À Ube, dans la préfecture japonaise de Yamaguchi, une cantine pour enfants s’est installée le 23 mai au cœur d’une bibliothèque communautaire ouverte dans un centre commercial. Repas, livres cachés et rencontre d’auteur ont associé aide alimentaire, sociabilité familiale et médiation de la lecture dans un même espace.
Une bibliothèque communautaire japonaise a accueilli une cantine pour enfants, le 23 mai, à Ube, dans la préfecture de Yamaguchi. La scène, rapportée par le Mainichi Shimbun, tient en quelques images simples : des familles assises au milieu des livres, du curry, du karaage, puis des enfants invités à chercher des ouvrages « perdus » dans les rayonnages.
L’événement s’est tenu dans la machi library de Yume Town Ube, au premier étage du centre commercial, dans le quartier de Kuroishikita. Cette bibliothèque privée avait ouvert le 1er mai. Elle repose sur un principe participatif : les habitants apportent des livres, souvent accompagnés d’un message, et l’espace sert à lire, travailler, converser ou organiser des rencontres.
L’exploitant Izumi présente ce lieu comme une bibliothèque de proximité, pensée pour créer des liens entre générations.
La cantine portait le nom de « Min-nya Shokudō ». Le jeu sonore évoque à la fois minna, « tout le monde », et nya, l’onomatopée japonaise du miaulement. Au Japon, les kodomo shokudō désignent des cantines communautaires où des enfants, des familles et parfois des habitants plus âgés partagent un repas à prix réduit ou gratuit. Ici, l’initiative n’a pas pris place dans un temple, une salle associative ou une école, mais dans un espace entièrement organisé autour du livre.
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L’association locale Kaneko Kids Club avait annoncé un service de 12 h 30 à 14 h 30, limité à 250 repas. Le programme ajoutait deux animations après le repas : « Maigo no hon o sagase ! », soit « Cherche le livre perdu ! », puis une rencontre avec Hitoshi Ogawa, philosophe et professeur à l’université Aoyama Gakuin.
Le menu documenté par la presse locale comprenait notamment curry, karaage, castella, cheesecake et Yakult. Une partie des denrées provenait d’entreprises locales, tandis que des étudiants participaient à la distribution. La journée réunissait donc restauration solidaire, bénévolat, présence des familles et activités liées aux livres, sans séparer aide sociale et pratique culturelle.
Le ressort le plus insolite tient à la chasse aux livres organisée après le déjeuner. Une dépêche du Yamaguchi Shimbun indique que la cantine et l’événement de lecture ont été organisés ensemble dans la machi library. Une annonce locale préalable précisait que cinq livres avaient été cachés dans l’espace, avec une récompense pour les participants qui les retrouvaient.
Le dispositif transforme les rayonnages en terrain de jeu. L’enfant ne reçoit pas seulement un repas ; il parcourt la bibliothèque, observe les couvertures, manipule les ouvrages et s’approprie le lieu. La médiation commence alors par un geste très concret : chercher, toucher, ouvrir, reconnaître.
Cette mise en scène convient particulièrement à la machi library, dont le modèle privilégie l’échange. Le livre n’y apparaît pas comme un objet silencieux, isolé sur une étagère, mais comme un prétexte à rencontre. Les ouvrages circulent avec les habitants, les messages manuscrits, les lectures partagées et les événements collectifs.
L’installation dans un centre commercial donne aussi au sujet sa singularité. Le livre s’insère dans un lieu de courses, de passage et de consommation. La bibliothèque ne demande pas aux familles de changer de trajet : elle rejoint leur quotidien. Pour les enfants, la frontière entre repas, promenade, jeu et lecture devient plus poreuse.
Le Kaneko Kids Club inscrit cette opération dans une action plus large auprès des enfants et des familles. Une notice de présentation publiée par Book House Cafe rappelle que la structure anime depuis 2017 une cantine communautaire et développe plusieurs dispositifs d’aide alimentaire et d’accompagnement local à Ube. L’événement du 23 mai ajoutait à cette action un décor inhabituel : les rayonnages d’une bibliothèque ouverte aux habitants.
Le sujet dépasse l’image amusante du curry au milieu des livres. Il raconte une évolution concrète des lieux de lecture : des espaces qui prêtent, accueillent, nourrissent, relient. À Ube, la cantine du 23 mai a réuni repas, chasse aux livres et rencontre d’auteur dans une même journée. La prochaine édition de « Min-nya Shokudō » est annoncée le 10 juin, cette fois au temple Saihō -ji, de 17 h à 19 h.
Crédits photo : Min-nya Shokudō
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
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