Face à l’érosion du temps de lecture et à la domination des écrans, la Fnac déploie une campagne nationale au slogan provocateur : « Une autre addiction est possible. » L’enseigne entend réhabiliter le plaisir de lire sans culpabiliser, en mobilisant ses librairies, ses événements et ses réseaux. Une offensive culturelle qui interroge : la lecture peut-elle encore reconquérir l’attention collective ?
Le 09/04/2026 à 15:59 par Nicolas Gary
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09/04/2026 à 15:59
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Il fallait sans doute une formule un peu insolente pour secouer la torpeur numérique de notre époque. « Une autre addiction est possible » : la Fnac ne signe pas ici une clinquante injonction à lire – lesquelles échouent systématiquement. Non : à la découverte du message, on sourit. Loin de la traditionnelle culpabilisation et des interdictions législatives de réseaux au moins de 15 ans (... si fait), on ouvre les chakras.
Car enfin, dans un pays où l’on passe des heures à faire défiler des images, des avis, des colères, des distractions et des injonctions, rappeler que la lecture possède elle aussi son pouvoir d’aimantation relève moins du coup marketing que du salutaire rappel à l’ordre sensible. Et invoquons joyeusement un certain Pennac, Daniel Pennac : « Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. » (Comme un roman, 1992).
À ce titre, le cas Fnac mérite mieux qu’un haussement d’épaules. Le communiqué de l'enseigne s’appuie sur une réalité préoccupante : 39 % des Français disent voir leur temps de lecture diminuer, un jeune de 16 à 19 ans sur trois ne lit pas du tout, et les jeunes ne consacrent en moyenne que 19 minutes par jour à la lecture, contre 3h11 aux écrans.
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Ces chiffres ne racontent pas seulement une concurrence d’usages. Ils disent une bataille de l’attention, une économie du réflexe, un recul de la durée longue. Or lire, justement, impose autre chose : un pas de côté, une disponibilité, une respiration.
C’est ici que la campagne trouve son vrai sujet. Non, les écrans ne constituent pas l’ennemi absolu ; la Fnac le dit elle-même. Mais la lecture, elle, exige une reconquête. Reconquête du temps, reconquête du silence, reconquête d’une joie sans vibration parasite toutes les vingt secondes. Ce n’est pas un hasard si l’enseigne choisit une tonalité joyeuse plutôt que culpabilisante. Le livre a trop souvent été défendu comme un devoir. Il faut désormais le relancer comme un plaisir. Et même, osons le mot, comme une fête.
La bonne idée tient là : débrancher le sermon, rallumer le désir. Une politique de lecture efficace ne gronde pas ; elle attire. Elle n’agite pas l’index ; elle tend un roman, une BD, un polar, un album, un texte qui fait mouche. La Fnac promet d’ailleurs une campagne d’affichage, des rencontres d’auteurs, des activations en magasin, des partenariats média, une présence sur les réseaux fréquentés par les plus jeunes, et un surcroît de recommandations de lecture. Bref, elle essaie de remettre le livre dans la circulation générale des regards. À l’heure des flux saturés, l’ambition ne manque pas de panache.
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Encore faut-il que cette ambition déborde le message. Sur ce point, les éléments avancés méritent l’attention : plus de 1300 libraires experts dans le réseau, 142 magasins ayant accueilli plus de 1000 événements gratuits autour de la lecture en 2025, trois prix littéraires installés dans le paysage, du Goncourt des Lycéens au Prix Roman Fnac en passant par le Prix BD Fnac-France Inter.
Attendu que la machine culturelle existe déjà, la campagne lui donne une bannière. Et, pour une fois, cette bannière ne parle ni performance ni marché pur. Elle parle de goût, de transmission, d’élan collectif.
On objectera, non sans raison, qu’un libraire reste aussi un commerçant. Évidemment. Le communiqué n’escamote d’ailleurs pas les mécanismes promotionnels, avec reprise de livres et gains supplémentaires à la clé. Mais l’époque oblige à regarder plus large. Défendre la lecture, aujourd’hui, ce n’est pas seulement vendre des livres : c’est soutenir des lieux où l’on feuillette, des médiations où l’on conseille, des prix où l’on découvre, des politiques où la littérature contemporaine conserve droit de cité.

La Fnac rappelle son attachement au prix unique, à la vitalité des librairies physiques, aux programmes ouverts aux œuvres d’aujourd’hui. Sur ce terrain, le commerce et la culture cessent de jouer l’un contre l’autre. Ils avancent ensemble ou reculent ensemble.
Le plus intéressant, au fond, réside dans cette tentative de rendre au livre sa puissance d’attraction populaire. Car la lecture n’a pas besoin d’être momifiée pour être respectée. Elle n’a pas besoin d’endosser les habits sévères de la vertu pour convaincre. Elle gagne même à redevenir ce qu’elle fut souvent : une passion, une manie heureuse, un plaisir contagieux, une aventure de poche, un luxe bon marché, un vice magnifique. Qu’un grand acteur culturel ose l’affirmer sans minauder n’a rien d’anodin.
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Alors oui, prenons la formule au mot. S’il existe une autre addiction possible, souhaitons qu’elle fasse des ravages. Qu’elle encombre les tables de chevet, déborde des sacs, dérègle les horaires, rallonge les soirées, aiguise les curiosités. Qu’elle rende les adolescents introuvables parce qu’ils lisent, les adultes plus disponibles à la nuance, et les villes un peu moins bruyantes intérieurement. Le livre n’a jamais promis de sauver le monde. Il offre mieux : il empêche parfois de s’y dissoudre.
