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Murielle Compère-Demarcy : Artaud, le feu du langage

Originaire de Compiègne, très active dans le milieu littéraire, Murielle Compère-Demarcy, qui signe parfois MCDem, dirige depuis 2022 la collection « Présences d’écriture » aux éditions Douro, et rédige de nombreuses chroniques pour diverses revues. Auteure d’une vingtaine de livres, Murielle Compère-Demarcy semble, entre autres, très marquée par Antonin Artaud, auquel elle consacre Alchimiste du soleil pulvérisé en 2019, recueil publié chez Z4. Par Étienne Ruhaud.

Le 18/05/2026 à 10:30 par Auteur invité

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18/05/2026 à 10:30

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Édité, cette fois, par Alain Marc dans la collection « La diagonale de l’écrivain » (toujours chez Douro), Artaud, moi le Mômo le Mu semble poursuivre la geste initiée sept ans plus tôt, à l’heure où les hommages au créateur marseillais se multiplient.

ActuaLitté : Peux-tu, dans un premier temps, nous en dire davantage sur le titre ?

Murielle Compère-Demarcy : Oui. D’abord, je voulais un titre qui martèle, qui résonne, qui rime presque comme une incantation : Antonin Artaud, Moi le Mômo le Mu. « Le Mômo », en marseillais, c’est le fada, le fou — et l’on sait combien Artaud demeure lié à la cité phocéenne. Mais ce mot renvoie aussi à son propre texte Suppôts et Supplications, à cette langue convulsive, cassée, réinventée, qu’il forge contre toutes les assignations.

« Le Mu », ensuite, ouvre plusieurs dimensions. Il y a le magnétisme alchimique — mon premier ouvrage sur Artaud s’intitulait d’ailleurs L’Alchimiste du soleil pulvérisé (éd. Douro, coll. La Diagonale de l’écrivain, cf. plus haut). Il y a aussi la constellation, le mouvement, le participe passé du verbe mouvoir : Artaud est une déflagration permanente, une force qui déplace tout sur son passage. Et puis il y a le Mu zen, le silence paradoxal, l’énigme, ce qui échappe à la logique binaire.

Cela peut sembler contradictoire, mais Artaud est précisément un paradoxe vivant. Enfin le Mu, continent perdu d’avant l’Atlantide, pour moi, non pas antérieur mais sous-jacent. Je pense à l’instant au voyage d’Artaud au Mexique… Les tablettes « Naacals » rédigées dans la langue sacrée de Mu… Tout ceci se recoupe, via le respire universel du Langage…

Comme l’écrivait Jacques Prevel, il est « une calcination absolue » du temps présent qui s’éternise. Toute son œuvre est traversée par cette tension extrême entre mystique et blasphème, prière et profanation. Il peut écrire : « tout poème qui ne sert pas à prier Dieu est mauvais et inutile » (Lettre à Jean-Louis Barrault, Rodez, 1943), puis, quelques années plus tard, lancer son terrible Adresse au Pape. Cette contradiction n’en est pas une : elle est le cœur incandescent d’Artaud.

Enfin, il y a ce « Moi ». Sans prétention aucune, il signifie simplement qu’il existe un dialogue intérieur entre Artaud et moi. Je le lis depuis longtemps ; sa sémantique, son souffle, ses fractures me sont devenus profondément familiers. Ce livre est aussi l’espace de cette proximité élective.

En 2019, donc, tu publiais déjà un premier livre dans le sillage d’Artaud (Alchimiste du soleil pulvérisé, Z4 éditions). D’où te vient cette obsession pour Artaud ?

Murielle Compère-Demarcy : Oui, une obsession, véritablement. Lorsque j’ai découvert Artaud, la fenêtre du Langage s’est ouverte à grands battants — même les dormants tremblaient. Ce fut moins une lecture qu’un séisme intérieur.

Artaud a révolutionné le théâtre, bien sûr, mais au-delà du théâtre, il a révolutionné notre manière d’habiter la parole. Il demeure une insurrection permanente. Et c’est précisément pour cela qu’il me paraît d’une actualité sidérante aujourd’hui, dans une société de plus en plus lisse, normative, traversée par des formes de coercition idéologique où la nuance tend à disparaître.

Chez lui, tout brûle : la pensée, le corps, le cri, la syntaxe même. Il ne compose pas avec le langage ; il le traverse à vif. Or le Langage — surtout lorsqu’il fracture la logique sémantique et ouvre des zones de vertige — est ma respiration profonde.

Comme tu le sais, je lis énormément et je chronique beaucoup d’auteurs contemporains, mais je reviens toujours à Artaud. Toujours. Parce qu’il reste inépuisable. Parce qu’il est à portée de lecture et, dans le même temps, impossible à épuiser totalement.

Ses métaphores de feu, ses syllabes de souffle, cette manière qu’il a de faire éclater les mots pour atteindre quelque chose d’antérieur au langage lui-même : voilà sans doute l’origine de cette fascination qui ne m’a jamais quittée.

La couverture du livre est quasiment la même que celle d’Alchimiste du soleil pulvérisé (publié donc, nous l’avons dit, en 2019), puisqu’il s’agit du portrait d’Artaud par Jacques Cauda. Le présent livre s’inscrit donc dans une forme de continuité ou de rupture ? Qu’est-ce qui aurait évolué ?

Murielle Compère-Demarcy : Je dirais qu’il y a à la fois continuité et déplacement intérieur. La continuité est évidente : la présence du portrait d’Artaud par Jacques Cauda crée immédiatement un écho avec Alchimiste du soleil pulvérisé. Comme si les deux livres dialoguaient d’un même feu.

D’ailleurs, concernant l’illustration de couverture comme les illustrations intérieures, je souhaitais absolument que Jacques Cauda en réalise le ou les portrait(s). Les couvertures des deux opus se ressemblent, effectivement, mais cela me paraît tout à fait naturel : je gravite toujours autour d’Artaud, simplement dans un autre nuancier, une autre vibration.

