Le Petit Larousse illustré 2027 comptera 150 nouveaux mots, sens, locutions et expressions. Fidèle, depuis 1905, à la volonté de Pierre Larousse de proposer « le plus complet, le mieux informé et le plus attrayant des dictionnaires », l’ouvrage continue de faire de la langue française un miroir de son époque.
Ces 150 nouveaux mots reflètent les évolutions de la langue française : tendances, crises, cultures, usages numériques, mais aussi apports des régions et de la francophonie. Le dictionnaire ne se contente pas de définir des mots, il montre aussi ce qui traverse la société.
L’image tient toujours une place importante dans l'ouvrage. Photos, cartes et dessins permettent de comprendre autrement et rendent la lecture plus accessible, notamment à une époque où les pratiques de lecture évoluent.
Pour cette nouvelle année, le Petit Larousse illustré semble avoir choisi un mot d’ordre : l’inclusion.
Comme un héritage des Jeux de Paris, on peut y lire une question centrale : celle de la visibilité. Goalball, par exemple, désigne un sport paralympique pratiqué par des athlètes malvoyants. La compétition est pensée sous un angle de partage et d’accessibilité. Le sport assis élargit cette perspective : pratiquer un sport en position assise permet d’ouvrir les activités physiques à celles et ceux dont la mobilité est affectée.
Le mot neuroatypique témoigne, lui, d’une reconnaissance grandissante des profils cognitifs différents. Il reconnaît la diversité des fonctionnements neurologiques.
Mais l’accessibilité est aussi affaire de dispositifs. Le PAP, ou plan d’accompagnement personnalisé, traduit la volonté de l’école de tenir compte des besoins spécifiques de certains élèves. L’APA, activité physique adaptée, encourage, elle, le bien-être de toutes les populations, quelles que soient leurs capacités. La boucle à induction magnétique facilite, elle, la communication des personnes malentendantes équipées d’un appareil auditif.
Les crises et les grands événements font aussi émerger de nouveaux termes, de nouveaux concepts. Définir un acte, un mouvement, une violence, c’est mettre le doigt dessus. C’est aussi légitimer une parole.
Le Petit Larousse illustré 2027 intègre ainsi la soumission chimique : l’administration de substances médicamenteuses ou psychoactives à une personne, à son insu ou sous la menace, dans le but de lui faire subir un viol ou une agression sexuelle.
Impossible, ici, de ne pas penser à l’affaire Gisèle Pélicot, qui a bouleversé la France et bien au-delà. Cette affaire a mis en lumière des pratiques longtemps invisibilisées, et a aussi rappelé que ces violences ne relevaient pas d’un cas isolé, mais d’un phénomène plus large, désormais nommé, décrit, dénoncé.
Dans le même mouvement, le dictionnaire accueille violences sexistes et sexuelles, ou VSS : comportements, propos ou actes visant une personne en raison de son sexe ou de son genre, allant de l’outrage sexiste au viol, au harcèlement sexuel ou au voyeurisme. Ces violences portent atteinte à la dignité, à la santé et à l’intégrité physique des victimes.
À cela s’ajoute virilisme, qui désigne une idéologie prônant une forme de culte de la virilité, ou encore incel, terme lié à une mouvance masculiniste marquée par une hostilité revendiquée envers les femmes. Ces mots disent aussi quelque chose d’une époque où les discours masculinistes gagnent en visibilité.
En 2024, les forces de sécurité intérieure ont ainsi enregistré :
107 victimes de féminicides,
270 victimes de tentatives de féminicides,
906 femmes victimes de (tentatives de) suicides suite au harcèlement par (ex-)conjoint.
Au total, 1 283 femmes ont été victimes de (tentatives de) féminicides au sein du couple, directs ou indirects en 2024.
Source : base des victimes de crimes et délits, SSMSI et Délégation aux victimes (DAV), ministère de l’Intérieur
Même le verbe oraliser, défini comme le fait, pour une personne atteinte de surdité, d’être en capacité de communiquer par la parole, peut résonner autrement : pouvoir dire, pouvoir nommer, pouvoir témoigner.
Dans un autre contexte, on pourrait presque entendre cette formule devenue emblématique : « la honte doit changer de camp ».
Le Larousse se fait aussi l’écho d’un monde où certaines réalités médicales, longtemps peu abordées ou mal connues, commencent à être mieux nommées.
Le SOPK, syndrome des ovaires polykystiques, fait son entrée dans le dictionnaire. Il désigne une production excessive d’hormones androgènes, pouvant entraîner troubles des règles et de la fertilité, pilosité excessive, acné ou syndrome métabolique.
C’est un mot important, parce qu’il concerne une réalité encore trop méconnue de la médecine et du grand public, alors même qu’elle touche de nombreuses femmes et peut entraîner des effets secondaires lourds, parfois presque invivables.
Autre mot très contemporain : défilement morbide, ou anxiogène. Il désigne cette surconsommation d’actualités négatives ou de contenus inquiétants sur les réseaux sociaux. Le mot nomme notre addiction aux images de tragédie.
Le surtourisme dénonce, lui, les effets négatifs d’un tourisme de masse non régulé. Enfin, polycrise résume peut-être à lui seul la complexité d’aujourd’hui : une combinaison de crises simultanées et interdépendantes, économiques, politiques, environnementales, sociales ou culturelles.
