L’Union internationale des éditeurs a dévoilé la liste des finalistes du Prix Voltaire 2026, à l’occasion du World Expression Forum, organisé à Lillehammer, en Norvège. Six éditeurs, maisons ou collectifs, venus de Palestine, d’Égypte, de Russie, des Philippines et de Thaïlande, restent en lice pour cette récompense consacrée à la liberté de publier.
Créé en 2006 sous le nom de Freedom to Publish Prize, puis rebaptisé Prix Voltaire en 2016, le prix fête cette année ses 20 ans. Il distingue des éditeurs, individus, collectifs ou organisations ayant fait preuve d’un courage exceptionnel face à la censure, aux pressions politiques, aux menaces, à l’intimidation ou au harcèlement. Il est accompagné d’une dotation de 10.000 francs suisses, soit près de 11.000 euros.
La cérémonie de remise aura lieu lors du 35e Congrès international des éditeurs, organisé à Kuala Lumpur, en Malaisie, du 5 au 9 juillet 2026. Ce rendez-vous mondial de l’édition, organisé tous les deux ans par l’UIE avec l’association d’éditeurs du pays hôte, se tiendra pour la première fois à Kuala Lumpur.
Pour Gvantsa Jobava, présidente de l’Union internationale des éditeurs, le Prix Voltaire distingue depuis deux décennies des professionnels ayant « tout risqué » pour publier les textes d’autres auteurs et défendre concrètement leur liberté d’expression. L’édition 2026 adopte d’ailleurs la devise « Bravery in Publishing », soit « le courage de publier ».
Les candidatures pouvaient être soumises jusqu’au 22 février 2026, par formulaire en ligne ou par courriel auprès de l’UIE. Le choix revient ensuite au Freedom to Publish Committee de l’Union internationale des éditeurs, composé de neuf professionnels de l’édition. Ce comité établit d’abord une première liste, puis une sélection finale, avant de désigner le lauréat du Prix Voltaire 2026.
La sélection 2026 réunit :
Dar Al Jundi Publishing, Samir Al Jundi, Palestine
El Maraya, Yehia Fekry, Égypte
Freedom Letters, Georgy Urushadze, Russie
Gantala Press, Faye Cura, Philippines
KompasGuide, Vitali Ziusko, Russie
Sam Yan Press, Netiwit Chotiphatphaisal, Thaïlande
Fondée en mars 2011 pour soutenir les écrivains palestiniens et ceux de Jérusalem, Dar Al-Jundi Publishing est présentée par l’UIE comme la seule maison d’édition palestinienne arabe officiellement autorisée à Jérusalem. Confrontée à des contraintes structurelles, administratives et politiques qui pèsent sur la liberté de mouvement et l’activité culturelle, elle publie notamment des ouvrages politiquement sensibles et des travaux académiques.
En Égypte, El Maraya a été cofondée au Caire en 2016 par Yehia Fekry. La maison revendique une ligne éditoriale indépendante, avec plus de 250 titres publiés. L’UIE rappelle que l’éditeur a été exclu de la Foire internationale du livre du Caire en 2025 et 2026. Ses locaux auraient également été perquisitionnés à cinq reprises entre 2018 et 2024, avec des membres de l’équipe arrêtés, des exemplaires saisis et certains ouvrages interdits de republication.
Freedom Letters, fondée par Georgy Urushadze, représente l’un des deux dossiers russes de la sélection. Ancien journaliste, éditeur et figure de la scène littéraire russe, Urushadze a été déclaré « agent de l’étranger » avant de fonder Freedom Letters au début de l’année 2023. Exilée au Royaume-Uni, la structure publie des textes en russe et en ukrainien, notamment des auteurs opposés à la guerre ou réduits au silence en Russie. Malgré le blocage de son site et l’interdiction de certains livres, Freedom Letters continue de contourner la censure pour faire parvenir ses ouvrages aux lecteurs russes.
Aux Philippines, Gantala Press a été fondée en 2015 pour répondre au manque de représentation des femmes dans la production littéraire et éditoriale. Maison féministe indépendante, elle publie des œuvres d’autrices, d’activistes et de communautés marginalisées. Membre de Publishers for Palestine et de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, Gantala Press intervient régulièrement sur les questions de dissidence, de censure et de liberté de publier.
Autre finaliste russe, KompasGuide a été fondée en 2008 par Vitali Ziusko. Spécialisée dans la littérature jeunesse, la maison a été ciblée par des propagandistes en raison de ses positions contre la guerre et contre les discriminations, notamment liées à la sexualité et au genre. L’UIE indique que sa participation à des salons et événements littéraires a été bloquée à plusieurs reprises. Après une procédure judiciaire engagée pour défendre la liberté des auteurs et des éditeurs, remportée en première instance puis annulée en appel, Vitali Ziusko continue de défendre une littérature russe dégagée de la censure.
En Thaïlande, Sam Yan Press a été créée en 2017 à Bangkok par Netiwit Chotiphatphaisal et d’autres étudiants de l’université Chulalongkorn. Cette maison indépendante, portée par des étudiants, publie des textes politiques, intellectuels et dissidents, en particulier des traductions d’auteurs critiques venus d’autres espaces linguistiques. Elle se présente comme une infrastructure permettant à d’autres voix de participer à la vie intellectuelle publique.
En 2025, le Prix Voltaire avait été attribué conjointement à deux éditeurs biélorusses exilés : Nadia Kandrusevich, fondatrice de Koska, installée en Pologne, et Dmitri Strotsev, de Hochroth Minsk, exilé en Allemagne. Parmi les précédents lauréats figurent aussi le Palestinien Samir Mansour, l’Irakien Mazin Lateef Ali, Same Sky Books en Thaïlande, Dar Al Jadeed au Liban, Liberal Publishing House au Vietnam, Khaled Lotfy en Égypte, Gui Minhai, Turhan Günay et Evrensel, Raif Badawi ou encore Ihar Lohvinau.
Le lauréat ou la lauréate 2026 sera annoncé à Kuala Lumpur, dans un contexte où l’UIE souligne la multiplication des menaces contre la liberté de publier à travers le monde.
Crédits photo : IPA
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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