Mais ce qui a profondément changé, c’est mon intériorisation de l’univers artaldien au fil des années. Le temps a passé, oui, et l’écriture s’est transformée avec lui. Alain Marc, directeur de la collection La Diagonale de l’écrivain aux éditions Douro, l’écrit très justement en quatrième de couverture : « Antonin Artaud, Moi le Mômo le Mu fait suite à Alchimiste du soleil pulvérisé paru en 2019. Le temps a passé, et l'écriture de Murielle s'est de même transformée. Toujours aussi fusionnelle avec son mentor, l’auteure nous lance un poème syncopé dans la peau d’Antonin… »

Je crois que c’est cela, au fond, l’évolution majeure : dans Alchimiste du soleil pulvérisé, j’étais peut-être davantage dans l’approche, dans la contemplation ardente d’Artaud ; ici, je suis entrée plus profondément dans sa pulsation, dans sa déchirure rythmique, dans sa syncope.

Et surtout, dans ce nouveau livre, je tourne davantage autour du Mômo. D’un Artaud désaxé violemment dans son costume — pour reprendre l’expression magnifique de Jacques Prevel. Un Artaud plus fracturé encore, plus nu, plus traversé par les secousses du corps, du langage et de l’être.

C’est donc moins une rupture qu’une descente plus profonde dans la matière artaldienne.

Penses-tu, d’ailleurs, réécrire sur Artaud, publier par exemple un troisième ouvrage dans la lignée d’Artaud ?

Murielle Compère-Demarcy : Je ne possède pas de boule de cristal, mais très probablement, oui. Artaud revient constamment. Il est là, en bouche, en souffle, en pensée. Dès que je le relis, quelque chose se remet en mouvement dans l’écriture ; je ne peux pas ne pas écrire à partir de cette secousse.

Artaud est devenu une présence littéraire et presque organique dans mon travail. Non pas une figure figée ou muséifiée, mais une matière vivante, toujours en combustion.

Alors oui, il est fort possible qu’un troisième ouvrage voie le jour dans son sillage. Mais sous quelle forme ? Poème, prose, fragments, essai incandescent ? Avec quel contenu exact ? Je ne le sais pas encore. Avec Artaud, rien ne se programme vraiment : cela surgit, cela fracture, cela impose son propre rythme.

Les études sur Antonin Artaud semblent se multiplier ces derniers temps. On pourrait ainsi évoquer Antonin Artaud et Jacques Latrémolière, la relation insolite entre un patient et son psychiatre de Patrick Albert Pognant, sorti tout récemment chez l’Harmattan. On pourrait également parler de la revue Echo Antonin Artaud. Pourquoi, selon toi, cette profusion ? Artaud est-il plus que jamais actuel ?

Murielle Compère-Demarcy : Oui, les publications autour d’Artaud se multiplient, mais ceux qui s’intéressent à lui ne lisent pas forcément tout. Chacun entre dans Artaud par une porte différente : le théâtre, la poésie, la folie, la métaphysique, le corps, le cri, la langue…

Cette profusion s’explique aussi très concrètement par le fait qu’Artaud est désormais tombé dans le domaine public, ce qui ouvre encore davantage les possibilités d’édition, de recherche et d’exploration. Mais si l’on continue d’écrire sur lui, c’est surtout parce qu’il demeure d’une actualité brûlante.

Artaud brûle les questions avant même d’y répondre.

Personnellement, je lis et relis sans cesse l’édition Quarto de ses Œuvres chez Gallimard, établie par Evelyne Grossman. C’est devenu pour moi une véritable manne intérieure, une matière vivante pour le travail d’écriture.

Pourquoi encore un livre sur Artaud ? Parce que sa lave demeure d’une incandescence immortelle. Je n’en suis pas simplement persuadée : j’en suis convaincue.

Et puis Artaud lui-même l’avait pressenti lorsqu’il écrivait : « [...] je ne mourrai jamais [...] Je suis immortel et je continuerai toujours à vivre comme aujourd’hui. » Cette phrase peut sembler démesurée, mais je ne la crois pas mégalomane. Je la crois lucide. Parce que certaines œuvres débordent largement la biographie de leur auteur.

Laurent Vignat l’exprime très bien dans Antonin Artaud, le visionnaire hurlant, préfacé par Serge Malausséna (éd. du Jasmin) : « La vie et l’œuvre d’Antonin Artaud ne peuvent être contenues entre les deux bornes de la naissance et de la mort. » C’est exactement cela. Artaud continue d’agir sur ceux qui le découvrent ; il laisse des marques, des traces, des brûlures même.

Prophète, visionnaire, génie intemporel : Serge Malausséna a raison de le rappeler. Un volcan ne disparaît jamais totalement. Il peut sembler s’éteindre sous la roche durant un temps, mais un jour, la lave recommence à circuler à la surface.

Et puis Jacques Prevel écrivait cette phrase magnifique : « Personne ne pourra jamais s’imaginer qui il était. [...] tout ce qu’on écrira sur lui sera toujours au-dessous de la vérité. » Alors oui, on continue. On cherche encore. Artaud est moins un sujet qu’une quête. Un univers.

Et l’univers, au fond, est-il fini ?

Ton écriture en vers libres semble directement inspirée par le style elliptique, haché, d’Artaud. Pour autant, te sens-tu à glisser vers la glossolalie, comme le fit le poète à la fin de sa vie ? On en trouve parfois trace dans le présent opuscule…

Murielle Compère-Demarcy : Non. J’écrivais déjà bien avant de découvrir Artaud, même si sa lecture m’a profondément éberluée et déplacée intérieurement. Je ne dirais donc pas que je glisse volontairement vers la glossolalie à la manière d’Artaud ; en revanche, il est vrai que quelque chose de cet ordre apparaît depuis quelque temps dans mon écriture.

Comme si j’entrais peu à peu dans une dimension presque chamanique du langage. Une sorte de Langage — avec une majuscule — qui m’attrape malgré moi. Il y a le rythme, la scansion, une habitation intérieure qui entraîne l’écriture non pas hors du monde, mais au cœur même de ce qui brûle.

Le noyau.

Comme si le Langage était la chevelure d’un noyau incandescent.

On retrouve peut-être là l’idée du Mu : quelque chose de cataclysmique, une cosmogonie auto-génératrice où les mots deviennent eux-mêmes puissance de création. Non plus seulement des signes, mais des forces.

Cela peut produire une forme d’absorption totale. Il m’est arrivé de rater un train parce que j’étais trop immergée dans une lecture, happée par le maelström des mots. Ou plutôt — non — par un trou noir. On s’en approche irrésistiblement ; on sent l’attraction grandir ; puis, au dernier moment, on en réchappe… mais une autre temporalité a déjà traversé le corps et l’esprit.

