou L’Homme qui rit, sans être de simples illustrations.
Le manuscrit des Travailleurs de la mer comporte trente-six dessins à l’encre. Après l’avoir fait relier à Guernesey, Hugo décide d’y insérer ses propres encres, réalisées pendant et après l’écriture du roman.
Dans ces œuvres, l’architecture s’éloigne du réel. Elle devient prétexte à l’imaginaire, point de départ vers des édifices étranges, sombres, instables, où la rêverie prend le dessus.
La troisième section, Du réel à l’imaginaire, s’attache aux années d’exil. À Jersey, puis à Guernesey, Hugo voyage d’abord par l’esprit. Lorsqu’il reprend ses déplacements annuels à partir de 1861, vers la Belgique, les bords du Rhin, le Luxembourg puis la Suisse, son goût pour les monuments anciens reste intact. Ses dessins mêlent souvenirs, rêveries, sites connus et édifices réinterprétés.
La ruine, emblème romantique par excellence, et le château, ou burg, occupent une place centrale. Ces motifs cristallisent à la fois l’imaginaire historique, la nostalgie des monuments anciens et le goût de Hugo pour les demeures authentiques. Le pittoresque et le grandiose se croisent dans des paysages où passé et présent se superposent, parfois sous l’influence de la photographie.
La quatrième section, Architectures visionnaires, donne toute sa place à l’invention. Hugo dessinateur y utilise l’architecture comme matière de fantaisie. Temples orientaux chimériques, châteaux extravagants, silhouettes fantasmagoriques et compositions découpées forment un monde d’édifices irréels. L’exposition met notamment en avant Le Burg à la croix, composition exceptionnelle et rarement exposée, où surgissent les contours d’une ville imaginaire et mystique.
Dans ces dessins, Hugo associe des motifs issus d’époques et de civilisations différentes, selon des assemblages entièrement inventés. Le motif architectural finit par se dissoudre dans des paysages oniriques et des architectures hallucinées. L’expérimentation graphique passe par le papier découpé, la tache, le fantastique, jusqu’à frôler l’abstraction.
Le deuxième étage du musée est consacré à l’Architecture de l’intime. L’exposition y aborde Hauteville House, la maison achetée par Victor Hugo à Guernesey en 1856, grâce au succès des Contemplations. L’écrivain l’aménage et la décore dans les moindres détails, avec une forte inspiration médiévale. Édifiée sur trois étages, conçue comme un livre ouvert dont chaque pièce serait un chapitre, Hauteville House devient un théâtre privé, lieu de refuge, d’intimité familiale et de mémoire.
Des photographies en noir et blanc d’Olivier Mériel, réalisées en 1998, dialoguent avec des clichés en couleur de Jean-Baptiste Hugo, arrière-arrière-petit-fils de l’écrivain, pris en 2015 et en 2024. Elles montrent comment Hugo a investi l’espace et transformé l’architecture de cette demeure.
L’exposition présente aussi pour la première fois les plans originaux d’une demeure parisienne voulue par Hugo à la fin de sa vie, mais jamais construite. Imaginé par l’architecte Philippe Leidenfrost, cet hôtel particulier d’inspiration néo-gothique, en pierre et briques, devait accueillir la famille du poète et ses petits-enfants, Georges et Jeanne.
Plusieurs rendez-vous accompagneront l’exposition : un concert, De la Seine au Rhin, le 11 juin 2026 à 19h, puis des visites guidées programmées à 16h entre juin et août. Deux rencontres auront également lieu pendant les Journées nationales de l’architecture : le 15 octobre, Isabelle Saint-Martin interviendra autour de Guerre aux démolisseurs et de la patrimonialisation des édifices religieux.
Le 17 octobre, Richard Lecat, architecte des bâtiments de France à la cathédrale de Rouen, évoquera les restaurations historiques et contemporaines des cathédrales. Une journée d’étude est aussi prévue avec l’Académie d’architecture, autour de Victor Hugo dessinateur d’architecture, architecte d’intérieur, et de sa relation à la ville, au patrimoine et aux formes bâties.
Un catalogue accompagne l’exposition : Hugo et l’architecture, de la pierre à la plume, publié par Paris Musées. Préfacé par Gérard Audinet, il réunit deux essais de Thomas Cazentre, conservateur à la Bibliothèque nationale de France, et d’Alexandrine Achille, conservatrice à la Maison de Victor Hugo. L’ouvrage compte 104 pages, et 100 illustrations.
La Maison de Victor Hugo conserve plus de 50.000 œuvres et réunit les deux lieux majeurs de la vie de l’écrivain : l’appartement de la place des Vosges, à Paris, occupé de 1832 à 1848, et Hauteville House, à Guernesey, où il vécut en exil jusqu’à son retour en France en 1870. À Paris, peintures, dessins, sculptures, photographies, manuscrits, lettres, archives et bibliothèque retracent sa vie et son œuvre, tandis que les expositions temporaires mettent régulièrement en lumière ses collections et son travail de dessinateur.
À Guernesey, Hauteville House demeure l’un des grands lieux de la mémoire hugolienne. Victor Hugo y conçut lui-même un décor profus, nourri de brocante et d’imaginaire médiéval, dans une maison dominant l’océan. Le site est ouvert au public du 2 avril au 4 octobre.
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La Maison de Victor Hugo appartient au réseau Paris Musées, établissement public qui réunit les 12 musées de la Ville de Paris et deux sites patrimoniaux, dont la maison de Balzac. Premier réseau muséal européen, il a accueilli plus de 5,1 millions de visiteurs en 2025.
Crédits photo : Victor Hugo — Jules Robert, graveur, vers 1885. Illustration de périodique (CC0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
1 Commentaire
Marie
09/06/2026 à 09:14
Des illustrations auraient été judicieuses...