En pleine finale de conférence Ouest avec les San Antonio Spurs, Victor Wembanyama continue d’afficher une autre passion devenue presque aussi célèbre que son jeu : la lecture. Aperçu régulièrement avec des romans de fantasy ou de science-fiction avant les matchs, le Français inspire désormais une campagne de lecture publique dans les bibliothèques de San Antonio : « Read Like Wemby ».
Le 27/05/2026 à 15:07 par Hocine Bouhadjera
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27/05/2026 à 15:07
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La bibliothèque centrale de San Antonio a installé, à l’entrée de son bâtiment rouge du centre-ville, un présentoir aux couleurs vives : « Lire comme Wemby ». L’initiative met en avant les goûts de lecteur du phénomène natif du Chesnay, qui a notamment confié lire avant chaque rencontre.
Le réseau public de bibliothèques de la ville, qui compte 29 antennes, a confié à Cate Prazak, bibliothécaire à la Central Library, la création de deux listes de lecture : l’une pour les livres imprimés, l’autre pour les titres disponibles sur Libby, l’application gratuite de livres numériques et audio. L’ensemble représente environ 50 titres. La campagne a été lancée le 14 mai dernier.
Parmi les ouvrages présentés figurent Yumi and the Nightmare Painter de Brandon Sanderson (Yumi et le peintre de cauchemars, traduit par Mélanie Fazi, Le Livre de Poche), l’un des auteurs favoris de Wembanyama, The Witch of Whispervale de R.A. Salvatore (pas encore traduit en français), ou encore The Eye of the World de Robert Jordan (L’Œil du monde, traduit par Jean-Claude Mallé dans l’édition Bragelonne ; première traduction par Arlette Rosenblum).
D’autres sélections mises en avant par la bibliothèque ou la presse locale incluent Warrior of the Altaii de Robert Jordan (Le Guerrier des Altaii, trad. Jean Claude Mallé, Bragelonne), The World We Make de N.K. Jemisin (Némésis de la cité, traduit par Michelle Charrier, J'ai Lu), The Mime Order de Samantha Shannon (L’Ordre des mimes, traduit par Benjamin Kuntzer, J'ai Lu), plusieurs romans de l’univers Dune de Frank Herbert (traduits par Michel Demuth, Pocket), ainsi que des livres de Terry Pratchett, notamment Les Annales du Disque-monde (traduites par Patrick Couton, Pocket), ou encore de Stephen King.
Les livres retenus ont été choisis à partir de titres avec lesquels le joueur a été vu publiquement, mais aussi de recommandations de bibliothécaires inspirées par ses habitudes de lecture.
Depuis le lancement de la campagne, près de 160 exemplaires physiques et numériques ont été empruntés ou réservés, rapporte The Athletic. Le titre le plus demandé serait Alchemised de SenLinYu (traduit en français par Axelle Demoulin et Nicolas Ancion, Hachette), roman de plus de 1000 pages mêlant plusieurs genres, et ainsi devenu l’un des grands bénéficiaires de cette exposition.
L’idée de la campagne revient à Juspreet Kaur, présidente du conseil d’administration de la bibliothèque. Après avoir lu un article consacré à la passion de Wembanyama pour les livres, elle a proposé d’utiliser cette visibilité pour promouvoir le rôle des bibliothèques publiques. L’objectif affiché est simple : montrer qu’un joueur NBA peut être l’un des meilleurs basketteurs du monde tout en assumant publiquement son goût pour la lecture.
Wembanyama n’a pas participé directement au dispositif, mais la San Antonio Public Library espère une collaboration future. La bibliothèque veut notamment toucher les enfants et les adolescents, en faisant de la lecture une pratique visible, sociale et désirable. Scott Williams, responsable marketing du réseau, voit dans cette notoriété une manière de rappeler l’importance du lien aux livres et aux bibliothèques publiques.
Cette image de « Wemby lecteur » s’est construite progressivement. Le joueur est régulièrement photographié un livre à la main, dans les couloirs des salles NBA, à l’entraînement ou en déplacement. En février 2025, une séquence avec Nikola Jokić lors du All-Star Weekend avait circulé en ligne : le pivot serbe s’étonnait de le voir avec un livre, tandis que Wembanyama répondait simplement qu’il lisait avant chaque match.
La passion du joueur pour les littératures de l’imaginaire est également documentée localement. Le San Antonio Express-News rappelle qu’il a expliqué lire davantage depuis son arrivée en NBA, notamment à cause des nombreux voyages. Wembanyama y racontait avoir commencé à lire très tôt, avoir moins lu au collège, puis avoir repris au lycée. En 2024, il avait aussi rencontré Brandon Sanderson dans l’Utah, échangeant un maillot contre un livre signé.
