Concorde : le livre qui raconte enfin la part de rêve derrière le mythe

François Adibi

François Adibi ne signe ni une simple célébration du supersonique ni un mémorial technique. Il construit un essai lyrique où Concorde devient machine, mythe, projet politique et révélateur intime. Le livre suit une ligne nette : de l’enfance rêvée aux derniers vols, de Mermoz à de Gaulle, de la prouesse industrielle à l’épreuve du 25 juillet 2000, l’auteur lit l’histoire de l’avion comme une expérience totale.

Le noyau théorique tient dans l’idée que le rêve n’est pas un décor, mais une force agissante. « Qu’allons-nous faire de nos rêves? Souvent les aléas de la vie font que nous abandonnons nos rêves en chemin. » Chez Adibi, cette énergie intérieure nourrit l’action puis l’histoire collective. Concorde incarne une « voie intense », une manière d’habiter le monde par la vitesse et le dépassement.

Le récit avance par cercles. Aux souvenirs d’enfance répond la généalogie des pionniers ; aux figures de Mermoz, Guillaumet, Saint Exupéry ou Adrienne Bolland succèdent pilotes, ingénieurs, mécaniciens et décideurs d’État. Les personnages importent moins comme portraits psychologiques que comme présences exemplaires. « C’est un quatuor invisible, solidaire et fraternel qui se forme. À partir de 1920, Mermoz, Saint Exupéry et Guillaumet accompagnent les lignes Latécoère, puis l’Aéropostale vers l’Afrique du Nord et l’Amérique du Sud. »

Adibi défend aussi une thèse politique : Concorde ne relève pas d’un échec commercial, mais d’un investissement de souveraineté, décisif pour l’essor d’Airbus. Il relit même le supersonique à l’aune de l’impératif écologique, en soulignant les innovations léguées à l’aviation civile.

La force du livre tient à l’alliance entre exaltation sensible et architecture intellectuelle. Certaines pages atteignent une vraie densité méditative : « Chacun de nous est un jour tombé en arrêt devant la beauté d’une personne, la profondeur d’un paysage, la force d’une œuvre d’art ou d’une œuvre technologique; frappé par l’intensité de ce qui nous touche sans pouvoir expliquer ni comprendre la cause de cette émotion. La beauté et ce qui ressemble à la perfection semblent parfois avoir une cause invisible, comme si leur véritable essence était immatérielle. »

Les limites sont ailleurs. À force d’adhésion, la contradiction affleure peu ; la démonstration incline souvent vers l’hommage. La prose, souvent superbe, charge parfois le propos d’un halo spirituel qui atténue la rigueur argumentative. Mais ce parti pris donne à Notre part de rêve sa singularité : penser Concorde comme un fait technique, un fait de civilisation et un fait d’âme.

 

Une michronique de
Victor De Sepausy

Publiée le
10/04/2026 à 11:08

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Concorde, notre part de rêve

François Adibi

Paru le 05/03/2026

224 pages

Michel Lafon

35,00 €