Quelque chose qui se situe en dehors de ce qu’Artaud appelait si magnifiquement « l’horlogerie de l’âme ».

Antonin Artaud fut régulièrement présenté comme une victime de la psychiatrie, notamment lors de l’émission « Apostrophes » en 1978, lorsque Bernard Pivot réunit sur un même plateau Gaston Ferdière et Charles Bukowski. Toi-même, tu parles de gardiens de l’ordre établi, chiens de garde. As-tu une position précise à ce propos ? Rejoins-tu l’antipsychiatrie ?

Murielle Compère-Demarcy : Je pense, oui, qu’Artaud a été victime de la psychiatrie de son époque. Il suffit de relire certains épisodes de son internement pour mesurer combien la violence institutionnelle a pu tenter de réduire ce qui, chez lui, débordait toutes les normes.

Cela ne signifie pas forcément adhérer entièrement à tous les courants de l’antipsychiatrie, mais reconnaître qu’Artaud fut confronté à une médecine psychiatrique souvent incapable d’entendre autrement la souffrance, la vision ou l’excès créateur que comme des pathologies à contenir.

Quant aux « gardiens de l’ordre établi », disons que je demeure profondément rebelle. Je suis follement éprise de liberté et, de manière générale, j’ai toujours eu du mal avec l’obéissance mécanique, systémique, opportuniste. Alors la soumission… Encore moins.

Mais cette rébellion n’est pas seulement politique ou sociale ; elle est aussi existentielle. Ce qui m’importe profondément, c’est le courage de l’authenticité. Et je crois que cette valeur est devenue rare — donc d’autant plus précieuse. Je ne prétends évidemment pas être exemplaire ; loin de là. Mais j’essaie, ou plutôt non : je fonctionne instinctivement selon ce moteur intérieur, cette nécessité d’être la plus fidèle possible à mes propres valeurs.

À LIRE - Artaud face à son psychiatre : des documents explosifs révélés

Être authentique implique d’accepter une forme de nudité intérieure, de ne pas sans cesse se travestir pour répondre aux attentes dominantes. Cela exige aussi une fidélité : fidélité à ses engagements, à ses amitiés, à ses convictions profondes.

Pour moi, la liberté véritable est indissociable de cette fidélité-là. Une fidélité traversée de passion, de brûlure, parfois de déception, mais aussi d’absolu. Être libre d’être soi-même jusqu’au bout, malgré les pressions contraires — voilà sans doute ce qui me touche tant chez Artaud.

Et pourtant, j’ai pleinement conscience qu’Artaud était malade. Mais au fond… ne le sommes-nous pas tous, d’une certaine manière ? Gilbert Bourson a d’ailleurs intitulé l’un de ses livres La maladie à l’écrit. Et Thomas Bernhard, lui aussi, a remarquablement exploré cette proximité entre la faille, la maladie et l’expérience humaine la plus lucide.

Chez certains écrivains, la blessure devient même une manière de voir plus intensément le réel.

Semblablement, tu évoques la rupture d’Artaud avec les surréalistes, et notamment son texte vengeur autour du « grand bluff surréaliste ». Peux-tu nous en parler ? As-tu un avis là-dessus, et sur le surréalisme en général ?

Murielle Compère-Demarcy : Je partage en grande partie la pensée d’Artaud concernant sa rupture avec les surréalistes, notamment lorsqu’il parle du « grand bluff surréaliste ». Mais cela ne m’empêche absolument pas de demeurer une lectrice fervente des surréalistes.

Et j’insiste bien : des surréalistes, plus que du surréalisme comme système ou doctrine.

J’ai d’ailleurs longuement abordé cette question avec Jacques Darras, avec qui je publierai un Entretien-Fleuve en octobre 2026 aux éditions de la Rumeur libre / éditions Henry. Jacques se montre parfois réservé face à la profusion de l’image chez les surréalistes, et je comprends ce qu’il veut dire. Lorsqu’un imaginaire se déploie sans relâche dans une même intensité métaphorique, il peut arriver que le texte perde paradoxalement une part de sa puissance visionnaire.

C’est sans doute pour cela que je lis toujours les surréalistes, mais souvent par fragments, à petites doses, comme une matière très dense.

Et puis, ce qui me touche le plus, ce sont souvent les dissidents. Ceux qui ont quitté le groupe par nécessité intérieure, par excès de singularité, parce qu’ils ne pouvaient plus respirer dans une structure, même poétique. Artaud fait évidemment partie de ceux-là.

Quant à l’engagement politique du surréalisme, j’estime effectivement qu’ils se sont trompés à certains endroits. Lorsqu’un mouvement poétique devient trop idéologique, il risque de perdre une part de sa liberté de combustion intérieure.

Artaud, lui, refusait précisément toute réduction doctrinaire. Il voulait une révolution plus vaste, plus organique, presque métaphysique. Une révolution du corps, du langage et de l’être lui-même.

« Cessez de coloniser/l’herbe l’arbre la terre », écris-tu également page 81. Es-tu soucieuse d’écologie ? On sait qu’Artaud était très critique à l’égard de la civilisation occidentale, notamment après son passage chez les Tarahumaras…

Murielle Compère-Demarcy : Oui, profondément. Je suis engagée dans la protection de la nature et de la faune sauvage. Pour moi, l’univers forme un Tout, un ensemble vivant dont l’humain n’est ni le centre ni le propriétaire. Il n’a pas de place supérieure aux autres formes du vivant.

En ce sens, oui, je peux dire que je suis écologiste. Mais j’avoue ne pas beaucoup aimer ce mot aujourd’hui tant il est devenu galvaudé, récupéré, parfois vidé de sa substance. Et surtout, je me méfie profondément de l’écologie politique lorsqu’elle devient posture, communication ou idéologie déconnectée du réel.

Ce sujet, d’ailleurs, ne m’apaise pas du tout ; il me met souvent en colère. Je vois trop d’aberrations décidées ou validées par des personnes qui se disent écologistes alors qu’elles connaissent très mal les milieux naturels, les équilibres du vivant, ou même les habitants — humains et non humains — des territoires concernés.

Il faut arrêter cette forme d’imposture.

L’écologie véritable demande de l’humilité, de l’observation, du silence parfois. Du temps long. Elle suppose de comprendre que l’humain ne peut pas continuellement coloniser : coloniser la terre, l’arbre, l’herbe, l’animal, jusqu’au souffle même du monde.

