La Library of Congress déposera dans l’America250 Time Capsule une fiole d’ADN synthétique contenant des copies numériques de trésors patrimoniaux. Le brouillon de Jefferson, des manuscrits, sons et archives passeront dans une mémoire moléculaire programmée pour 2276, à Philadelphie. Une expérience minuscule par son format, immense par les questions qu’elle adressera aux futurs lecteurs.
Le 06/06/2026 à 20:30 par Clément Solym
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06/06/2026 à 20:30
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La Library of Congress déposera en juillet, à Philadelphie, une partie de ses collections numérisées dans une fiole d’ADN synthétique destinée à l’America250 Time Capsule. Le geste tient de la science-fiction patrimoniale : des manuscrits, enregistrements et documents historiques réduits à une suite moléculaire, enfermés pour 250 ans.
L'établissement a officialisé sa contribution ce 20 mai, prenant donc part à la capsule temporelle officielle du 250e anniversaire des États-Unis. L’institution fédérale y placera une petite fiole métallique contenant de l’ADN synthétique encodé avec des copies numériques de documents issus de ses collections.
Le dispositif tient dans un volume minuscule : la bibliothèque évoque une capsule longue comme une gomme de crayon. Les données ont été converties en brins d’ADN synthétisé avec le Molecular Information Systems Lab de l’Université de Washington. L’ensemble intègre aussi une puce portant les instructions de décodage, afin que les séquences redeviennent des fichiers lisibles lors de l’ouverture.
La sélection mêle monuments politiques, sons, images et archives savantes. Elle comprend notamment le brouillon de la Déclaration d’indépendance annoté par Thomas Jefferson, les paroles manuscrites de The Star-Spangled Banner par Francis Scott Key, un enregistrement de 1898 de l’hymne par l’orchestre de John Philip Sousa, le plan L’Enfant de Washington daté de 1791, le Codex Quetzalecatzin, des éléments manuscrits du catalogue de la bibliothèque de Jefferson et des enregistrements passamaquoddy de 1890.
L’America250 Time Capsule sera consacrée à Independence National Historical Park, à Philadelphie. La page officielle d’America250 indique que la capsule rassemblera des objets destinés à raconter les États-Unis à l’âge de 250 ans et qu’elle sera ouverte en 2276, année du 500e anniversaire du pays.

L’objet principal, conçu pour une conservation souterraine de très longue durée, a fait l’objet d’un article de Popular Science, qui décrit une capsule d’environ 2000 livres, enterrée à Philadelphie le 4 juillet 2026. On parle en effet d'un conteneur en acier inoxydable et un système de protection contre l’humidité, l’ennemi le plus banal et le plus dévastateur de ces opérations mémorielles.
La Library of Congress présente cette expérience comme un prolongement de son étude de faisabilité sur le stockage moléculaire, lancée après une demande du Congrès en 2024. L’institution souligne que l’ADN synthétique utilisé ici n’est pas biologique : il ne sert ni à créer ni à modifier des cellules vivantes. Il exploite en revanche la densité d’information du code moléculaire.

Selon les données communiquées par la bibliothèque, ce support atteint environ neuf téraoctets par millimètre cube, soit une densité très supérieure à celle des disques durs, bandes ou infrastructures cloud. La promesse ne remplace pas les chaînes de conservation existantes ; elle ajoute un banc d’essai spectaculaire à l’arsenal des bibliothèques patrimoniales.
Le plus singulier reste le renversement symbolique. Une bibliothèque qui conserve des livres, cartes, manuscrits, journaux et partitions envoie désormais ses traces les plus visibles dans une archive presque invisible. Le papier demeure l’objet de mémoire. Mais, pour 2276, la note de bas de page prendra aussi la forme d’une fiole.
Crédits photos : Fiole posée sur le brouillon de la déclaration d'indépendance - Library of Congress
Par Clément Solym
Contact : cs@actualitte.com
3 Commentaires
Hervé Le Crosnier
07/06/2026 à 13:19
Il y aurait plein de choses à dire sur cette expérience... mais un non-dit me semble à la fois curieux et inquiétant : si on transfère la mémoire pour seulement 250 ans dans un matériaux qui n’est pas sensible aux changements climatiques, à des impulsions électromagnétiques (genre bombe atomique), à des destructions volontaires ou involontaires ou à des incendies, des inondations... c’est peut être que l’on s’inquiète de l’avenir du monde civilisé actuel, qu’on redoute les guerres et les bouleversements climatiques. Mais dans ce cas, préserver est-il le plus urgent ? Agir contre les forces de la destructivité serait certainement plus efficace. Enfin, j’espère...
Bendou
07/06/2026 à 20:13
Est-ce que c’est la même procédure que les Archives Nationales de France ont adopté
Shame on u
08/06/2026 à 12:47
Seraient également bienvenus :
Une copie de "little big man"
Des photos d'hiroshima et nagazaki
Des reportages sur les guerres du vietnam, de la corée, d'afganistan, d'irak, d'iran etc.
Quand les colons génocidaires font du mémoriel, il faut être exhaustif🤗