Comme ta mère

Pieterke Mol

« Tous les deux me regardent et je sens une tristesse monter à ma gorge. Une tristesse indicible. Je la ravale et sors mon appareil. J’attends qu’ils détournent le regard. Je ne prends pas le temps de cadrer ni de régler la lumière. Mon grand-père regarde mon père, les yeux rougis. Mon père fixe l’horloge en sens inverse. Photo oblique et sous-exposée. Photo écorchée, dérobée sous le ciel chargé d’électricité. Et l’orage qui ne vient pas. » 


Âgée de 35 ans, Debbie n’a pas vu son père, Pieter, depuis dix ans. Pour des raisons évidentes, puisqu’il a noyé ses propres peines dans l’alcool, jusqu’à faire preuve de violence envers sa famille. Ses parents à lui, trop jeunes lorsqu’il a fait irruption dans leur vie, n’ont malheureusement pas été à la hauteur. Anouk, mère qui rejette ce fils encore et encore, et Guus, père absent et maladroit. À elle seule et bien malgré elle, Debbie doit donc porter toutes les erreurs et tous les malheurs de trois générations. Elle convoque le passé, aussi sombre est-il, comme pour en extraire une matière première à explorer. Car Debbie a des rêves, des envies… et pour leur donner forme, peut-être faut-il commencer par se réconcilier avec cette partie d’elle-même qu’elle ne connaît pas vraiment. 

De 1956 à 2019, l’autrice Bruxelloise nous offre une fresque familiale magistrale, au plus près de l’humain. Des vies dévastées, bousculées, imparfaites. Le français et des bribes de néerlandais se croisent pour appuyer sur le poids des mots, ceux qu’on ose dire et ceux, au contraire, qui restent enfouis… Voici un roman qui bouscule, qui résonne avec douceur. C’est aussi tendre que juste. Une belle lecture.

Une michronique de
Valentine Costantini

Publiée le
27/05/2026 à 11:30

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Comme ta mère

Pieterke Mol

Paru le 05/03/2026

272 pages

Les Editions Noir sur Blanc

22,50 €