Le goût de Wembanyama pour les livres circule aussi dans le vestiaire des Spurs. À son arrivée à San Antonio, Harrison Barnes, autre grand lecteur de l’effectif, a lancé avec lui un petit club de lecture auquel quelques joueurs ont d’abord participé. Le cercle se serait ensuite resserré autour des deux hommes.
La passion de Wembanyama pour les mondes imaginaires dépasse les bibliothèques. Selon David Wheeler, directeur général de Dragon’s Lair, boutique de comics et de fantasy à San Antonio, le joueur s’est rendu « à l’occasion » chez Alien Worlds, autre adresse locale consacrée aux comics. Une manière supplémentaire d’ancrer son goût pour la fantasy et la science-fiction dans la vie culturelle de la ville.
La campagne s’est déjà étendue au-delà de la Central Library. L'établissement de Las Palmas a installé un autre présentoir, avec une silhouette grandeur nature rappelant l’envergure de Wembanyama, autour de ses lectures de science-fiction et de fantasy. Des enfants se prennent en photo devant les présentoirs, signe que la bibliothèque a choisi de transformer la prescription littéraire en expérience ludique.
L’initiative arrive aussi dans un contexte où la lecture de loisir recule aux États-Unis. Une étude publiée dans iScience, menée à partir de plus de 236.000 réponses à l’American Time Use Survey - grande enquête statistique publique menée chaque année aux États-Unis par le Bureau of Labor Statistics (l’équivalent américain de l’Insee pour le travail et les usages sociaux), avec le Census Bureau -, indique notamment que la part des Américains lisant pour le plaisir un jour moyen a chuté d’environ 40 % entre 2003 et 2023. Elle est passée d’environ 28 % en 2004 à 16 % en 2023.
Le cas Wembanyama n’est pas isolé : plusieurs célébrités venues du sport, de la musique, du cinéma ou de la télévision ont déjà mis leur notoriété au service de la lecture. Le footballeur anglais Marcus Rashford a lancé, avec Macmillan Children’s Books et le National Literacy Trust, un book club destiné à encourager le goût de lire chez les enfants et à distribuer des livres gratuits aux publics les plus défavorisés.
Dans un autre registre, Dolly Parton a fait de la lecture des tout-petits l’un de ses grands combats philanthropiques avec son Imagination Library, lancé en 1995. Le programme envoie gratuitement des livres aux enfants de la naissance à cinq ans, dans plusieurs pays, et avait dépassé les 314 millions d’ouvrages distribués en mars 2026.
La figure pionnière reste Oprah Winfrey : lancé en 1996, son Oprah’s Book Club a durablement transformé le marché du livre aux États-Unis, au point de faire exploser les ventes des ouvrages qu’elle recommandait.
LeBron James a lui aussi associé son image à l’éducation et au livre avec son programme I Promise à Akron dans l’Ohio, prolongé par un album jeunesse publié chez HarperCollins. Sa fondation présente ce livre comme une manière de transmettre aux enfants des valeurs de persévérance, de travail et de solidarité.
Côté cinéma et divertissement, Reese Witherspoon a fait de son Reese's Book Club un outil de prescription très identifié, centré sur des histoires mettant des femmes au cœur du récit. Elle a aussi rejoint Hachette Book Group pour une campagne encourageant les parents à lire au moins dix minutes par jour avec leurs enfants, à fréquenter librairies et bibliothèques, et à créer des clubs de lecture.
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D’autres figures ont suivi cette voie : Florence Welch avec Between Two Books, Emma Roberts avec Belletrist, très lié aux librairies indépendantes, ou encore Natalie Portman, Michelle Obama et Dakota Johnson.
On peut encore citer Emma Watson, qui avait lancé le club de lecture féministe Our Shared Shelf dans le prolongement de son engagement auprès d’ONU Femmes, ou Dua Lipa, dont le Service95 Book Club propose chaque mois des recommandations et entretiens autour de livres qu’elle souhaite partager avec sa communauté. Dua Lipa a poussé son engagement littéraire jusqu’à devenir programmatrice du London Literature Festival 2026, l’un des grands rendez-vous de la scène littéraire anglophone.
En France, le cas le plus proche est celui du Biaggi Book Club de Maxime Biaggi, qui transforme Twitch et Instagram en club de lecture collectif. À une autre échelle, le Centre national du livre mobilise régulièrement des personnalités venues du sport, de la musique, du cinéma ou de la cuisine pour son Quart d’heure de lecture national, de Kylian Mbappé à Teddy Riner, en passant par Gims, Anne-Sophie Pic, Thomas Pesquet ou Violette Dorange.
Crédits photo : Victor Wembanyama avec l’équipe de France, juillet 2024 (Pierre.berendes, CC BY-SA 4.0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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