Et effectivement, Artaud a perçu quelque chose d’essentiel lors de son passage chez les Tarahumaras. Au Mexique, il a touché — ou du moins approché — une vérité cosmique, organique, spirituelle du rapport au monde oublié par l’Occident.

Les Tarahumaras est d’ailleurs pour moi un véritable livre de vie. Un livre-source. Un livre qui continue de rayonner intérieurement.

L’ouvrage demeure, nous l’avons dit, centré autour de la figure d’Artaud. Pour autant, tu cites et évoques brièvement d’autres auteurs aussi divers que Proust, Joyce Mansour, ou encore Cendrars et Pascal Quignard. Quels autres grands auteurs t’inspirent ? Te sentirais-tu prête à leur rendre pareillement hommage à travers un nouveau livre ?

Murielle Compère-Demarcy : Tu cites effectivement des auteurs qui me nourrissent profondément, dont je me nourris presque organiquement. Mais il faudrait y ajouter d’autres présences essentielles : Van Gogh, Dali, Patti Smith… Des artistes très différents en apparence, mais qui participent peut-être d’une même traversée passionnée du monde des signes.

Ce qui les relie ? … Sans doute une manière de vivre la création jusqu’à l’incandescence. Une intensité. Une nécessité intérieure. Aucun d’eux ne crée par simple exercice esthétique ; il y a toujours chez eux une tension vitale, une brûlure, parfois même une mise en danger de soi. Des artistes très différents en apparence, mais qui participent peut-être d’une même traversée passionnée du monde des signes.

Patti Smith est peut-être un peu à part dans cet ensemble. Ce que j’aime profondément chez elle, c’est la puissance de son univers imaginaire : quelque chose d’effarant, de surprenant, parfois presque hallucinatoire. Et je parle ici avant tout de Patti Smith écrivaine. Il existe dans son écriture une errance visionnaire, une poésie du souffle et de l’éclat qui me touche énormément.

J’aime les artistes qui déplacent les frontières du langage, de l’image, du corps ou du rythme. Ceux qui ouvrent des passages.

Quant à leur rendre hommage à travers un livre, pourquoi pas ? Mais il faudrait qu’il y ait cette même forme de nécessité intérieure que j’ai ressentie avec Artaud. On ne choisit pas vraiment d’écrire sur certains êtres ; ce sont eux qui, à un moment donné, viennent habiter votre langue et votre souffle.

Artaud continue de me traverser avec une intensité particulière, mais je sais aussi que d’autres univers demeurent là, en veille, dans l’ombre fertile de l’écriture.

On sent, comme chez Artaud, un certain pessimisme, une certaine noirceur, poindre chez toi. Malgré tout, l’acte d’écriture peut-il te rendre heureuse ? Ou, au moins, t’apaiser ?

Murielle Compère-Demarcy : Non, justement. Je ne me sens pas pessimiste. Et la noirceur, si elle existe parfois, est toujours irradiée de lumière.

Le mot qui me vient spontanément serait plutôt : jubilatoire.

Il y a chez Artaud une violence, une traversée du feu, bien sûr, mais réduire cela à du pessimisme serait, je crois, passer à côté de l’extraordinaire énergie vitale qui traverse son œuvre. Chez lui, tout brûle parce que tout est intensément vivant.

L’écriture, pour moi, relève de cet endroit-là. Elle ne m’apaise pas forcément au sens calme ou reposant du terme ; elle me met en mouvement. Elle intensifie le vivant. Elle ouvre des passages intérieurs.

Lorsque j’écris, je ressens parfois une forme de joie fulgurante, presque physique, même au cœur de sujets douloureux. Une joie du langage, du rythme, des images, de la déflagration créatrice.

Donc non, je ne parlerais ni de pessimisme ni de noirceur. Plutôt d’une plongée ardente dans les contradictions humaines, avec cette conviction profonde que même les zones les plus brûlées peuvent produire de la lumière.

 
 
 
 
 
 
 

Par Auteur invité
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Antonin Artaud

Murielle Compère-Demarcy

Paru le 02/03/2026

92 pages

Editions Douro

17,00 €

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Dans Digitopuncture et santé féminine, Jacques Staehle condense plus de soixante ans de pratique des médecines naturelles. À partir de son parcours personnel et des questions reçues en séminaire, il propose une approche accessible de la digitopuncture appliquée aux troubles féminins, entre gestes précis, équilibre énergétique et transmission d’expérience. À bientôt 95 ans, l’acupuncteur et naturopathe affiche une énergie et une vitalité qui donnent, au minimum, envie d’écouter ce qu’il a à dire.

13/05/2026, 13:38

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Angeline Delcroix : victimes ou coupables, “la frontière est très difficile à déterminer”

Angelina Delcroix ouvre les portes de sa Fabrique du Mal, où l'on entre par la violence, mais refuse d’y installer le lecteur pour le seul choc. À paraître ce 13 mai, la romancière nous immerge dans son univers, entre réalisme glacé et espoirs d'une vie meilleure.

11/05/2026, 10:43

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Estelle Derouen :“ Un livre n’est pas seulement un objet culturel”

Le phénomène Estelle Derouen est avant tout un phénomène de société. Sur Instagram a imposé une présence singulière. Ni critique institutionnelle ni simple prescriptrice numérique, elle occupe une place à part, quelque part entre la lectrice passionnée, la passeuse intraitable et la créatrice de contenu qui refuse de laisser les livres se dissoudre dans le grand marché des recommandations interchangeables.

08/05/2026, 14:12

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“Le Prix Lumière d’août est né d’une amitié — et d’un refus”

À l’heure où les distinctions littéraires cherchent à se renouveler, l’écrivain et psychanalyste Vincent Hein lance, avec le photographe Sylvain Holtermann, le Prix Lumière d’août. Un projet singulier, à la croisée de la littérature et de l’image, nourri par une histoire commune, mais aussi par une prise de position face aux mutations du monde éditorial.

08/05/2026, 13:54

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Quitter Grasset ? Pour Gilles Ascaride, “on reste, on occupe le terrain et on se bagarre”

Alors que le licenciement d’Olivier Nora accaparait l’attention médiatique, l’auteur Gilles Ascaride adressait un email entre désinvolture et bravade, intitulé “Je quitte Grasset.”. Curieux ? Non, enfin, un peu tout de même. ActuaLitté est allé à la rencontre de l’écrivain qui revendiquait déjà d’avoir « tué Maurice Thorez (Maurice qui ?) ». 

