À l’occasion des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, Laurent Marioni, de la librairie Bulle en Stock, revient sur l’exposition À la rencontre de Pénélope Bagieu. De Culottées à La Nuit retrouvée, il décrit une autrice passée des blogs BD au patrimoine contemporain, capable d’élargir les publics sans perdre son humour, son goût du papier ni sa liberté graphique.
Le 12/05/2026 à 11:47 par Nicolas Gary
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12/05/2026 à 11:47
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Pénélope Bagieu n’entre pas dans une rétrospective par la seule addition des planches. Pour Laurent Marioni, de la librairie amiénoise Bulle en Stock, partenaire historique des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, l’exposition À la rencontre de Pénélope Bagieu raconte surtout une trajectoire qui a déplacé des publics, des formats et des usages.
Dans son regard de libraire, l’autrice de Culottées incarne le moment où la bande dessinée issue du web a gagné le papier, puis une forme de patrimoine contemporain. Une exposition qu'il nous présente dans cette nouvelle émission, Paroles de libraire, à écouter ci-dessous :
« Elle est vraiment multicartes, très influente, très intéressante, avec une carrière importante depuis ses débuts dans les blogs. » Laurent Marioni place d’emblée l’exposition sous le signe de l’amplitude. Bagieu, précise-t-il, possède « une carrière riche, avec des œuvres quasiment fondamentales dans la bande dessinée, surtout Culottées. »
Le livre reste l’entrée majeure : « C’est l’œuvre qui revient régulièrement. Elle remet les femmes à la bonne place dans la société. Ce n’est pas seulement du féminisme, c’est de la logique, de la cohérence intellectuelle, du bon sens. »
Cette réception, le libraire la mesure d’abord au comptoir. Pénélope Bagieu, observe-t-il, « a marqué la librairie, au niveau des ventes. » Surtout, elle a changé la composition du public : « Il y a eu des ventes incroyables, donc un afflux de nouveaux lecteurs, surtout de nouvelles lectrices, dans un monde plutôt masculin au départ. » À Amiens, l’histoire de Bulle en Stock accompagne celle d’un secteur qui a changé de visage : « Quand la librairie a été créée, il y a trente ans, le public féminin était beaucoup moins présent que maintenant. »
Le libraire ne réduit pas cette évolution à un seul nom. Il inscrit Bagieu dans une génération passée par les blogs, avec Margaux Motin, Marion Montaigne ou Boulet, mais aussi dans une transformation plus large de la bande dessinée. « Marjane Satrapi, avec Persepolis, c’est aussi toute cette évolution intéressante de la bande dessinée. Pénélope Bagieu en fait partie. » L’exposition montre donc une œuvre et un mouvement : celui d’une génération qui a changé la manière d’entrer en bande dessinée.
La scénographie ne consiste pas à aligner les albums sur les murs. Laurent Marioni connaît la différence entre lire un livre et regarder une planche extraite de son récit. « Tout ce travail, c’est celui des commissaires d’exposition : arriver à nous intéresser, à nous captiver à travers des sorties de pages, des sorties de planches, qu’elles soient numériques ou traditionnelles. » L’enjeu tient à la sélection : « Il faut montrer l’étendue de la qualité de son travail, montrer des cohérences entre certains albums. C’est un gros travail intellectuel. »
Ce passage de l’album à l’exposition impose un autre rythme. Culottées, Sacrées sorcières, California Dreamin’ ou La Nuit retrouvée ne se livrent pas de la même façon en librairie et à la Halle Freyssinet. « L’idée, c’est que les personnes qui regardent comprennent exactement ce qu’on leur montre à travers telle page de Culottées, telle page de Sacrées sorcières, telle page des Strates. » Puis il tranche : « Une exposition n’a pas vocation à mettre les 450 pages de Culottées les unes après les autres. Sinon, cela n’a aucun intérêt. »
