Éléa Marini est la lauréate du 6e Prix Habiter le monde pour Le ciel l’a mauvaise, publié aux éditions de l’Olivier. Ce premier roman, paru le 9 janvier 2026, a été distingué par le jury du prix porté par la librairie Sauramps et Midi Libre, à Montpellier.
À 18 h, chez Sauramps, librairie historique de Montpellier, Éléa Marini a reçu son prix. Dans une salle remplie, le public l’a écoutée échanger avec Maxime, libraire, confortablement installé sur des sièges en cuir rouges, jaunes ou verts.
Présidé par le journaliste Claude Sérillon, le jury a récompensé un texte où la catastrophe climatique devient moins un décor qu’un révélateur : celui des blessures, des solitudes, mais aussi des attachements qui se bricolent quand tout s’effondre.
Lors de la remise, le président du jury a salué « un vrai enthousiasme » et « l’unanimité », soulignant que Le ciel l’a mauvaise était « un livre d’humanité ». « Vous avez réussi à faire de ces trois personnages, qui ont trois identités différentes, des compagnons, et on s’accroche aux uns et aux autres », a-t-il ajouté, face à l'autrice, très émue.
Dans Le ciel l’a mauvaise, l’eau envahit les rues après une tempête dévastatrice. Alma, jeune femme déracinée, Bo, enfant insolent à la recherche de sa mère, et Isaac, homme taciturne reclus dans les bois, se retrouvent contraints d’avancer ensemble. Rien ne les destinait à faire route commune. Et pourtant, la catastrophe les arrache à leurs repères, à leurs foyers, à leurs anciennes façons de tenir debout.
Interrogée lors de la rencontre, Éléa Marini explique que le titre annonce d’emblée une menace : « dès la première page, on peut sentir qu’il y a quelque chose dans l’air, quelque chose dans le ciel ». L’ouragan force alors la rencontre entre les trois protagonistes, confrontés à « la perte la plus totale » : celle des repères, du foyer, et, pour Bo, celle de sa mère.
L’autrice dit avoir été marquée par Katrina, non pour en faire un récit documentaire, mais pour ce que cette catastrophe a révélé : « l’abandon absolu des populations », en particulier les plus vulnérables. La Louisiane, où elle s’est rendue seule plusieurs années avant l’écriture du livre, irrigue ainsi le roman sans jamais l’enfermer dans un lieu strictement nommé.
Le roman n’est pas, insiste l’échange, un texte post-apocalyptique au sens strict. La tempête y agit plutôt comme une force primitive, presque sacrée, que les personnages tentent de comprendre avec leurs mots, leurs croyances, leurs peurs. Pour Éléa Marini, elle dit « quelque chose d’un peu plus fort » qu’un simple événement climatique : elle reflète aussi « tout un contexte social » et « tout un ensemble de croyances ».
Cette catastrophe extérieure répond à d’autres déflagrations, plus secrètes. Les personnages portent « des démons, des blessures, des choses très douloureuses ». Le ciel se fâche, mais ce sont aussi les existences qui craquent.
Au cœur du livre, il y a l’exil. Un exil géographique, bien sûr, lorsque les personnages doivent fuir. Mais aussi un exil plus ancien, plus intime : Bo a traversé les États-Unis avec sa mère, Alma porte un parcours migratoire, Isaac a quitté la ferme familiale après un traumatisme.
Ce qui intéresse Éléa Marini, dit-elle, c’est « la question de la solitude et du lien ». Ces trois êtres n’ont pas vraiment envie d’être ensemble. Ils ne cherchent pas à rejouer la famille nucléaire, ni à remplir les rôles attendus. Alma ne veut pas devenir mère, Isaac ne veut pas devenir père, et Bo dérange l’équilibre fragile qu’ils tentent de fabriquer.
Alors, que reste-t-il ? Des gestes. Une attention. Un repas préparé. Une maison partagée malgré soi. La nourriture, très présente dans le roman, devient une manière de prendre soin sans grands discours. « Ça peut passer par une forme de soin entre eux », explique l’autrice, qui revendique aussi sa propre gourmandise et son goût pour la cuisine.
Le roman met également en lumière des figures marginales : enfants déplacés, familles migrantes, personnes isolées, vies modestes abandonnées face à la crise. Éléa Marini refuse cependant de parler de témoignage. « Ce n’est pas ma place », précise-t-elle. Le ciel l’a mauvaise reste un récit, non un documentaire.
L’autrice évoque néanmoins des rencontres qui ont nourri son écriture : ateliers avec des personnes à la rue, des jeunes en décrochage scolaire, des jeunes de quartier. De là vient peut-être cette attention aux corps fatigués, aux êtres cabossés, à ceux qu’on regarde trop peu.
Sans prétendre parler à leur place, Éléa Marini choisit de les accompagner. Avec, dit-elle, « un regard un peu tendre ». C’est sans doute là que le Prix Habiter le monde a reconnu son territoire : dans cette manière de raconter comment, au milieu du désastre, quelque chose continue de tenir. Pas une consolation facile. Un lien. Fragile, incomplet, mais vivant.
Crédits images : ActuaLitté, CC BY SA 2.0
DOSSIER - À Montpellier, la Comédie du livre 2026 bat son plein
Par Clotilde Martin
Contact : mc@actualitte.com
Paru le 09/01/2026
304 pages
Editions de l'Olivier
20,00 €
Commenter cet article