05/05/2026, 16:11

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La Mutinerie : former les lecteurs d’aujourd’hui à devenir les citoyens de demain

Face au recul du temps de lecture chez les adolescents, La Mutinerie défend une conviction simple : l’écriture peut ramener les jeunes vers les livres, mais aussi vers eux-mêmes. Créée par Guillaume Le Cornec, cette structure associe auteurs, établissements scolaires, lieux culturels et scientifiques pour faire des collégiens de véritables coauteurs. À travers ces projets collectifs, la littérature devient un outil de médiation, de confiance et d’apprentissage du monde.

30/04/2026, 12:52

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Accessibilité numérique : “Les bibliothèques des collectivités territoriales sont en retard”

La Journée mondiale du livre, le 23 avril dernier, a été assombrie par un constat implacable, établi par la Fédération des aveugles et amblyopes de France. L'accès aux livres numériques reste extrêmement complexe pour les personnes atteintes d’une déficience visuelle, en particulier via les bibliothèques et médiathèques publiques. Le ministère de la Culture, conscient de cette problématique, envisage plusieurs pistes d'action.

29/04/2026, 12:54

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Gabrielle de Tournemire, une entrée remarquée “dans la cour des grands”

Lauréate du Prix Le Livre à Metz | Marguerite Puhl-Demange 2026 pour Des enfants uniques (Flammarion), Gabrielle de Tournemire signe un premier roman déjà largement salué. Elle revient, pour ActuaLitté, sur cette distinction, son travail d’écriture et la manière dont son roman s’inscrit dans le thème de cette édition du Livre à Metz, « Habiter le monde ».

09/04/2026, 14:34

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Camille Giordani et Thomas Baas : habiter le monde à hauteur de Paulette

À l’occasion de l’édition 2026 du Livre à Metz, dont le thème « Habiter le monde » irrigue l’ensemble de la programmation, le Prix Graoully-Batigère a été attribué à Mais où va Paulette ? (Actes Sud jeunesse), écrit par Camille Giordani et illustré par Thomas Baas. Ce prix distingue chaque année une œuvre qui, par son écriture et son regard, se situe à la croisée de la littérature et d’une certaine manière de raconter le réel. Rencontre croisée avec ses deux lauréats.

08/04/2026, 15:59

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Felix Macherez : une épitaphe comme ultime oeuvre

Né en 1989, écrivain et rédacteur en chef des pages Livres d'Art Press, Felix Macherez revient aujourd’hui avec un quatrième livre, trois ans après la surprenante fresque Les Trois Pylônes. Le propos relève cette fois de l’humour noir, cher à Breton : jeune nihiliste de trente-trois ans, Cid Sabacqs résout de se suicider. Par Étienne Ruhaud.

07/04/2026, 10:42

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“On cherche des livres qui interrogent le monde”

À l’occasion de l’édition 2026 du prix du livre Les Visionnaires, porté par le réseau des médiathèques de Saint-Quentin-en-Yvelines, son directeur, Pascal Visset, revient sur l’origine et les enjeux de cette distinction née en 2022. Entre réflexion sur le rôle des auteurs, importance du style et interrogations sur l’intelligence artificielle, il défend une littérature qui propose une véritable vision du monde et de son avenir.

01/04/2026, 17:29

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Ludothécaires et bibliothécaires : “Il y a une réelle complémentarité des profils”

Deux organisations nationales, l'Association des Bibliothécaires de France et l'Association des Ludothèques Françaises, ont lancé un appel pour politique commune du jeu en tant que pratique culturelle. Organisation des services, cadre juridique ou formation des professionnel·les, le sujet soulève de nombreuses questions. Suffisamment pour se prendre au jeu...

31/03/2026, 09:32

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Écrire la version française : l’art du dialogue selon Manchette-Niemiec

Un débat anime depuis longtemps les amoureux du cinéma, qui semble opposer les « vrais cinéphiles » aux « simples amateurs » : VOST contre VF. 

27/03/2026, 17:18

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IA : “Aujourd’hui, les auteurs ne peuvent rien prouver”, alerte Pierre Ouzoulias

Après l’avis du Conseil d’État sur la proposition de loi portée par plusieurs sénateurs pour encadrer l’usage des œuvres par les systèmes d’intelligence artificielle, le débat se précise. Aux côtés des sénatrices Laure Darcos et Agnès Evren, Pierre Ouzoulias, du Groupe Communiste (Hauts-de-Seine), défend un texte qui entend agir concrètement sur le terrain juridique, mais aussi provoquer une recomposition des rapports entre plateformes technologiques et ayants droit.

26/03/2026, 13:15

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Laure Darcos, l'IA et les ayants droit : “On veut siffler la fin de la récré“

Après un avis du Conseil d’État salué comme une avancée, mais loin d’être une victoire totale pour les ayants droit, la sénatrice Laure Darcos détaille la stratégie derrière sa proposition de loi. Entre rééquilibrage juridique, pression politique et volonté de forcer les acteurs de l’IA à négocier, elle défend un texte « pesé à la virgule près », et conçu comme le premier étage d’une réforme plus large.

25/03/2026, 12:16

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Financer, imprimer, publier : le défi des éditions étudiantes L’Apprentie

À Bordeaux, les éditions étudiantes L’Apprentie ont ouvert une campagne de financement participatif pour finaliser l’impression de sept ouvrages. Porté par des étudiants en master et en BUT, le projet repose sur une organisation collective qui permet aux étudiants de pratiquer en conditions réelles les métiers de l’édition. Face à une collecte en ralentissement, l’équipe a décidé de prolonger la cagnotte et de renforcer sa communication pour atteindre ses objectifs financiers.

23/03/2026, 15:32

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“Un livre visionnaire parle avant tout de notre époque“

Médiathécaire engagée dans le prix littéraire des Visionnaires, Nathalie Pascal participe à la sélection des romans proposés aux lecteurs. Pour elle, un texte visionnaire ne se contente pas d’imaginer l’avenir : il éclaire le présent et invite à réfléchir. À condition, insiste-t-elle, que la force du sujet s’accompagne d’une véritable écriture.