Cette distance avec l’objet livre ramène pourtant Laurent Marioni au papier. Pénélope Bagieu, à ses yeux, représente « le passage d’internet à l’album, au papier, à l’édition ». Il y voit une « quête de génération », née d’un moment où les blogs BD rassemblaient des communautés massives. « Elle appartient à tous ces grands blogs qui étaient à l’époque en bande dessinée, avec Boulet, avec Marion Montaigne. C’était le début de ces blogs bande dessinée. » Le basculement vers l’album ne constitue pas une simple exploitation éditoriale : « Le passage à la bande dessinée était nécessaire. Le livre apportait autre chose. »

Cet « autre chose » tient à la lecture elle-même. « Il y a encore un amour du papier. Quand des lecteurs entrent dans la librairie, ils parlent de l’odeur. Quand ils ouvrent un livre, ils le sentent. Il n’y a pas forcément ça sur internet. » Face aux formats numériques, il assume son rapport à la page : « J’aime les doigts sur la page qui tournent, le petit bruissement. »
Dans cette trajectoire, le blog Ma vie est tout à fait fascinante garde une valeur d’origine. On en retient le ton : « Il y avait beaucoup d’ironie, beaucoup d’autodérision. » Cette légèreté n’efface pas la gravité des sujets. Elle donne, selon lui, une force particulière aux récits de Bagieu. « Quand on veut parler d’un sujet compliqué, une petite pointe d’humour permet de marquer. » Il précise : « Quand quelque chose de fin et de subtil donne le sourire, ou même un éclat de rire, on marque, parce que dans cette légèreté on place un sujet beaucoup plus sérieux. »
Culottées illustre ce principe, mais Laurent Marioni refuse d’en faire un modèle unique. Il insiste sur la variété d’une œuvre qui passe du récit biographique au conte adapté, du portrait de Cass Elliot à l’intimité familiale de La Nuit retrouvée, réalisée avec Lola Lafon. « C’est tout l’intérêt de cette autrice : elle touche à beaucoup d’univers différents. » Dans California Dreamin, il retrouve « une femme qui a marqué la musique, mais aussi par toute son histoire personnelle. »
Dans Sacrées sorcières, d’après Roald Dahl, il évoque une lecture heureuse : « J’avais un peu peur, parce qu’une adaptation n’est pas évidente. J’ai trouvé cela génial, je retrouvais tout ce qu’il y avait dans l’œuvre de Roald Dahl. »
Cette diversité sert directement la recommandation en librairie. Bagieu donne au libraire plusieurs chemins selon la personne qui entre. « Avec Pénélope Bagieu, on peut proposer à tout le monde, vraiment à tous les publics. Il y a forcément quelque chose qui parle à chacun et à chacune. » Pour les amateurs de musique, le libraire avance California Dreamin.
Pour les enfants, Sacrées sorcières ouvre une porte vers Roald Dahl. Pour les lecteurs attirés par l’émotion et les secrets familiaux, La Nuit retrouvée trace une autre voie. « Quelqu’un dit qu’il n’aime pas ça ? Ce n’est pas grave : prenez ce livre-là, il est totalement différent, il est tout aussi génial. »
L’exposition amiénoise prend alors un sens précis : faire découvrir, ou redécouvrir, une autrice sans enfermer son œuvre dans un seul succès. « C’est magique et c’est fascinant. » Aux Rendez-vous de la bande dessinée, À la rencontre de Pénélope Bagieu s’inscrit dans un festival organisé les trois premiers week-ends de juin, à la Halle Freyssinet, avec entrée gratuite.
« Beaucoup de personnes viennent les trois fois, parce qu’il y a tellement de choses à voir qu’on rate forcément des choses à chaque fois. » À Amiens, Pénélope Bagieu sort des livres par ses planches, ses lectrices, ses lecteurs et les chemins qui relient un blog, une librairie et une œuvre.
Exposition réalisée en partenariat avec la Galerie Barbier, à découvrir à la Hall Freyssinet d’Amiens, dès le 6 juin.
Crédits photo : Laurent Marioni / ActuaLitté, CC BY SA 4.0
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Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 22/09/2016
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1 Commentaire
Rose
13/05/2026 à 07:17
Ce serait bien si l'exposition pouvait circuler dans plusieurs villes.