Dans Digitopuncture et santé féminine, Jacques Staehle condense plus de soixante ans de pratique des médecines naturelles. À partir de son parcours personnel et des questions reçues en séminaire, il propose une approche accessible de la digitopuncture appliquée aux troubles féminins, entre gestes précis, équilibre énergétique et transmission d’expérience. À bientôt 95 ans, l’acupuncteur et naturopathe affiche une énergie et une vitalité qui donnent, au minimum, envie d’écouter ce qu’il a à dire.
Le 13/05/2026 à 13:38 par Hocine Bouhadjera
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13/05/2026 à 13:38
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Son ouvrage le plus célèbre tourne d'ailleurs autour de cette notion d' « énergie », L'énergie qui guérit : Traité de digitopuncture, traduit en plusieurs langues. L’ancien conseiller scientifique de l’Association mondiale de médecine naturelle se concentre cette fois sur la digitopuncture appliquée aux femmes, au travers d’un manuel consacré aux troubles du cycle, aux douleurs gynécologiques et aux déséquilibres hormonaux : règles douloureuses, syndrome prémenstruel, endométriose, bouffées de chaleur ou fatigue chronique.
Le livre se veut en effet pratique : des points à localiser, des gestes à effectuer, des protocoles illustrés, et une promesse d’autonomie pour les lectrices comme pour les praticiens. Jacques Staehle y défend une approche issue de la tradition chinoise, reposant sur la pression des doigts sur certains points du corps, sans aiguilles.
Certains se demanderont forcément ce qui conduit un homme à affirmer pouvoir soulager des troubles liés à la santé des femmes. L’intérêt de Jacques Staehle pour ce sujet n’est pas venu d’abord d’une spécialisation théorique, mais d’un parcours personnel, puis des questions reçues au fil de ses formations. À l’origine, son terrain de recherche était le dos, la douleur et les troubles musculo-articulaires.
« Au départ, en tant que kiné, je m’intéressais surtout aux douleurs musculo-articulaires, et plus particulièrement aux maux de dos. J’en étais moi-même affublé depuis des années. J’ai supporté des rhumatismes dans le dos terribles pendant plus de vingt ans. » Il a d’abord cherché des réponses dans sa discipline de prédilection, puis dans d’autres : le yoga, l’alimentation, la naturopathie, l’ostéopathie et l’acupuncture ont progressivement composé le socle de sa pratique.
« Je me suis mis à aller plus loin que la kinésithérapie, j’ai fait des études — ce n’était pas officiel à l’époque — d’ostéopathie, et surtout d’acupuncture. Et c’est là que j’ai réussi à faire disparaître totalement mes douleurs de dos, qui ne sont jamais réapparues depuis. »
Ce parcours personnel le conduit ensuite à transmettre, au travers d'ouvrages - près de 30 aujourd'hui -, des conférences et séminaires : « Au cours de ces séminaires, qui étaient surtout composés de femmes, on me posait souvent la question : pour le mal de dos, d’accord, mais on a aussi, nous, des problèmes gynécologiques. Qu’est-ce qu’on pourrait faire si je n’ai pas eu mes règles depuis plusieurs mois ? Est-ce qu’il y a des points pour ça ? Ou alors, chaque fois que je vais avoir mes règles, j’ai des migraines, ou un inconfort pas possible. »
À ces demandes s’ajoute une expérience intime : son épouse, dit-il, souffre d’endométriose. De là naît l’idée d’un livre spécifiquement orienté vers la santé féminine. « J’ai réussi à la soulager. Et je me suis dit que, puisque j’avais déjà beaucoup transmis sur d’autres sujets, il était temps de consacrer un livre à ces questions. Il existe des moyens d’aider les femmes à vivre mieux, à atténuer certains troubles, à améliorer leur confort. On a réellement des possibilités d’action sur l’équilibre hormonal féminin. »
Au cœur de son propos, Jacques Staehle place la notion d’énergie. Il l’emploie dans un sens hérité de la médecine traditionnelle chinoise, mais aussi dans un langage plus personnel, où se mêlent physiologie, expérience clinique et vision globale du corps.
« La vie, l’énergie, c’est la vie. Il n’y a pas de vie sans énergie. On sait déjà qu’il faut de l’énergie pour bouger, pour fonctionner. On sait très bien qu’au niveau de la cellule, il y a un organisme qu’on appelle mitochondrie, qui produit de l’énergie. » Il distingue plusieurs formes d’énergie : ancestrale, nourricière, défensive, psychologique. Il reprend aussi la cartographie classique des méridiens.
« Les Chinois l’avaient compris il y a déjà des milliers d’années. Ils avaient compris qu’il y avait douze voies d’énergie dans le corps, comme il y a douze mois dans l’année, et 365 points sur ces douze méridiens. » Ces points sont, pour lui, comparables à des interrupteurs ou à des régulateurs. La digitopuncture consiste à les stimuler avec les doigts afin de rétablir une circulation plus harmonieuse.