17/03/2026, 18:06

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Entre Montaigne, Nerval et Pascal Quignard : le voyage littéraire d’Éric Poindron

Passionné par les auteurs mineurs, les petites éditions, le tout jeune sexagénaire Éric Poindron nous parle de livres, de voyages et d’amitié à travers un récit autobiographique qu’on pourrait qualifier d’hybride. Propos recueillis par Étienne Ruhaud.

 

13/03/2026, 15:37

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La Peuplade a 20 ans : “Plus la maison va bien, plus on peut prendre des risques”

Fondateur de La Peuplade en 2006 aux côtés de Mylène Bouchard, Simon Philippe Turcot dirige aujourd’hui une maison québécoise solidement implantée au Canada et désormais installée dans le paysage français. À l’heure des 20 ans, il revendique moins la taille que le mouvement, moins la posture que l’élan. Portrait d’un éditeur qui traverse l’Atlantique comme il défend ses livres : sans relâche.

12/03/2026, 12:34

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“Internet, l’eldorado utopiste qui a fini en LIDL”

Il y a environ vingt-cinq ans Thierry Théolier faisait la couverture de Technikart. Avec son look original, branché, sa casquette Paris enflammée et son style unique, l’homme était coutumier des soirées mondaines, où il venait délibérément jouer les pique-assiettes et les provocateurs. Influencé par le concept de happening, Thierry, polyvalent, s’illustre à la fois sur le web, sur scène en tant que DJ, poète-performer, mais aussi en tant qu’auteur, et en tant que théoricien, volontairement « crevard », de la dude attitude, telle qu’exposée dans le Dude manifesto, essai publié en 2015. Propos recueillis par Etienne Ruhaud.

10/03/2026, 12:08

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Mineurs, nudité, algorithmes : Apple et Google sommés de protéger l'enfance

Lors de la London Tech Week, le Premier ministre du Royaume-Uni a sommé les entreprises technologiques de bloquer, sur les appareils utilisés par des mineurs, l’envoi et la réception d’images sexuellement explicites. Derrière l’urgence de protection, les livres déplacent le débat : consentement, honte, cyberviolence, économie de l’image, surveillance et responsabilité des adultes.

08/06/2026, 14:36

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Une taxe pour aider l'édition : le blanc-sain très sélectif du SNE

Le Syndicat national de l’édition n’a rien contre les prélèvements. Il a simplement ses pudeurs. Quand l’argent remonte vers les auteurs et les éditeurs, le vocabulaire se fait noble : rémunération, compensation, gestion collective, partage de la valeur. Quand il risque de redescendre vers les librairies indépendantes, les éditeurs fragiles ou les auteurs, le ton change. Le même geste devient un « réflexe » qui ne serait « pas forcément sain ». Mais alors, à quel sain se vouer ?

08/06/2026, 12:28

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“Paris, place forte du commerce des droits internationaux”

Quatre ans après son lancement, le Paris Book Market s’impose comme un rendez-vous majeur du commerce international des droits. Pierre Astier et Laure Pécher saluent ce succès dans un texte adressé à ActuaLitté... Tout en appelant à ouvrir plus largement l’événement aux agents, scouts et professionnels étrangers qui gravitent déjà autour de la place parisienne.

08/06/2026, 11:47

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Hiro Mashima à l’honneur : Amiens célèbre les 20 ans de Fairy Tail

Un arbre suspendu au-dessus d’un îlot rocheux, la guilde de Fairy Tail reconstituée à taille réelle, des fac-similés de planches et des croquis de travail : aux Rendez-vous de la BD d’Amiens, l’exposition Fairy Tail, une épopée draconique propose une traversée de l’univers créé par Hiro Mashima. Un parcours qui s’intéresse autant à l’imaginaire de la série qu’à sa fabrication.

 

07/06/2026, 19:26

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“Je suis plus français que toi, parce que moi, j’ai choisi” : dans les allées de Passeurs de Livres

Au festival Passeurs de Livres, il y a les grands rendez-vous annoncés, les conférences, les auteurs attendus, les maisons mises à l’honneur. Et puis il y a les allées. Les tables serrées sous le chapiteau, les livres empilés, les affiches accrochées aux grilles, les auteurs qui se lèvent pour présenter un roman, un témoignage, une vie. C’est là aussi que se raconte une partie de cette édition 2026, consacrée aux « Difficiles libertés ».

07/06/2026, 09:30

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Emil Ferris : les monstres ont pris leurs quartiers à Amiens

Aux Rendez-vous de la BD d’Amiens, Les Monstres d’Emil Ferris fait dialoguer Moi, ce que j’aime, c’est les monstres avec la collection du Frac Picardie. Le parcours explore le journal intime, le polar, le gothique, Chicago, la Shoah ou encore la puissance féministe d’une œuvre où les monstres deviennent une façon de lire le monde.

06/06/2026, 19:46

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Tom Gauld à Amiens : les bibliothécaires n’ont pas dit leur dernier mot

À la bibliothèque Louis Aragon, dans le cadre des RDVBD 2026, La Revanche des bibliothécaires déploie l’univers de Tom Gauld avec une élégance rare. Le dessinateur écossais y confirme ce talent singulier : faire rire avec trois traits, un sens parfait du décalage et une culture graphique qui ne pèse jamais. Une exposition vive, malicieuse et profondément réjouissante.

05/06/2026, 18:41

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Le livre survivra-t-il à l’économie de l’instant ?

Guilhem Méric, auteur de romans de l’imaginaire, analyse les difficultés croissantes du monde du livre. Entre baisse des ventes, concurrence des écrans et transformation des usages culturels, il alerte sur une crise de l’attention qui touche aujourd’hui toute la chaîne de l’édition.

05/06/2026, 16:57

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Mickey à Amiens : la souris de Walt Disney sort de sa boîte

À la Maison de la Culture d’Amiens, les 30es Rendez-Vous de la Bande Dessinée accueillent « Mickey, tout a commencé par une souris ». L’exposition du Fonds Glénat, visible du 5 juin au 14 septembre 2026, remonte le fil d’une icône née au cinéma, passée par la presse et devenue, vitrine après vitrine, une petite machine à souvenirs.

05/06/2026, 15:32

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Librairie indépendante : derrière le récit héroïque, une brutale réalité économique

En 2024, David Piovesan proposait une analyse des Rencontres nationales de la librairie, qui s'étaient déroulées à Strasbourg : désormais, le marché de la librairie se relit sous un jour plus politique. Les libraires ont bâti un récit collectif puissant face aux plateformes. Reste une épreuve plus rude : convertir cette identité professionnelle en modèle économique durable.

