Un faux compte X attribué à l’Académie suédoise a annoncé à tort la mort d’Orhan Pamuk, après d’autres rumeurs visant Elena Ferrante et Kazuo Ishiguro. The Indian Express attribue l’opération à Tommaso Debenedetti, connu pour ses usurpations numériques et ses canulars littéraires, qui testent les réflexes de vérification des médias face aux annonces de décès et à l’autorité apparente des institutions culturelles, même les plus prestigieuses.
L’annonce s’est pourtant propagée en quelques minutes. Des lecteurs ont relayé l’information, des hommages ont circulé et au moins un média l’a publiée, avant le démenti. Quelques heures plus tard, le compte a reconnu l’imposture et attribué le canular à Tommaso Debenedetti. La publication de correction a ensuite disparu, mais The Indian Express en conserve la trace par capture.
Le choix de Pamuk n’a rien d’anodin. L’auteur de Mon nom est Rouge (Gallimard, 2001 - trad. Gilles Authier) a reçu le prix Nobel de littérature en 2006. L’usurpation d’une voix institutionnelle donnait donc à la rumeur une apparence d’annonce officielle, tout en exploitant la valeur symbolique du Nobel dans l’écosystème littéraire international.
L’affaire s’inscrit dans une série connue. Un faux compte attribué à Ann Goldstein, traductrice anglophone d’Elena Ferrante, avait déjà annoncé la mort de la romancière quelques semaines plus tôt. Et un peu plus tôt dans l'année Kazuo Ishiguro (Nobel de littérature en 2017) fut visé le 22 avril par un message émis depuis le même compte que celui ensuite utilisé pour évoquer le décès de Pamuk.
Debenedetti n’arrive pas avec cette affaire : en 2012, on découvrait ce professeur romain passé maître dans les faux comptes et les annonces de décès fictives. Il y expliquait que les réseaux sociaux constituaient, selon lui, une source d’information presque impossible à vérifier, mais néanmoins reprise par des rédactions pressées.
Son nom avait déjà circulé dans le monde du livre avant cette séquence numérique. The New Yorker avait documenté en 2010 la fabrication d’entretiens attribués à Philip Roth et John Grisham, publiés en Italie puis démentis par les auteurs concernés. Le passage des fausses interviews aux faux profils prolonge donc une même mécanique : emprunter une autorité reconnue, produire une information sensible, puis observer sa diffusion.
ActuaLitté avait déjà relevé cette méthode lors d’une précédente rumeur visant Elena Ferrante en 2022, puis lors d’une fausse annonce concernant Elfriede Jelinek en 2025. Dans les deux cas, l’éditeur, l’autrice ou les proches ramenaient la vérification au niveau le plus élémentaire : l’existence même de la personne annoncée morte.
L’efficacité du procédé tient à sa brutalité. Une annonce de disparition bloque souvent la prudence habituelle : elle appelle l’émotion, accélère le partage et pousse les rédactions à confirmer après publication. Le compte à l’origine du faux Pamuk présentait pourtant des signaux faibles évidents : création récente, audience minime, faible activité, absence de relais institutionnel vérifié
Illustration : The Indian Express
Par Clément Solym
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