Aux Imaginales, il y a les auteurs, les éditeurs, les tables rondes, les files de dédicaces, les débats sur la fantasy, la science-fiction ou le fantastique. Mais sous les tentes du festival, l’imaginaire prend aussi la forme d’un bijou, d’une céramique, d’une planche de bande dessinée, d’un objet en bois découpé, d’un tarot illustré ou d’un petit catalogue indépendant. Nous sommes allés à la rencontre de quelques exposants, parfois présents depuis plusieurs années, parfois venus pour la première fois à Épinal.
Le 31/05/2026 à 09:22 par Hocine Bouhadjera
2 Réactions | 207 Partages
Publié le :
31/05/2026 à 09:22
2
Commentaires
207
Partages
Le festival ne se limite pas à ce qui s’écrit : il montre aussi ce qui se fabrique. Sur les stands, on trouve des univers complets, construits par des artisans, des illustrateurs, des créateurs et des éditeurs qui viennent chercher aux Imaginales un public capable de comprendre les signes, les matières, les symboles et les récits cachés derrière les objets.
Un reportage à voir et écouter ci-dessous :
Justine, des Caprices de Justine, se présente comme une « créatrice de rêves et d’imaginaire ». Son stand mêle bijoux, pierres, symboles païens, esthétique victorienne, piraterie et magie. Elle travaille avec des pierres de gemmes, autrefois appelées pierres semi-précieuses, un terme qu’elle constate aujourd’hui moins utilisé.
« Chaque pierre a des vertus », nous explique-t-elle. L’une de ses préférées reste le lapis-lazuli : « C’est une pierre de vérité, de dignité, d’introspection. C’est la pierre sur laquelle tu mets un micro sur ta petite voix intérieure, celle qui a toujours raison et qu’on n’écoute jamais. »

Son univers ne s’arrête pas aux pierres. « J’ai pas mal de symboles païens, ésotériques, donc triple lune, nœuds de sorcière, pas mal de symboliques autour des animaux et des insectes aussi. Le hibou, le scarabée à une époque, et là, en ce moment, les libellules, qui sont un symbole de transition extrêmement rapide. Tout ça mélangé dans un univers un peu victorien, rempli de magie et de piraterie. »
Installée dans la région Centre, au sud d’Orléans, Justine vient aux Imaginales depuis quatre ans. Son activité a débuté à Orléans en 2017, avant de devenir son métier à plein temps en 2022. Avant cela, elle était professeure des écoles. « C’est un peu dur », sourit-elle, en évoquant le changement de vie.
Son rapport au festival s’est imposé assez naturellement : « C’est un festival du livre, donc au départ on pourrait imaginer que ce n’est pas trop mon monde. Mais comme on est sur beaucoup d’imaginaire, d’heroic fantasy, de roleplay, en fait ça colle avec mon univers. » Et d'ajouter : « Les Imaginales, je connais par des collègues qui m’ont dit que ça valait le coup de venir. Et effectivement, je confirme : ça vaut le coup. Les gens sont chaleureux. »

Chez Wood Whisper, l’imaginaire passe aussi par la matière. Le stand propose des créations en bois réalisées par superposition de plaques, afin de produire un effet de relief. « On travaille le bois, et on est spécialisés dans tout ce qui est univers fantastique et jeu de rôle », explique l’un des créateurs.
« Principalement, on fait du tableau, avec un gros univers fantastique. Ensuite, on retrouve toute la partie jeu de rôle : dessous de verre, marque-pages, dés spécifiques ou encore boîtes pour le jeu de rôle. »
Wood Whisper n’est pas spinalien : le duo vient des environs de Reims. Cette édition marque sa deuxième participation aux Imaginales. « On expose un peu partout en France. C’est un événement qu’on aime bien parce qu’il est agréable, sur plusieurs jours, et ça permet de rencontrer plein de personnes fans de ces univers. »

L’atmosphère du festival compte aussi. « C’est quelque chose de très calme et très convivial », résume l’exposant. Une formule simple, mais qui revient souvent dans les allées : les Imaginales attirent un public curieux, capable de passer d’un livre à un objet, d’une dédicace à un artisan.
Les Imaginales accueillent aussi des éditeurs qui ne viennent pas toujours du cœur de la fantasy. C’est le cas des éditions Tanibis, maison de bande dessinée alternative basée à Villeurbanne, près de Lyon, présente pour la première fois au festival. « Nos livres ont souvent un pied dans le réel, un pied dans l’imaginaire », nous explique le représentant de la maison. « On aime les choses un peu surréalistes, une forme de réalisme magique, mais ce n’est pas exclusif. On a une ligne assez ouverte. »

La maison existe depuis plus de 25 ans. Elle est née en 2000 autour d’un fanzine intitulé Rhinocéros contre éléphant. « Comme souvent les petites maisons d’édition indépendantes, c’est un collectif d’auteurs à la base. Et puis petit à petit, ça a migré en maison d’édition avec un fonctionnement plus classique, avec des auteurs venant de l’extérieur. »
Tanibis publie peu, mais avec soin : « On fait trois ou quatre livres par an, en essayant de suivre les autrices et les auteurs sur le long terme. » Le catalogue compte notamment des traductions, avec des noms comme Eric Drooker, Paul Kirchner, l’un des auteurs phares de la maison, ou encore l’Argentin Lucas Varela.
Pourquoi venir aux Imaginales ? « Cela faisait longtemps qu’on en entendait parler. On fait pas mal de festivals, mais plutôt des festivals spécialisés BD. Et on s’est dit que, vu notre ligne, pourquoi pas les Imaginales ? » Premier contact, donc, avec un salon que l’exposant découvre « très chaleureux, dans tous les sens du terme ».