04/06/2026, 16:55

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L'union fera-t-elle la force des librairies indépendantes ?

La vente en ligne a changé d’échelle. Pour rester visibles, les librairies indépendantes doivent-

elles construire une puissance collective ? Renny Aupetit, propriétaire de la librairie Le Comptoir des Lettres (Paris, 5e), pose la question.

04/06/2026, 11:47

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Face aux grands groupes, l’édition indépendante n’a plus le luxe de jouer seule

La réponse de l’édition indépendante à la concentration doit passer par le collectif. Car, pour ne rien arranger, le plus important parmi ces groupes la double d’une offensive idéologique délétère. La coopérative OPlibris nous adresse un texte, affirmant ses valeurs, autant que ses objectifs.

02/06/2026, 17:37

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Le livre se meurt, lancez-le plus fort

Voici un petit texte, rafraîchissant – ce qui ne manque déjà pas d'à-propos quand il pleut. Il est extrait d'une suite théâtrale que Christophe Esnault est en train de constituer. Et qui s'autorise pensée critique et humour. « Comme toujours je suis très mignon avec ce microcosme éditorial et simili culturel », nous explique-t-il. Et on le croit sur parole, bien entendu. Jugez sur pièce.

02/06/2026, 12:24

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Rochefort et les tristesses de l’enfance de Pierre Loti

Les petites poupées, collées sur des morceaux de carton, sont si minuscules, si délicates, qu’elles semblent n’exister que par la fantaisie d’un enfant : des nuages soufflés par le rêve, fragiles comme les bateaux des pêcheurs bretons qui naviguaient pendant des mois dans la brume, autour de l’Islande.

02/06/2026, 11:10

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Le “don” en voyance : de quoi parle-t-on vraiment ?

Malgré une meilleure visibilité sur les réseaux sociaux ou dans les médias, le sujet de la voyance reste encore tabou. Toutefois, je peux accorder aux sceptiques que leur méfiance n’est pas toujours sans objet, car tout dépend de quel type de voyance on parle. Il règne effectivement une grande confusion dans ce monde mystérieux et inquiétant, mais, cependant, très attirant de la voyance. Alors vous êtes en droit de vous demander : illusion, arnaque ou don réel ? Par Sabrina Depraz, autrice de La voyance : mode d'emploi.

02/06/2026, 06:25

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Les catalogues de bibliothèque ont-ils déjà perdu face à l’IA ?

Au début de l'année 2005, j'avais posté sur biblio-fr un vœu que le BBF reprit en ouverture de son numéro consacré à la "Mort et transfiguration des catalogues" : "Le catalogage et l'indexation prennent leur place au musée de la bibliothéconomie." Anne-Marie Bertrand y voyait une transfiguration en marche. Vingt ans plus tard, je rouvre le dossier, cette fois avec l'IA générative comme pièce à conviction.

31/05/2026, 10:48

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Canicules : quand la France étouffe sous les alertes météo

La France ne connaît pas une canicule généralisée, mais certains départements restent concernés par une vigilance canicule, après un épisode de chaleur inédit pour un mois de mai. Derrière le dôme anticyclonique, la masse d’air subtropicale et le réchauffement climatique, la question météorologique se déplace : non plus seulement combien de degrés, mais quelles vies deviennent plus fragiles sur une planète moins habitable ?

30/05/2026, 16:10

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Narbonne fait vibrer les livres, les voix et les idées

Du 29 au 31 mai 2026, le Grand Narbonne donne rendez-vous aux passionnés de lecture, aux familles et aux jeunes lecteurs pour la 12e édition de son Salon du livre. Pendant trois jours, la ville de Narbonne devient un espace de circulation des textes et des idées, entre rencontres, lectures et propositions artistiques, attirant chaque année un public toujours plus nombreux.

 

26/05/2026, 17:16

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Époque, le festival des livres qui éclairent notre temps

Cette 12e édition d’Époque, festival et salon du livre de Caen, fera la part belle au voyage et à l’ailleurs, sans se départir de son identité : éclairer les grands sujets de notre temps.

26/05/2026, 17:02

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En librairie, la profusion de nouveautés rend-elle le fonds invisible ?

La nouveauté domine-t-elle désormais trop fortement l’économie de la librairie ? Dans cette analyse, Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, analyse le ralentissement du réassort du fonds, moins comme un désintérêt des libraires que comme le symptôme d’un marché sous tension, pris entre trésoreries fragilisées, rotation ralentie, surproduction et pression permanente de l’actualité éditoriale.

22/05/2026, 09:06

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IA et livres : la France protège, mais sait-elle vendre ?

En Corée du Sud, le livre ne se défend plus seulement contre l’IA : il devient une donnée qualifiée, négociable, rémunérée. En France, le législateur avance par un autre chemin, plus contentieux mais décisif : rendre prouvable l’usage des œuvres par les modèles. Entre opt-out, AI Act et présomption d’utilisation, l’industrie du livre quitte l’indignation pure pour entrer dans le dur du rapport de force.

21/05/2026, 13:00

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“Le libraire ne reste peut-être qu’un commerçant”

Tout le secteur du livre s'interroge aujourd'hui sur la place des librairies indépendantes face à la montée de l’extrême droite, le poids du groupe Bolloré dans l’édition et la responsabilité des libraires dans la défense du pluralisme démocratique. Dans ce texte proposé par Christophe Marie, co-gérant de la librairie Au saut du livre, à Joigny, dans l’Yonne, tout un pan de l'industrie du livre est questionné. Et ses clients avec lui.

21/05/2026, 10:21

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Après Grasset, Canal+ : quand la critique de Bolloré vaut liste noire

Canal+ a donné un nom à la peur qui traverse désormais l’édition : la liste noire. L'intervention de Maxime Saada, président du directoire de Canal+, qui refuse désormais de travailler avec les 600 personnes ayant signé une petition contre son patron, Vincent Bolloré, introduit une singulière logique de groupe. 

