Avec Voyages extraordinaires au Muséum national d’histoire naturelle, Nicolas Gilsoul et Jacques Cuisin ouvrent les portes des réserves du Jardin des Plantes. Entre récit d’exploration, cabinet de curiosités et méditation sur l’extinction, le livre transforme les coulisses du Muséum en aventure sensible, drôle et inquiète, où chaque spécimen raconte aussi notre rapport au vivant, à la science et aux traces que nous choisissons de préserver.
Le 29/04/2026 à 10:11 par Lucy L.
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29/04/2026 à 10:11
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On entre ici par une porte dérobée. Le livre de Nicolas Gilsoul et Jacques Cuisin n’est ni guide patrimonial, ni album savant. Il avance comme un récit d’exploration, avec ses sas, ses codes, ses profondeurs.
Sous le Jardin des Plantes, derrière les galeries, des réserves accumulent des vies prélevées, classées, sauvées, perdues souvent. Le merveilleux naît de cette tension entre science et trouble : « La promenade s’est transformée en expédition. C’est le récit de ce voyage que vous tenez entre vos mains. »
Le dispositif tient à une alliance rare : un narrateur qui regarde, dessine, s’étonne, et un conservateur qui ouvre, oriente, corrige. Jacques Cuisin devient moins un personnage secondaire qu’un passeur. Le texte l’installe comme une apparition nocturne, familière des lieux interdits au public. Le ton se fixe là : demi-polar, demi-conte scientifique, avec cette phrase : « Jacques Cuisin m’a ouvert les portes de ces mondes. C’était inespéré. Improbable. Comme tomber nez à nez avec un dragon à galoche du XVIIIe siècle. »
L’écriture transforme la précision documentaire en image active. Les chiffres, les espèces, les dates n’aplatissent jamais le récit ; ils l’électrisent. Une salle devient un canyon, une armoire mobile un navire, une réserve un envers de tapisserie. Le Muséum apparaît comme une fabrique d’histoires, mais aussi comme un organisme fragile. L’enchantement ne gomme pas l’inquiétude : « Un nuage de possibles, voici ce que m’évoquent les réserves de cette fabuleuse institution. »
Le rhinocéros de Louis XV, rebaptisé Sahib, offre l’un des plus beaux motifs : l’histoire naturelle n’échappe jamais aux mises en scène humaines. L’animal, survivant d’un massacre, cadeau royal, objet de savoir puis de taxidermie, porte une corne qui raconte moins son espèce que les arrangements avec la vérité. La scène vaut leçon : « Sa corne nous parle plus de nous que de lui. »
Ces voyages déplacent le regard. Le Muséum conserve, mais il hérite aussi d’un monde traversé par la prédation, la conquête, la mode, l’avidité, les gestes d’étude et les aveuglements d’époque. Les animaux disparus, les peaux, les squelettes forment une archive de nos violences. Gilsoul et Cuisin préfèrent l’étonnement, l’humour, la conversation. Cette légèreté donne plus de force à l’effroi : « Je suis prisonnier sur l’île des Disparus. »
Le livre avance par stations, presque par chambres secrètes. Chaque chapitre ouvre un seuil, puis l’élargit : baleine bleue suspendue, grand pingouin, ara tricolore, colibris, crabes. Cette construction fragmentée évite l’effet catalogue.
Elle donne l’impression d’une enquête guidée par la curiosité, l’association, le choc visuel. On marche, on descend, on retient son souffle, on se penche. La conservation devient une dramaturgie quotidienne, traversée par des menaces prosaïques : poussière, lumière, moisissures, insectes. Jacques l’énonce avec une netteté inquiète : « La conservation nécessite une forme de paranoïa exacerbée. Je me demande sans cesse de quel côté va frapper l’ennemi, d’où viendra le danger, quand. »
La délicatesse du texte consiste à ne jamais séparer jubilation et responsabilité. Les réserves fascinent parce qu’elles abritent des trésors, mais ces trésors regardent aussi notre époque. Une baleine parle d’évolution et d’extinction ; une corne dénonce une mystification ; un oiseau disparu rappelle que la beauté tue lorsqu’elle devient trophée. Ce récit devient une méditation sur ce que conserver signifie : maintenir lisible la fragilité du vivant.
