Pour que notre grand patron sollicite en urgence votre serviteuse, fallait-il qu’il fût conquis par sa découverte. Ou né de la dernière pluie, c’est selon. Le fait est que cette série en quatre volumes incarne ce que l’on qualifierait volontiers de rendez-vous raté — voire de ratage complet pour la librairie, passée à côté d’un travail magnifique — n’ayons pas peur des mots : d’une véritable épopée à hauteur d’enfant, totalement magique.
Si l’on considère que les quatre tomes ont à poeine totalisé 2900 ventes, le problème se mesure facilement à l’aune de ce que la tétralogie n’aurait simplement pas trouvé son public, selon l’expression consacrée. Mais est-ce à dire que le public n’était pas au rendez-vous, ou plus simplement, qu’il n’a pas pris connaissance de cette petite merveille ? Dilemme cornélien, questionnement épineux, aïe, ça pique.
Tentons donc de corriger le tir, dans une modeste tentative pour attirer l’attention sur cette tétralogie totalement folle. David Furtaen et Pauline Pernette avaient donc signé une histoire en quatre volumes, option fantasy jeunesse, qui prenait la route sans oublier la boussole — même quand Roch la lit de travers.
Annoncée dès 8 ans, la série mêle aventure, magie, humour et amitié autour d’un mal ancestral : les Ombres. Le principe semble simple, donc redoutable : quand le monde se vide de ses couleurs, une herboriste et un alchimiste, ennemis jurés, bricolent l’espoir avec des plantes, des fioles, des cartes et un art consommé de la dispute.
Le Dernier Printemps ouvre la marche au village d’En-Haut, où les habitantes et habitants deviennent « des ombres d’eux-mêmes ». Mycène, jeune herboriste, épuise ses recettes contre ce mal étrange. Un dernier remède existe, mais il la mène au village d’En-Bas, chez Roch, alchimiste et ennemi de toujours. Mauvaise nouvelle : le mal frappe aussi chez lui.
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Très mauvaise nouvelle : la survie de tous impose une quête commune. L’album pose ainsi un duo à friction, délicieux parce qu’imparfait. Lui observe, calcule, chipote ; elle cueille, tente, s’impatiente. L’aventure emprunte au jeu de rôle son goût de la carte, des objets récupérés, des étapes, des combats et de la mission collective. Le dessin de Pauline Pernette déploie des couleurs franches, un vrai dynamisme et une lisibilité joyeuse. Les taches sombres inquiètent, les personnages bondissent, et l’aventure démarre avec cette promesse : sauver le monde, d’accord, mais sans renoncer aux piques bien placées.
L’Été de feu transforme la querelle en marche forcée. Guidés par les conseils de l’Ancien, Roch et Mycène partent chercher la Hulotte, dans l’espoir d’un remède contre les Ombres. L’un manque de sens de l’orientation, l’autre de patience et d’humilité : autant dire que le voyage promet quelques étincelles.
Sous le soleil, le trajet traverse de nouvelles terres, des vestiges du passé et des villages touchés par le mal. Forêts, désert, canyons, montagnes et rencontres donnent à ce deuxième tome l’allure d’une grande partie de jeu de rôle, avec ses épreuves, ses haltes et ses surprises. L’album garde peu de texte, des scènes contemplatives et un découpage très accessible, ce qui donne aux jeunes lecteurs une vraie autonomie.
Graphiquement, les couleurs vives, les personnages identifiables et les décors sans surcharge soutiennent l’élan du voyage. Le duo avance à coups de défis, de mauvaises directions et de réconciliations provisoires. Provisoires, bien sûr : dans cette série, la paix dure rarement plus longtemps qu’une gourde pleine en plein désert.
Le Peuple de l’Automne installe Roch et Mycène au cœur de la Cité Ancienne. Le décor change, le rythme aussi : l’aventure devient enquête, exploration, déchiffrage. Mycène parcourt les quartiers désertés à la recherche d’indices et de matériaux ; Roch poursuit la traduction de textes antiques afin de comprendre l’antidote.
Derrière l’infranchissable muraille, les découvertes macabres et les surprises explosives rapprochent les deux héros de la vérité. Le ton se tend, mais la série garde sa lumière. La ville gigantesque et désertée élargit le mystère, tandis que la menace des Ombres fait résonner en filigrane une inquiétude écologique : les générations présentes et futures héritent des erreurs et négligences de leurs aînés.
Cette gravité ne plombe jamais la lecture. Les auteurs préfèrent les trouvailles visuelles, les indices qui grattent la curiosité, les frayeurs nettes, puis la petite réplique qui remet tout le monde sur ses jambes. Même face à l’apocalypse, Mycène et Roch conservent l’élégance de ne pas se supporter avec panache.
L’Hiver du Monde referme la quête dans la neige, le danger et l’urgence. Après des mois de voyage, Roch et Mycène approchent du laboratoire de la Grande Prêtresse, où se trouvent peut-être les lignes manquantes de la recette de l’antidote.
Mycène porte désormais la marque du mal ; les remèdes temporaires fabriqués par Roch repoussent les Ombres sans les vaincre. La conclusion resserre donc l’émotion autour des deux héros. Roch prend ici une place plus importante, avec la responsabilité de sauver son amie, tandis que les compétences apprises l’un de l’autre au fil des expéditions changent leur manière d’avancer. Le dessin se recentre sur les personnages, avec des arrière-plans plus dépouillés.
L’aventure médiévale fantastique mêle alors quête, voyage, solidarité et réflexion écologique. Le dernier tome boucle la série sans grandiloquence : une fin de saga, oui, mais surtout l’aboutissement d’une amitié née de travers, nourrie de courage, de confiance et d’obstination.
Le Temps des Ombres m'aura emballée parce qu’il connaît la bonne formule : un monde en péril, une quête lisible, une menace sombre, mais jamais une mine lugubre. La tétralogie respecte ses jeunes lecteurs, leur offre de l’aventure, du suspense, de l’écologie, des cartes, des fioles et deux héros assez têtus pour devenir indispensables l’un à l’autre.
Quatre saisons, quatre albums, une trajectoire nette. Kayaya : voilà une fantasy jeunesse qui soigne les Ombres à coups d’audace, de couleurs et de disputes salutaires.
DOSSIER - Amiens célèbre 30 ans de bande dessinée avec Emil Ferris, Lucky Luke et Mickey
Par Lucy L.
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 13/09/2024
84 pages
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15,70 €
Paru le 23/01/2026
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Editions de la Gouttière
15,70 €
Paru le 02/11/2022
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Paru le 23/01/2026
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