18/05/2026, 13:09

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Britannica pillé par ChatGPT : comment Umberto Eco avait prévu ce vertige

Encyclopaedia Britannica et Merriam-Webster poursuivent OpenAI, accusé d’avoir utilisé leurs contenus pour entraîner ChatGPT et de capter leurs lecteurs par des réponses proches de leurs textes. Au-delà du droit d’auteur, l’affaire pose une question qu’Umberto Eco avait placée au cœur du Nom de la rose (trad. Jean-Noël Schifano) : qui garde la bibliothèque, qui classe le savoir, qui vérifie la réponse quand la source disparaît ?

16/05/2026, 11:17

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La crise Grasset “exige du discernement : chaque contrat est différent, chaque situation unique”

La crise Grasset dépasse le tumulte médiatique : elle interroge le lien intime entre auteurs, éditeurs et contrats. Dans un texte qu'elle adresse à ActuaLitté, Liliane de Carvalho appelle au discernement juridique. Rapporteure de la réforme du contrat d’édition numérique 2013 et spécialiste de la propriété intellectuelle, elle invite à examiner les situations au cas par cas et refuse les réponses automatiques. 

15/05/2026, 17:33

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“Un enfant ne regarde pas une saison. Il la vit”

Entre ville et campagne, enfance et parentalité, Alexandra MacCorvus interroge notre rapport aux saisons. À travers les gestes simples d’une vie de famille — récolter des pommes, sentir l’air changer, attendre les fêtes — il rappelle que le temps ne se mesure pas seulement au calendrier : il se ressent, se partage et se transmet dans l’émerveillement quotidien. Elle vient de publier Beltane, chez Piktos jeunesse.

15/05/2026, 15:19

ActuaLitté

Quand ActuaLitté se découvre, malgré lui, encarté chez La France Insoumise (LFI)

Un visuel diffusé sur Facebook associe un article d’ActuaLitté consacré au scandale Agessa au logo de La France insoumise. L’exercice entend sans doute servir la cause des artistes-auteurs. Il réussit surtout une (contre)performance graphique plus douteuse : transformer un travail journalistique indépendant en élément de communication politique. 

15/05/2026, 13:01

ActuaLitté

L’Autre Livre : un rendez-vous à taille humaine qui fait vivre les éditeurs indépendants

Le Salon international de l’édition indépendante de L’Autre Livre avance à son rythme pour l'édition de mai 2026 — calme, posé, propice aux échanges, bien que chahutée. Dans les allées, on circule sans heurt, on s’arrête facilement, on engage la conversation. Ici, le temps ne se mesure pas seulement au nombre de visiteurs.

14/05/2026, 09:19

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“Pour que la pensée demeure libre, il faut que l'édition soit libre” - Jean-Yves Mollier

Les auteurs Grasset ont initié ce 13 mai les Etats généraux de l'édition, devenus Etats généreux – s'inscrivant dans le sillage des actions menées par les auteurs de Fayard pour la récupération de leurs droits. A ce titre, l'universitaire Jean-Yves Mollier intervenait au théâtre de la Concorde où nom de 87 autres écrivains de la maison, mais également pour présenter son propre combat.

14/05/2026, 09:03

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Des États généraux aux États généreux : les auteurs Grasset prennent leur avenir en main

Était-ce un jour historique ? Ce 13 mai avait des accents d’appel du 18 juin : une volonté de résistance, de libération, quand tout un pan de l’industrie du livre mesure « à quel point c’est un rapport de force ». Ces États généraux de l'édition, conséquence du licenciement d’Olivier Nora ont en effet engendré un mouvement hors norme : des centaines auteurs décidés à quitter leur maison, contre la figure du croque-mitaine, Vincent Bolloré.

13/05/2026, 17:43

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Gibert Joseph : “La routine a anesthésié l’esprit commerçant des libraires”

Après l’« affaire Nora » et le placement en redressement judiciaire de Gibert Joseph, Francis Kapétanovic, fondateur des éditions Abak, interroge l’effet ciseaux qui frappe les librairies indépendantes — baisse des ventes de livres neufs, hausse des coûts fixes — et les pistes possibles pour sortir de l’ornière. ActuaLitté lui donne la parole.

13/05/2026, 17:18

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Philip Roth et Franz Kafka contre la démocratie au guichet de Donald Trump

Deux fronts obsèdent actuellement l’administration Trump : une poussée fédérale vers des scrutins gérés localement et une pression accrue sur les universités, des visas étudiants aux données d’admission. Ces affaires, ancrées dans le droit électoral et académique ouvrent cependant une question de lecture : que deviennent des vies quand l’État transforme le contrôle en procédure, l’arbitraire en formulaire et le soupçon en méthode ?

12/05/2026, 12:48

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Au Maroc, le chantier qui scandalise archéologues et défenseurs du patrimoine

Le sociologue Mustapha Saha et l'archéologue Youssef Bokbot alertent sur le devenir de Sijilmassa, ancienne cité caravanière du Tafilalet et haut lieu de la mémoire maghrébine. Face à un projet d’aménagement touristique et muséal jugé destructeur, ils dénoncent une atteinte irréversible aux vestiges encore enfouis. Le texte plaide pour l’arrêt du chantier, la poursuite des fouilles archéologiques et une approche respectueuse des équilibres historiques, écologiques et humains du site.

11/05/2026, 14:44

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L’odeur des livres ardéchois ne plairait-elle pas aux Parisiens ?

Depuis l’Ardèche, Fabienne De Dyn défend une édition indépendante, lente et vivante, trop souvent ignorée par Paris. Un appel à ouvrir les librairies, les chroniques et les salons aux livres venus des territoires.

11/05/2026, 14:32

ActuaLitté

Les livres qui veulent vous réparer vous détruisent

L'auteur Charles Garatynski interroge l’essor d’une littérature dite thérapeutique, pensée pour réparer, rassurer ou réconcilier le lecteur avec lui-même. À rebours des promesses de consolation, il défend une littérature de l’inconfort, capable non de guérir la souffrance, mais de lui donner une forme, une langue et une dignité.

11/05/2026, 13:35

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TikTok, enfance et attention : qui raconte encore l’adolescence ?

Le signalement de TikTok au parquet de Paris par le ministère de l’Éducation, dans un contexte mondial de restrictions d’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs, pose une question plus ancienne que l’algorithme : qui raconte encore l’adolescence ? Face à l’écran infini, les romans réinstallent la chambre, l’ennui, la honte, le désir, le regard des autres et le temps long, fragile, de la formation de soi, loin des réponses administratives. 

07/05/2026, 14:38