On sort de ces Voyages extraordinaires avec la sensation d’avoir traversé un musée nocturne, un bestiaire mental et une histoire politique du regard. Le charme tient à cette double fidélité : à la joie enfantine de découvrir et à la gravité adulte de comprendre. Le Muséum devient un vaisseau chargé d’ossements, de plumes, d’alcool, de papiers jaunis et de noms latins, mais surtout un lieu où les morts demandent encore des comptes aux vivants.
Le voyage débutera le 13 mai.
Par Lucy L.
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 13/05/2026
368 pages
Robert Laffont
22,90 €
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On dit souvent que les voyages nous révèlent, qu’en dehors de notre quotidien et de nos habitudes, nous sommes obligés d’être nous-même. Mais être soi s’accompagne de notre passé, de notre enfance et de ses ombres qui s’allongent au zénith de notre vie d’adulte.
05/05/2026, 10:27
Avec 25.475 exemplaires vendus cette semaine, Une unique lueur de Fred Vargas conserve la première place du classement (semaine 17, du 20 au 26 avril). Le roman publié par Flammarion totalise désormais 101.508 ventes en trois semaines de présence. Derrière lui, Tata de Valérie Perrin remonte au 2e rang (15.087 exemplaires), tandis que le tome 16 de Spy x Family entre directement sur la troisième marche du podium avec 14.721 ventes.
05/05/2026, 10:15
En octobre 2022 à Lyon, des activistes d’Extinction Rebellion (XR pour les intimes) arpentent nuitamment des quartiers huppés pour y dégonfler des pneus de SUV, Sport Utility Vehicle. Dans les médias, dans les couloirs du conseil régional, sur les réseaux sociaux, l’on s’inquiète de savoir comment les désigner au mieux : écoterroristes ? Petits cons ? Ou bobos woke ?
05/05/2026, 09:00
Barbara Monrose signe avec La fille du Sud un premier roman publié chez Robert Laffont et attendu le 13 mai. Ce texte suit la relation passionnée entre deux étudiantes qui se rencontrent à Paris avant que la séparation ne transforme leur histoire en quête intime et obsessionnelle du désir, du manque et de l’absolu.
05/05/2026, 08:42
Tsunojima, au large des côtes japonaises. Un an après le quadruple meurtre qui a ensanglanté l’île, c’est l’endroit parfait pour la retraite annuelle des membres du Club des amateurs de roman policier. Ils vont pouvoir se concentrer sur la rédaction du prochain numéro de leur revue et, qui sait, résoudre le mystère de ce crime à huis clos, dont l’auteur reste encore inconnu. C’est néanmoins le programme qu’ils se sont fixés… Traduit du japonais par Patrick Honnoré.
05/05/2026, 08:00
Publié à titre posthume, Lettre d’amour écrite dans un immeuble en feu (trad. Sabine Huynh) rassemble les derniers poèmes d’Anne Sexton et déploie toute la maturité de son art. Traversé par les thématiques de la maternité, de la maladie, du désir et de la foi, ce recueil entremêle images domestiques et métaphores violentes dans une confrontation directe avec la mort. La parole poétique devient alors un acte de résistance, voire de survie.
04/05/2026, 11:03
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Le Prix des Libraires 2026 distingue Laurine Roux et Charlotte McConaghy Espagne : 49,4 % des livres papiers ne se vendent pas même à 1 exemplaire Gibert Joseph : “La routine a anesthésié l’esprit commerçant des libraires” Quitter Grasset ? Le droit de divulgation fournit une solution redoutable
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