Isaac Asimov aux Belles Lettres, c’est toujours ce curieux déplacement : quitter les galaxies, les robots et les empires futurs pour retrouver les civilisations premières. Chez lui, l’histoire ancienne avance comme une mécanique claire et romanesque : un fleuve, un peuple, des dieux, des conquêtes, des effondrements.
Avec Les Égyptiens, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet et illustré par Benjamin Van Blancke, Asimov remonte le Nil. Tout commence avec la vallée, l’irrigation, la sécurité, les deux Égypte, puis l’unification, l’au-delà, Imhotep, les pyramides, Thèbes, la Nubie, les Hyksôs, les pharaons conquérants, les prêtres, les réformes religieuses, les gloires et les ruines.
La force du livre tient dans cette idée simple : l’Égypte a tout absorbé sans jamais disparaître tout à fait. Assyriens, Perses, Grecs, Romains, chrétiens, Arabes passent sur elle, mais quelque chose résiste. Le grand auteur le dit d’emblée : tandis que les dominations se succèdent, l’Égypte demeure obstinément égyptienne.
L’ouvrage n’a pas vocation à remplacer les travaux les plus récents des égyptologues. Il appartient à cette grande tradition de vulgarisation limpide où l’on entre dans l’histoire par la porte large : les peuples, les dynasties, les invasions, les croyances, les ruptures. Le Russe devenu Américain raconte plus qu’il ne dissèque. Il trace des lignes de force, relie les mondes, montre comment l’Égypte s’inscrit dans une histoire méditerranéenne plus vaste, avec Rome, la Perse, Athènes, Alexandrie, les juifs, les chrétiens, l’islam.
Que garder de l’Égypte d’Asimov ? Le Nil comme colonne vertébrale, les pyramides comme vertige, Alexandrie comme rêve savant, Cléopâtre comme dernier éclat politique, puis les strates religieuses et impériales qui transforment le pays sans l’effacer. Une civilisation traversée.
Un livre d’initiation, donc, mais porté par un conteur rare : Isaac Asimov y retrouve ce qu’il a toujours aimé, les empires qui naissent, les systèmes qui tiennent, les mondes qui changent, et cette mystérieuse obstination des peuples à survivre à ceux qui les dominent.
Publiée le
27/05/2026 à 18:33
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Paru le 03/04/2026
305 pages
Belles Lettres
21,00 €
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