L’écrivain franco-mauricien Jean-Marie Gustave Le Clézio est mort ? Vive JMG ! Le prix Nobel de littérature de 2008 est décédé, selon Ingrid Carlberg, auteure et journaliste suédoise, élue à l'Académie Nobel depuis le 13 octobre 2020. Décédé ? Peut-être pas vraiment. De fait, Tommaso Debenedetti a encore frappé, en annonçant cette mort à travers un compte factice…
Le 19/05/2026 à 17:00 par Clément Solym
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19/05/2026 à 17:00
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L’usurpateur d’identité le plus notoire du web, Tommaso Debenedetti, a encore frappé. En un seul mois, l’Italien adepte de l’imposture aura donc annoncé la mort d’Orhan Pamuk, Nobel de 2006, puis celle du Nobel 2008, nouvelle victime donc, de cette série d’infox, en se faisant passer pour Ingrid Carlber. Sa méthodologie est désormais connue : faire état de la mort d’une figure notoire du monde littéraire, à travers un faux compte Twitter — ici celui d’une des représentantes de l’Académie Nobel.
Mais pourquoi cette systématisation ? Car le 12 mai, en usurpant l’identité de la poétesse suédoise Anna Hallberg, membre élue de l’Académie suédoise, il a propagé la fausse mort d’un autre lauréat du prix Nobel de 1986, Wole Soyinka.
Le mois dernier, c’était sous les traits d’un universitaire suédois, Mats Malm, qu’il faisait état de la mort de J.M. Coetzee, Nobel 2003. « Malgré cela, et malgré le fait que même le journal suédois Expressen ait relayé ces fausses morts au nom de l’Académie, cette dernière garde le silence, ne dément pas, et la liste des faux lauréats du prix Nobel s’allonge », s’interroge Tommaso Debenedetti, contacté par Actualité.
Tommaso, ou pas, d’ailleurs, puisque la personne qui nous a sollicités affirme être l’imposteur, mais peut-on se fier à un email — et plus encore, à un raconteur d’histoire ? Nous y reviendrons plus tard, mais d’ores et déjà, le canulateur en série s’est un peu confié : « L’un de mes objectifs, lorsque j’écris une fausse annonce de décès, est de susciter l’émotion. Et, après l’émotion, la réflexion. Pasolini, le grand écrivain italien, écrivait que la mort opère une transformation fulgurante d’une existence. »
Et d'ajouter : « En ce sens que, lorsque nous apprenons le décès de quelqu’un, nous sommes amenés à repasser en revue, comme les séquences d’un film, les moments les plus marquants de sa vie, parmi lesquels nous faisons une sélection instantanée. »
Une démarche qui, pour les écrivains, serait plus révélatrice encore, poursuit-il : « Lorsque nous apprenons sa disparition, nous créons mentalement une sorte d’anthologie essentielle de son œuvre littéraire, nous érigeons une sorte de monument à son travail. Mes fausses annonces, comme je le lis dans les nombreux messages qui accompagnent la diffusion de ces fausses informations, constituent une sorte d’anthologie commémorative aux multiples voix. »
Aujourd’hui Le Clézio, hier Ferrante et avant Elfriede Jelinek, autre Nobel (2004) — c’était en juin 2025 et l’écrivaine alors âgée de 78 ironisait gentiment : « Encore ? C’est la seconde fois que je meurs. Cela m’est déjà arrivé l’année dernière… mais je suis toujours là. » Pour le faussaire italien, tout tourne autour de la confusion que ces contrefaçons génèrent : « Je suis convaincu que, compte tenu de la situation catastrophique actuelle des médias, il y aurait de la place pour nombre de mes imitateurs, et ils réussiraient tous sans difficulté », nous précise-t-il.
En attendant que le post sur X soit supprimé et qu’un nouveau compte voit le jour, Le Clézio est bien vivant, et la démarche de ce pourvoyeur de fake news entretient une parenté conceptuelle très forte avec le roman de Gide, Journal des faux-monnayeurs : l'écrivain concevait ce faux-monnayage comme crise de la valeur, Debenedetti le pratique dans l’espace médiatique comme crise de la vérification.
Une nuance, et de taille toutefois : Gide oeuvrait dans l’espace de la fiction, avec une exigence esthétique et morale, quand Debenedetti intervient dans celui de l’information, où le faux produit des dommages réels. Reste alors le lien intellectuel : tous deux placent la confiance au centre du problème…
Crédits photo : capture d'écran
Par Clément Solym
Contact : cs@actualitte.com
1 Commentaire
Rose
20/05/2026 à 07:06
!!! "C'est quand qu'on sait qu'ils ne sont pas morts".
Un peu malsain le gars, il veut traumatiser les gens ? La mort des artistes vient bien assez tôt.