Dans le Vermont, la Dorset Village Library a fait d’Anouk et Toby, deux carlins attachés à sa directrice, des présences familières de l’établissement. Ils accueillent les lecteurs, participent aux animations jeunesse et inspirent des produits dérivés. L’anecdote dit surtout comment une bibliothèque rurale travaille son hospitalité, sa visibilité locale et le rapport désarmé des enfants à la lecture.
À Dorset, dans le Vermont, Anouk et Toby ne relèvent pas du décor attendrissant. Les deux carlins appartiennent au quotidien de la Dorset Library. La chaîne locale WCAX les présente comme les troisième et quatrième chiens de cette race associés à l’établissement.
Leur présence s’est installée autour d’Erica Scott, directrice de la bibliothèque, qui possède des carlins depuis des années et les a d’abord gardés près d’elle après l’opération d’un animal.
Anouk est née à Rupert, dans le Vermont. Toby a été recueilli en Corée du Sud et apprend encore certaines consignes. À eux deux, ils composent une forme d’accueil immédiatement reconnaissable. Erica Scott résume leur fonction en termes simples : « Ils aident à faire entrer la communauté dans la bibliothèque et, selon le chien et son humeur, ils montent sur les genoux des enfants et les laissent leur faire la lecture. »
Leur rôle tient dans cette disponibilité. Un enfant qui lit à un chien ne s’adresse ni à un parent, ni à un enseignant, ni à un bibliothécaire chargé de corriger. La scène place la lecture à voix haute dans un cadre moins intimidant. À Dorset, ce n’est pas un programme massif ni une campagne de communication : c’est un usage quotidien, né d’une présence acceptée puis recherchée par les usagers.
La popularité du duo dépasse désormais le seuil de l’établissement. Erica Scott indique que des visiteurs demandent si les carlins sont présents, certains se déplaçant le samedi pour les voir. La bibliothèque travaille même à un petit drapeau destiné à signaler leur présence. L’animal devient ainsi un repère public, presque un horaire affectif ajouté au fonctionnement ordinaire du lieu.
Le sujet a été repris par Book Riot, qui renvoie à un article du Manchester Journal consacré aux deux pensionnaires de la Dorset Village Public Library. La veille américaine relève aussi l’humour du panneau placé dans l’établissement, qui prévient les visiteurs contre des « carlins tueurs ». Le ressort fonctionne précisément parce que la menace affichée contredit l’effet recherché : rassurer, amuser, faire entrer.
Cette visibilité nourrit aussi une petite économie d’attachement. La boutique officielle de la Dorset Village Library propose notamment des tee-shirts aux couleurs de la bibliothèque, ainsi que des modèles consacrés à Anouk et Toby. L’objet dérivé ne transforme pas les chiens en marque commerciale autonome ; il fixe plutôt un signe local, facile à porter, offrir ou reconnaître.
Le cas rejoint une pratique déjà documentée en bibliothèque : la médiation animale. ActuaLitté avait déjà consacré un reportage à ces dispositifs, dans lesquels l’enfant lit à voix haute à un chien afin de réduire la peur de l’erreur. À propos d’une expérience menée en médiathèque, Sophie Jacques résumait l’enjeu : « Le chien est une présence vivante qui, contrairement à l’être humain, ne juge pas, ne corrige pas. »
À Dorset, Anouk et Toby donnent une version plus spontanée de ce principe. Leur présence ne remplace ni les collections, ni les animations, ni le travail professionnel, mais confère une approche plus apaisée vis-à-vis de l’établissement. Ou comment donner aux lecteurs une raison supplémentaire d’entrer, de rester et de revenir.
Crédits photo
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
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