À Toulouse, le Dojo Yuki Ho organise le 30 avril une conférence de Manon Soavi consacrée à l’histoire des femmes dans les arts martiaux. L’aïkidoka et autrice y retracera des parcours longtemps marginalisés, tout en interrogeant la fabrication sociale de la « faiblesse féminine ». La rencontre se prolongera début mai par un stage d’aïkido en non-mixité choisie.
À Toulouse, le Dojo Yuki Ho consacre une soirée à une histoire rarement placée au premier plan : celle des femmes dans les arts martiaux. Le 30 avril 2026 à 19 h 30, l’association accueille en entrée libre une conférence de Manon Soavi, annoncée comme un panorama historique, un récit de parcours et une lecture de la situation contemporaine.
L’enjeu consiste à montrer comment ces pratiques ont servi d’appui à des femmes qui ont « réécrit l’histoire en actrices de leur propre libération ».
Le propos ne se limite pas à une approche sportive. La conférence entend revenir sur la construction sociale de l’idée de « faiblesse féminine », tout en inscrivant les trajectoires évoquées dans l’histoire de groupes dominés qui se sont emparés des pratiques martiales pour se défendre ou porter des revendications. Le programme annonce ainsi une réflexion sur les récits dominants et sur la portée sociale de disciplines souvent réduites à l’effort physique.
Manon Soavi, née en 1982, enseigne les arts martiaux et pratique l’aïkido depuis 1988. Les documents précisent qu’elle a commencé à l’âge de 6 ans l’aïkido et le kenjutsu avec son père, Régis Soavi, avant d’exercer pendant dix ans comme pianiste concertiste. Autrice de l’essai Le maître anarchiste, Itsuo Tsuda. Savoir vivre l’utopie, elle transmet aujourd’hui l’aïkido, le Katsugen undo et la philosophie du Non-faire, au Dojo Tenshin à Paris ainsi qu’en stage, en France et en Italie.
Depuis septembre 2023, elle a ouvert une séance d’aïkido femmes en non-mixité choisie. Ce prolongement trouve un écho direct dans le rendez-vous toulousain : la conférence du 30 avril sera suivie, les 2 et 3 mai 2026, d’un stage d’aïkido réservé aux femmes, ouvert aux débutantes, avec trois séquences d’entraînement de deux heures réparties sur le samedi et le dimanche, entrecoupées de repas partagés.
Le cadre n’est pas neutre. Fondé en 1983 par Régis Soavi, le Dojo Yuki Ho est présenté comme l’un des premiers lieux de l’École Itsuo Tsuda. Son fonctionnement associatif et indépendant repose sur l’activité de ses membres. Les textes décrivent un espace inspiré des dojos traditionnels japonais, attentif à l’autogestion, aux pratiques du corps et à une préséance accordée aux femmes dans ses orientations comme dans son organisation.
La soirée du 30 avril commencera par une ouverture des portes à 19 heures, avant une conférence à 19 h 30 suivie d’un échange avec le public, au 10 rue Dalmatie, dans le quartier Marengo à Toulouse. L’entrée est annoncée libre. L’ensemble compose un diptyque cohérent : d’abord la mise en perspective historique, ensuite l’expérience du tatami. Dans les supports du dojo, l’aïkido apparaît comme une pratique de soi capable de transformer le rapport au monde.
Un mot d’ordre résume cette articulation : « Pour s’affirmer, il faut se positionner. » Placée en exergue du stage, la formule donne à l’ensemble une tonalité nette. Non pas l’apprentissage spectaculaire du combat, mais une réappropriation du geste, de la place et de la présence.
Elsa Dorlin renforce ce déplacement : « Il ne s’agit pas tant d’apprendre à se battre, que de désapprendre à ne pas se battre. » Entre conférence, discussion et pratique, le Dojo Yuki Ho compose ainsi, sur quatre jours, une proposition complète autour des femmes et des arts martiaux.
Manon Soavi est l’autrice d’un essai qui propose à la fois une biographie intellectuelle et une interprétation contemporaine de la pensée du philosophe et maître d’aïkido Itsuo Tsuda, paru en 2022 chez L’Originel.
Le maître anarchiste. Itsuo Tsuda – Savoir vivre l’utopie, de Manon Soavi, retrace le parcours du penseur et maître d’aïkido Itsuo Tsuda, entre Japon, Chine et Europe. L’ouvrage met en lumière une pensée singulière, nourrie de taoïsme, d’anarchisme et de pratiques corporelles comme le Seitai, qui place le corps, le souffle et l’énergie vitale au cœur de l’émancipation.
Plutôt qu’une révolution politique, Tsuda défend une transformation intérieure fondée sur l’autonomie, le « non-faire » et le refus des normes imposées. L’utopie qu’il propose se vit au quotidien, dans les gestes, les relations et le rapport au monde. Manon Soavi en offre une lecture contemporaine, articulée aux enjeux actuels, faisant de cette pensée une voie concrète de liberté individuelle et d’expérimentation existentielle.
Crédits photo : Manon Soavi
Par Dépêche
Contact : depeche@actualitte.com
Paru le 02/11/2022
268 pages
L'Originel / Charles Antoni
22,00 €
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