Le musée national des arts asiatiques Guimet a annoncé, mercredi 3 juin 2026, les lauréats du 9e Prix Émile Guimet de littérature asiatique. Dans la catégorie Roman, le prix revient à Antonythasan Jesuthasan, né au Sri Lanka, pour Salamalecs, publié aux éditions Zulma. Dans la catégorie Bande dessinée, Ajnai, originaire de Mongolie, est récompensé pour Les Légendes des steppes, publié aux éditions Paquet.
Le Prix étudiant Inalco pour le manga est attribué à Marina Lisa Komiya, artiste japonais·e, pour Les Guerres invisibles, publié aux éditions Casterman. L’Inalco a également décerné cette année un Prix coup de cœur à Inuhiko Doronoda, auteur japonais de Promenons-nous dans l’espace, publié aux éditions Glénat.
Les prix ont été remis par Laure Adler, présidente du jury, lors d’une cérémonie organisée au musée Guimet. La soirée a été ponctuée par des lectures de Salamalecs assurées par Noam Morgensztern, sociétaire de la Comédie-Française.
Lancé en 2017 par le musée Guimet, le Prix Émile Guimet de littérature asiatique distingue l’œuvre originale d’un auteur ou d’une autrice originaire d’Asie, récemment traduite et éditée en France. Il vise à promouvoir la littérature asiatique contemporaine et à encourager les échanges culturels entre l’Asie et la France.
Depuis 2024, le prix ne se limite plus au roman : il récompense aussi un ouvrage dans la catégorie Bande dessinée. Depuis 2025, le musée Guimet s’associe également à l’Institut national des langues et civilisations orientales pour le Prix étudiant Inalco pour le manga, consacré à un manga d’auteur édité au Japon et traduit en français.
Outre Laura Adler, le jury réunit des personnalités issues du journalisme, de la littérature et des institutions culturelles : Pierre Haski, Nicolas Idier, Claude Leblanc, Yannick Lintz, Line Papin, Jean-Claude Perrier et Constance Rivière.
Le processus de sélection s’appuie également sur un comité de lecteurs constitué en 2025, réunissant douze membres issus à la fois de la société civile, des Amis du musée Guimet et du personnel de l’institution.
Pour le Prix étudiant Inalco manga, le jury est composé de cinq étudiantes spécialisées en études japonaises, coréennes et chinoises : Mona Chaillebey, Nina Clément, Elise Leroy, Erell Lucas et Prisca Sacko.
Dans la catégorie Roman, le jury a donc distingué Salamalecs, d’Antonythasan Jesuthasan, traduit par Léticia Ibanez et publié par Zulma. Le roman suit Nandan, personnage aux deux vies, « comme deux faces d’une médaille... ou d’un même livre ».
Côté recto, le jeune Nandan est enrôlé de force dans une milice tamoule après l’attaque de son village, au nord du Sri Lanka. Pour survivre, il doit ruser, trahir et chercher à échapper à la guerre, avec un seul objectif : obtenir le statut de réfugié. Reste une question : qui écoutera son histoire et celle de sa famille ?
Côté verso, un Nandan plus âgé est arrêté à quatre-vingt-dix kilomètres de Paris. Il se remémore alors le chemin parcouru, son mariage, son divorce, et le fils qu’il n’a jamais su comprendre. À travers cette double construction, Salamalecs apparaît comme un roman à double entrée, porté par l’ironie et l’autodérision.
Antonythasan Jesuthasan, également connu sous le nom de Shobasakthi, est né en 1967 au Sri Lanka. Ancien enfant soldat du Mouvement de libération des Tigres tamouls, il arrive en France en 1993, où il obtient l’asile politique. Il vit désormais à Paris. Le grand public connaît aussi son visage grâce à Dheepan, de Jacques Audiard, Palme d’or à Cannes en 2015. Écrivain majeur des lettres tamoules contemporaines, il a été révélé en France avec Friday et Friday et a également publié La Sterne rouge.
Dans la catégorie Bande dessinée, Les Légendes des steppes, d’Ajnai, traduit par Daphné Huang et publié aux éditions Paquet, est présenté comme une œuvre tout en poésie graphique et narrative. Le livre plonge dans les étendues sauvages des steppes mongoles, territoires immenses où se mêlent sens honorifique familial, croyances populaires, monstres, démons et animaux domestiques venus aider les hommes.
Le recueil réunit plusieurs histoires inspirées des contes mongols, marqués par le rapport à la nature sauvage et à la vie à cheval. À travers des anecdotes et un trait d’une grande douceur, Les Légendes des steppes donne à voir la culture et les coutumes mongoles, ainsi que le lien profond entre l’homme et la nature.
Le Prix étudiant Inalco pour le manga revient aux Guerres invisibles (Senjo no Hito), tome 1, de Marina Lisa Komiya, traduit par Anaïs Koechlin et publié aux éditions Casterman. Le récit se déroule au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans un Tokyo en ruines et occupé par l’armée américaine. L’heure est à la survie et à la reconstruction, mais certains combats restent invisibles pour celles et ceux qui sont contraints de taire leur identité.
Le manga suit quatre personnages discriminés en raison de leur nationalité, de leur orientation sexuelle, de leurs origines ou de leur identité. Du Japon aux États-Unis, ils se rencontrent, s’aiment, se perdent et s’attendent dans les replis de l’histoire. Le livre est présenté comme une quête de liberté à quatre voix contre les conventions.
Artiste non binaire, de culture nippo-américaine, Marina Lisa Komiya est né·e en 1992 aux États-Unis et vit au Japon. Diplômé·e de l’Université d’art et de design Joshibi, iel place les thématiques queer au cœur de son travail, en les explorant à travers installations, vidéos, performances et mangas. Les Guerres invisibles a été distingué au Japon dans l’édition 2025 du classement annuel de référence Kono Manga ga sugoi.
Le Coup de cœur du jury du Prix étudiant Inalco pour le manga distingue Promenons-nous dans l’espace, tome 1, d’Inuhiko Doronoda, traduit par Karine Rupp Stanko et publié aux éditions Glénat. Le récit suit Yamato Kobayashi, en difficulté scolaire depuis des années, qui se donne des airs de mauvais garçon et enchaîne les petits boulots hors du temps scolaire, sans parvenir à tenir dans la durée.
Sa rencontre avec Keisuke Uno, transféré dans sa classe, bouleverse son quotidien. Ce lycéen, pris de panique lorsqu’on lui parle avec trop d’insistance et incapable de faire plusieurs choses à la fois, peine à gérer les aspects les plus ordinaires de la vie quotidienne. Il avance pourtant grâce à une multitude d’astuces. Kobayashi, qui se reconnaît en lui, tente alors de suivre son exemple pour avancer avec ses propres difficultés.
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Lors de l’édition précédente, le Prix Émile Guimet avait récompensé Les Sept Lunes de Maali Almeida, de Shehan Karunatilaka, traduit par Xavier Gros et publié chez Calmann-Lévy, dans la catégorie Roman. La catégorie Bande dessinée avait distingué Hana, de Yeong-shin Ma et Jeong Yi-Yong, publié aux éditions Çà et Là. Le Prix étudiant Inalco pour le manga était revenu à Tokyo, ces jours-ci, de Taiyō Matsumoto, traduit par Thibaud Desbief et publié chez Kana.
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Par Hocine Bouhadjera
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