« Sur un méridien, il y a des points qui ont une action spécifique pour favoriser l’harmonie dans cette énergie. Quand on a une douleur, souvent il y a une inflammation. Une inflammation, c’est-à-dire qu’il y a une surtension énergétique. Et nous, on peut la calmer, il y a des points pour ça. »
Cette approche s’appuie sur un principe que Jacques Staehle cite à plusieurs reprises : l’homéostasie, autrement dit la capacité du corps à retrouver un équilibre. Dans sa lecture, les troubles et douleurs apparaissent lorsque cette régulation se dérègle. « En faisant ces points, on régule l’énergie, on l’harmonise, on crée un climat homéostasique. Il faut bien comprendre ça : l’homéostasie, c’est un système de régulation. Ça permet de faire en sorte qu’il y ait une bonne entente entre toutes les cellules. »

La digitopuncture, nous explique-t-il, s’est imposée pour des raisons à la fois pratiques et réglementaires. En France, l’usage des aiguilles d’acupuncture est réservé aux médecins, « alors que ce n’est pas le cas au Canada, par exemple », rappelle-t-il, où il a vécu 15 ans. En tant que kinésithérapeute, il s’est donc orienté vers la pression manuelle. Le passage au doigt n’est pas présenté comme un pis-aller, mais comme une méthode à part entière, accessible et transmissible.
« En tant que kiné, j’avais le droit de faire de la physiothérapie et surtout du massage. Donc je m’étais essayé avec mon doigt et je me suis aperçu que ça fonctionnait bien. Il fallait insister un peu plus longtemps et puis trouver l’emplacement du point. Le point est toujours dans un petit creux, il est souvent sensible, et on appuie dessus. »
L’auteur insiste sur la précision du geste : « Quand on a trouvé l’emplacement du point, il faut le traiter, c’est-à-dire qu’on appuie dessus et on tourne dans le sens des aiguilles d’une montre pour activer. Il faut faire les points que je signale dans mon livre, et il faut les tonifier ou les disperser. »
Cette volonté pédagogique traverse tout l’ouvrage. Jacques Staehle dit avoir conçu le livre pour des thérapeutes, mais aussi pour des lectrices sans formation médicale ou paramédicale. L’objectif est de rendre les gestes compréhensibles, reproductibles, et suffisamment clairs pour accompagner une pratique régulière. « Je me suis dit : pourquoi serais-je le seul à en profiter ? Autant en faire bénéficier le plus grand nombre. Dans mes formations, au Canada, en Allemagne ou en Suisse, les profils étaient très variés : femmes de ménage, infirmières, esthéticiennes, médecins, kinésithérapeutes… Et chacun y trouvait son compte. »
Il invite toutefois à la patience. La digitopuncture, telle qu’il la transmet, suppose une familiarisation avec le corps et avec les sensations. « Ce que vous apprenez maintenant, ça va vous servir tout au long de votre existence. Alors soyez patient, prenez le temps qu’il faut pour bien trouver l’emplacement du point. Au début, on ne sait pas trop si on est dessus, et ensuite, petit à petit : ah, ça y est, je l’ai trouvé. »
À bientôt 95 ans, Jacques Staehle est le meilleur ambassadeur de son approche : « Si je suis encore en forme à mon âge, c’est aussi parce que j’ai suivi cette voie avec constance. Je voyage, je vis normalement, je marche, je cours, je saute, je nage. J’ai fait du tennis et du ski jusqu’à 90 ans. Mes enfants m’ont ensuite demandé d’arrêter le ski, parce que cela pouvait devenir dangereux, alors je l’ai fait pour leur faire plaisir. Mais jusqu’à 90 ans, j’étais encore sur les pistes. »
Son récit personnel est indissociable de la philosophie qu’il défend : une confiance dans les capacités de régulation du corps, mais aussi dans des phénomènes qu’il estime encore loin d’être entièrement élucidés. « Il faut savoir qu’il y a des forces que l’on ne comprend pas encore. En matière d’acupuncture, scientifiquement, ça libère des substances chimiques comme des endorphines, la sérotonine, l’adénosine, le cortisol. Mais on ne connaît pas encore tous les phénomènes », assure-t-il.
Il situe au contraire sa pratique dans une zone où l’observation, l’expérience et les connaissances scientifiques disponibles cohabitent avec des mécanismes encore discutés ou incomplets. « La médecine a déjà beaucoup progressé, mais elle progressera encore, notamment dans le domaine de l’infiniment petit. On sait que l’acupuncture peut agir sur le système nerveux autonome, contribuer à rééquilibrer le sympathique et le parasympathique, ralentir le rythme cardiaque, favoriser la relaxation, le sommeil, réduire le stress et l’anxiété. Mais une part de ces mécanismes nous échappe encore. »
Avec Digitopuncture et santé féminine, publié aux éditions Chariot d'Or, Jacques Staehle rassemble donc un savoir qu’il présente comme le fruit d’une vie de pratique, de formations et de transmissions. Le livre s’adresse à celles qui cherchent à mieux comprendre leur corps, comme aux praticiens souhaitant compléter leurs outils.
Son ambition tient dans cette articulation : proposer des gestes simples sans réduire la méthode à une simple recette. Chaque protocole repose, dans sa perspective, sur une conception plus large du corps, de ses équilibres et de ses déséquilibres.

Crédits photo : Jacques Staehle (DR)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 11/03/2026
128 pages
Chariot d'or
21,00 €
Paru le 12/07/2018
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