Malgré une meilleure visibilité sur les réseaux sociaux ou dans les médias, le sujet de la voyance reste encore tabou. Toutefois, je peux accorder aux sceptiques que leur méfiance n’est pas toujours sans objet, car tout dépend de quel type de voyance on parle. Il règne effectivement une grande confusion dans ce monde mystérieux et inquiétant, mais, cependant, très attirant de la voyance. Alors vous êtes en droit de vous demander : illusion, arnaque ou don réel ? Par Sabrina Depraz, autrice de La voyance : mode d'emploi.
Pour tout esprit cartésien, la voyance relève du domaine de l’improbable. Non explicable scientifiquement parlant, le scepticisme s’installe donc immédiatement. Car ce « don » est une faculté purement immatérielle qui ne peut faire l’objet d’aucune certitude… Aujourd’hui, les termes de « voyants », « médiums » sont tellement galvaudés que la seule évocation de ces mots vous classe immédiatement dans la catégorie des farfelus.
Sachez que la voyance n’est pas une science exacte et qu’elle a ses limites. Au fil des années, je me suis donc rendu compte que prédire le futur et le présenter comme quelque chose d’inéluctable et de figé était une erreur. Car l’avenir reste ouvert à tous les champs des possibles, il offre une vision large et changeante qui fluctue selon les propres choix du consultant.
Un bon voyant n’est pas un « faiseur de bonheur » et ne vous inventera pas un destin féerique ! Il est celui dont le sérieux, la moralité et les compétences sont au-dessus de tout soupçon. Ainsi, un vrai voyant ne vous incitera pas à la consultation, ne fera pas de complaisance, ne vous donnera pas de faux espoirs, n’abusera pas de votre confiance, ne vous prodiguera pas de conseils médicaux, ne vous prédira pas la mort de quelqu’un, ne vous jugera pas et ne vous influencera pas dans vos choix.
Car le devoir d’un médium est d’éclairer les points obscurs tout en donnant des prévisions sur le déroulement des événements. Sa tâche consiste à dire ce qu’il « voit » et uniquement cela.
Déjà, si le voyant vous pose un tas de questions, alors n’hésitez pas, fuyez ! Car il vous emmène à en dire le plus possible sur vous et ainsi vous dire ce que vous voulez entendre. Un vrai voyant n’a besoin de rien, d’aucun détail, bien au contraire, il lui faut une page blanche afin que les intuitions et les flashs s’expriment.
Malheureusement, sur les réseaux sociaux — que ce soit sur TikTok, Instagram —, tout le monde s’improvise voyant et vous propose des tirages à la chaîne ! Sachez-le, c’est ceux qui en parlent le plus qui en savent le moins ! Ils cherchent le buzz, la notoriété, une nouvelle clientèle, l’argent facile. Mais un bon voyant n’a pas besoin de briller ni même de se « montrer ». C’est uniquement le bouche-à-oreille qui inspire confiance et légitimité.
La question qui se pose alors serait : sommes-nous tous « voyants » si n’importe qui sur les réseaux prétend l’être ? Je confirme que tout le monde a les capacités d’être médium et peut le devenir. Nous le sommes tous plus ou moins, mais à des degrés différents, avec des potentiels différents, plus développés chez certaines personnes, comme à l’état latent chez d’autres.
D’ailleurs, le docteur Melvin Morse, a démontré qu’il existe un « Point de Dieu », dans notre lobe temporal droit, qui serait responsable de nos intuitions, rêves, prémonitions, visions, guérisons spontanées, décorporations et donc responsable de l’éveil de notre médiumnité.
Cependant, comme je le dis souvent, il existe beaucoup d’appelés, mais très peu d’élus. Il y a, indéniablement, une part de « don », inné, karmique, astrologique ou héréditaire. Alors voici une image parfaitement explicite : certes, tout le monde peut apprendre à jouer du piano, mais il n’existe qu’un seul Mozart !
Soyons clairs : c’est un milieu particulier où il n’existe aucun garde-fou, aucune censure ni commission d’éthique. On peut y trouver de tout et sous n’importe quelle forme. Ainsi, n’importe qui peut s’installer et ouvrir un cabinet de voyance. On ne procède à aucun contrôle établissant les compétences réelles en la matière, aucun diplôme n’existe, car nous sommes hors cadre, hors matérialité. Il n’y a pas d’organisme de vérification ni de surveillance. C’est donc la porte ouverte à toutes formes d’abus.
Les dérives du Net, par exemple, commencent donc par la possibilité d’accéder à des sites de voyance à toute heure du jour et de la nuit. On ne sait d’ailleurs plus lequel choisir tellement ils sont légion ! Ces plateformes donnent l’apparence de véritables vitrines d’espoir pour des personnes en mal de vivre qui, en un clic, sont happées dans la sphère infernale du coût à la minute et la facture finale dépasse le plus souvent les moyens financiers du consommateur.
Beaucoup pensent que les voyants, s’ils ont reçu un don de Dieu, ne doivent pas être rémunérés. Cependant, un voyant qui pratique des prix raisonnables pour rendre service aux gens et qui vit de son art, ce n’est pas choquant. N’importe quel artiste — peintre, musicien, écrivain — fait également payer son talent. Pourquoi pas le voyant ?
Mais le faire uniquement pour gagner plus d’argent est une erreur, car il y a le risque de corrompre, de dénaturer le don, mais aussi l’exercice même de la médiumnité. Cette tarification est moralement recevable dans la mesure où, tout comme la médecine classique ou parallèle, tout métier mérite salaire.
Le souci majeur est que la voyance, à ce jour, est devenue une véritable industrie. Sites, médias, presses en sont gorgés. Exploiter son don n’est ni malhonnête ni déshonorant. Mais encore faut-il savoir le contrôler, le développer et surtout correctement l’utiliser.
Je pense qu’il est nécessaire aujourd’hui de redorer le blason de la voyance. Pour que l’image de marque de la divination reprenne ses lettres de noblesse, un grand nettoyage serait de rigueur. Les victimes de charlatans émettent des critiques sévères et injustes à l’égard de toute la profession, ce qui est compréhensible. Mais ainsi, les bons payent pour les mauvais !
Pour conclure, je dirai qu’il convient donc aux gens de qualité de ne plus accepter la marginalisation de la profession. Beaucoup de voyants se battent pour faire changer les choses et se regroupent en associations pour faire aboutir leurs revendications afin de mettre en avant l’honorabilité du métier et d’obtenir sa législation auprès des pouvoirs publics.
Car l’inspection attentive et rigoureuse de ce métier entraîne automatiquement l’arrêt des fraudes. Ainsi, la voyance, débarrassée des parasites qui la minent, retrouverait enfin ses lettres de noblesse !
Sabrina Depraz
Un extrait du livre de Sabrina Depraz est proposé en fin d'article, ainsi que deux autres ouvrages pour approfondir le sujet.
Par Auteurs Piktos
Contact : f.lamotte@piktos.fr
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