Plus loin, Émilie Blanc présente Faune Céramique. Elle vient de Langres, en Haute-Marne, et participe également aux Imaginales pour la première fois. Son stand rassemble porcelaine, grès, tasses, assiettes, plats, cruches, vases, boîtes et objets modelés autour des animaux, des contes et de la forêt. On y croise des hiboux, des chouettes, des rouge-gorges, des renards, des blaireaux et d’autres animaux proches.
« Ce qui nourrit mon travail, c’est juste passer du temps à observer ce qui nous entoure. Tout ce qui est vivant autour de nous, qu’on a tendance à négliger, à oublier. La vie est partout si on l’observe. Et le merveilleux aussi, du coup. »
Sa venue aux Imaginales tient presque du concours de circonstances : « J’ai candidaté, je n’ai pas été prise, puis il y a quelqu’un qui n’est pas venu, on m’a rappelée, donc j’étais trop contente. » Plusieurs clients lui avaient déjà parlé du festival : « Ils me disaient que ça pourrait coller avec mon univers. Et jusqu’à présent, je suis contente des retours. Il y a beaucoup de choses qui résonnent avec mon travail et celui des autres artisans. »

L’Alsacienne Indépendante, fondée en novembre 2019 par Élodie Morgen, participe pour la deuxième fois aux Imaginales. La maison publie dans quatre collections : fantastique, fantasy, romance paranormale et anticipation. Elle s’adresse à un public large, avec quelques titres accessibles dès 12 ans et d’autres davantage tournés vers les adolescents ou les adultes.
L’aventure, comme souvent dans la petite édition indépendante, s’est construite dans la difficulté. « Ça a été un peu au gré des difficultés financières, et ce n’est pas évident de s’en sortir. Et puis, en plus, on a commencé, le Covid est arrivé juste derrière. On a été confinés pour la sortie des premiers livres. C’était un peu compliqué de se faire connaître. »
La maison avance donc progressivement : « On fait un peu au fil de l’eau. Dès qu’on peut sortir des titres, on en sort. On essaie de faire cinq à six sorties par an. »

Pour Élodie Morgen, les Imaginales ont une importance particulière. Elle y vient depuis longtemps, d’abord comme visiteuse, puis comme autrice, avant d’y revenir avec sa maison d’édition. « J’y participe depuis 2012. C’est vraiment important pour moi de revenir avec la maison d’édition, parce que c’est un festival de cœur. » Elle mesure aussi l’évolution du rendez-vous : « Ça s’est vachement agrandi au fil des années. Il y a dix ans, ce n’était pas la même taille. Mais il y a toujours le même esprit, et c’est vraiment un plaisir d’être là. »
Lucie, du studio Lujaam, participe elle aussi aux Imaginales pour la première fois. Elle vient du nord de l’Isère, près de Grenoble, et présente des œuvres symboliques contemporaines, inspirées de la nature, de la mythologie, du tarot et de l’ésotérisme. Elle a découvert les Imaginales sur Instagram : « Je me suis dit que c’était un super festival et qu’il fallait absolument que je postule. Je suis ravie de faire partie de la sélection. »
Son travail alterne entre intuition et structure : « Je pars d’un thème qui m’inspire ou d’une histoire mythologique qui m’inspire. Et après, l’inspiration vient assez toute seule. Je me laisse porter par mon trait, et les illustrations naissent comme ça. » Elle compare même certains dessins à un cadavre exquis : « Je dessine un bout, puis un autre bout, puis un autre bout, et le dessin s’enchaîne comme ça. Je n’ai pas forcément de vision globale avant. »

D’autres pièces, notamment celles liées au tarot, demandent une construction plus stricte : « Là, j’ai une vraie symbolique que je veux respecter. »
Son parcours explique beaucoup de choses. Lucie a d’abord été architecte. Puis elle a tout quitté pour voyager, notamment avec des ONG, dont Sea Shepherd. « C’est sur les bateaux qu’est née l’idée de faire de l’illustration mon métier. C’est l’équipage qui m’a encouragée. » Elle vivait ensuite en Australie, avant de rentrer en France au moment du Covid et de se lancer à son compte. « Mes illustrations sont inspirées de mon engagement envers la nature, mais aussi des différents voyages et des différentes cultures que j’ai rencontrées. »

Les Imaginales restent un festival du livre, mais les allées montrent tout ce que l’imaginaire entraîne avec lui. Certains exposants reviennent depuis plusieurs années, d’autres découvrent Épinal pour la première fois. Tous y trouvent un public déjà familier des symboles, des créatures, des forêts et des mondes parallèles. Ici, l’imaginaire ne se lit pas seulement : il se porte, se façonne, se feuillette, se touche.
Crédits photo : ActuaLitté (CC BY-SA 2.0)
DOSSIER - À Épinal, les Imaginales célèbrent 25 ans d’imaginaire
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
2 Commentaires
Laetitia Pacareau
01/06/2026 à 22:18
Bientôt les platistes ? On se croirait à Marjo (laine) la foire bio
Bibliophile
06/06/2026 à 14:48
On parle d'un salon de l'"imaginaire", pas du salon des sciences, détendez-vous