Une étude de COPERNICUS alertait encore récemment sur le réchauffement de l’Europe, qui s’accélère très fortement. Les premiers à subir ces bouleversements sont souvent les agriculteurs : pluies très fortes en hiver, sécheresses de plus en plus précoces en été, conditions de travail rendues plus difficiles encore.
Dans ce contexte, le mot agrivoltaïsme prend tout son sens. Il désigne la pratique qui consiste à installer des panneaux photovoltaïques sur des parcelles agricoles, pour produire de l’électricité renouvelable tout en protégeant les cultures ou les animaux de certains aléas climatiques : pluies diluviennes, grêle, gel, canicule.
La géo-ingénierie esquisse, même imparfaitement, une réponse environnementale globale : des technologies visant à modifier à grande échelle le climat et l’environnement de la Terre. Mais le mot porte aussi ses inquiétudes, tant les conséquences peuvent paraître imprévisibles.
L’îlot de fraîcheur, lui, enracine l’écologie dans nos villes : espaces verts, parcs, jardins, fontaines, ombrières, lieux publics plus frais en période de chaleur ou de canicule.
Le lexique devient aussi porteur de gestes citoyens. Le plogging, mot suédois, invite à courir en ramassant les déchets. Une activité qui conjugue sport et civisme. Et pour finir sur une note plus légère, kawaï vient saupoudrer le quotidien d’un peu de « mignonnerie » japonaise.
Le dictionnaire accueille aussi les nouvelles tendances gastronomiques, pour les plus gourmands.
L’ail des ours désigne une plante de la famille de l’ail, au goût délicat, dont on consomme principalement les feuilles, et parfois les fleurs en boutons, comme condiment. Il doit son nom à une croyance selon laquelle les ours en mangeraient après l’hibernation.
Le tataki, mot japonais, désigne une technique de cuisson qui consiste à saisir l’extérieur d’un poisson ou d’une viande de bœuf, afin que l’intérieur reste cru, avant de les faire mariner brièvement et de les découper en tranches.
On retrouve aussi chaï, chakchouka, edamame, kadaïf, rooibos : autant de mots qui disent une langue ouverte aux saveurs du monde.
Nouvelles pratiques, nouvelles demandes, nouvelles peurs aussi : l’intelligence artificielle amène son propre vocabulaire.
Prompter signifie envoyer un prompt, une instruction à un algorithme d’intelligence artificielle générative, pour obtenir une réponse ciblée. On peut ainsi « prompter ChatGPT » ou apprendre à prompter.
La surconsommation des écrans et des réseaux sociaux fait aussi entrer dans le dictionnaire la notion de créateur de contenu : une personne qui réalise des contenus cohérents et attractifs pour une communauté d’internautes. Le terme tend à remplacer celui d’influenceur.
Pour répondre aux enjeux contemporains, beaucoup de concepts émergent et nourrissent les réflexions sur notre monde touché par des conflits mondiaux, le paupérisme, les inégalités ...
Polarisation désigne la fragmentation croissante de la société en groupes antagonistes, profondément opposés sur les grandes questions qui la préoccupent. Polycrise résume l’accumulation de crises simultanées et interdépendantes, quand Trumpisme renvoie à l’ensemble des convictions politiques liées à Donald Trump, à son style de gouvernance, mais aussi à un courant politique issu des mutations profondes du Parti républicain américain.
Le Petit Larousse illustré 2027 fait aussi une place aux mots des régions et de la francophonie.
Pigouille, dans l’Ouest, désigne une perche servant à faire avancer une embarcation à fond plat dans le Marais poitevin.
Bouquetière, au Québec, désigne dans un mariage la petite fille du cortège qui porte un panier de pétales ou un bouquet de fleurs et précède la mariée.
Zézère, à La Réunion, signifie petit ami, petite amie, amoureux ou amoureuse.
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Chéri-coco, en Afrique de l’Ouest et aux Antilles, désigne également un petit ami, une petite amie, un amant ou une maîtresse.
Et d'autres encore à retrouver dans la nouvelle version.
Derrière ces mots venus des régions et du monde, un basculement s’opère : aujourd’hui, près de 60 % des francophones vivent en Afrique, et près de 90 % de la croissance du français dans le monde y est concentrée. La langue ne se joue plus seulement en Europe : elle se transforme désormais à Dakar, Abidjan ou Kinshasa. Le français devient une langue toujours plus plurielle, portée par une jeunesse qui en redéfinit les usages.
Certaines personnalités font aussi leur entrée dans le Petit Larousse illustré 2027. Parmi elles, plusieurs écrivains, dont Douglas Kennedy, né à New York en 1955, écrivain américain, auteur, entre autres, de L'Homme qui n'avait pas assez d'une vie (trad. Chloé Royer, Belfond). Il est suivi par Danièle Sallenave, née à Angers en 1940, ou encore Enrique Vila-Matas, né à Barcelone en 1948, à qui l'on doit notamment Bartleby et compagnie (trad. Éric Beaumatin, Actes Sud).
Crédit photo : CC BY 2.0 / Rosmarie Voegtli
Par Clotilde Martin
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