Reste une question : cette campagne marque-t-elle un tournant ou un simple sursaut ? Derrière la formule, une stratégie se dessine. Réinvestir l’espace public, investir les réseaux, activer les librairies comme lieux de vie, reconnecter les lecteurs avec des œuvres, replacer la recommandation humaine au cœur des usages. Autant de gestes qui dessinent une politique culturelle diffuse, portée non par l’État seul mais par un acteur industriel de premier plan.
Dans un paysage où la prescription se fragmente et où l’algorithme dicte de plus en plus les choix, cette tentative de reprendre la main mérite d’être observée de près. Elle pose une question simple : et si la lecture ne devait plus seulement résister, mais reconquérir ?
Crédits photo : Fnac
Par Nicolas Gary
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À Lyon se déploie chaque année une programmation d’envergure internationale, reflet apparent de la vitalité du roman noir. Mais que révèle cette sélection lorsqu’elle se confronte aux dynamiques réelles du web littéraire ? En croisant la liste des auteurs invités avec les indicateurs de visibilité, une autre géographie du festival se dessine : moins institutionnelle, plus révélatrice des circulations effectives des œuvres, des hiérarchies d’audience et des mutations profondes du genre.
02/04/2026, 17:30
À l’occasion de l’édition 2026 du prix du livre Les Visionnaires, porté par le réseau des médiathèques de Saint-Quentin-en-Yvelines, son directeur, Pascal Visset, revient sur l’origine et les enjeux de cette distinction née en 2022. Entre réflexion sur le rôle des auteurs, importance du style et interrogations sur l’intelligence artificielle, il défend une littérature qui propose une véritable vision du monde et de son avenir.
01/04/2026, 17:29
Après plusieurs années passées au sein de Media Participations, Jeanne & Juliette choisit de retrouver une pleine autonomie éditoriale. Une décision mûrie, moins comme une rupture que comme un recentrage, afin de poursuivre son développement avec justesse, exigence et une relation toujours plus directe avec ses lecteurs. Par Virginie Bégaudeau, fondatrice.
31/03/2026, 12:35
Deux organisations nationales, l'Association des Bibliothécaires de France et l'Association des Ludothèques Françaises, ont lancé un appel pour politique commune du jeu en tant que pratique culturelle. Organisation des services, cadre juridique ou formation des professionnel·les, le sujet soulève de nombreuses questions. Suffisamment pour se prendre au jeu...
31/03/2026, 09:32
À force de confier nos bibliothèques dématérialisées à des silos fermés, nous avons fini par prendre l’impuissance pour une loi naturelle. Clic après clic, achat après achat, la culture numérique s’est laissée border par des interfaces venues d’ailleurs. Puis surgit une jeune pousse française qui ne demande pas la permission : elle attaque la circulation des œuvres, la revente, la valeur, et, derrière tout cela, une vieille question européenne restée sans réponse. Par Dylan Tosti, fondateur de Thotario.
30/03/2026, 13:03
À Bruxelles, la 55e Foire du livre érige le papier en acte de résistance. Sous le mot d’ordre « défier le futur », le livre s’affirme sans cookies, sans surveillance, sans algorithmes. Objet autonome, il protège l’anonymat, échappe aux mises à jour et refuse l’économie de l’attention. Lire devient alors un choix, presque un manifeste, face aux logiques numériques dominantes. Voici une déclaration d'amour à la lecture, que nous adresse la Foire...
28/03/2026, 10:08
Chez Pollen, le retour à la diffusion a pris corps, incarné par Matthieu Raynaud, venu d’Harmonia Mundi, et par une équipe de six représentants. Un calendrier est déjà enclenché et des tournées sont en préparation. Le lancement est fixé au 1er mai, avec un cap clairement tourné vers la librairie indépendante.
27/03/2026, 18:13
Organisée par la Maison du livre, équipement culturel de Rennes Métropole situé en milieu rural, la fête du livre se déroule durant 3 jours à Bécherel, 700 habitants, première Cité du livre créée en France en 1989. Valérie Auvergne, directrice de la Maison du livre nous raconte cet événement.
26/03/2026, 17:08
Après l’avis du Conseil d’État sur la proposition de loi portée par plusieurs sénateurs pour encadrer l’usage des œuvres par les systèmes d’intelligence artificielle, le débat se précise. Aux côtés des sénatrices Laure Darcos et Agnès Evren, Pierre Ouzoulias, du Groupe Communiste (Hauts-de-Seine), défend un texte qui entend agir concrètement sur le terrain juridique, mais aussi provoquer une recomposition des rapports entre plateformes technologiques et ayants droit.
26/03/2026, 13:15
Après un avis du Conseil d’État salué comme une avancée, mais loin d’être une victoire totale pour les ayants droit, la sénatrice Laure Darcos détaille la stratégie derrière sa proposition de loi. Entre rééquilibrage juridique, pression politique et volonté de forcer les acteurs de l’IA à négocier, elle défend un texte « pesé à la virgule près », et conçu comme le premier étage d’une réforme plus large.
25/03/2026, 12:16
PORTRAIT – « Traduire, je le vois comme une profession d’artisan, à qui l’on demande de reproduire un meuble, sans qu’il ne possède ni les mêmes outils ni le même bois que ceux ayant servi pour la pièce d’origine. » Fort de quarante années de métier, Jean Esch compte en France parmi les noms majeurs de la traduction de l’anglais. ActuaLitté l’a sollicité pour un entretien insolite : les 10 livres par lesquels il a forgé son métier.
24/03/2026, 16:33
À Bordeaux, les éditions étudiantes L’Apprentie ont ouvert une campagne de financement participatif pour finaliser l’impression de sept ouvrages. Porté par des étudiants en master et en BUT, le projet repose sur une organisation collective qui permet aux étudiants de pratiquer en conditions réelles les métiers de l’édition. Face à une collecte en ralentissement, l’équipe a décidé de prolonger la cagnotte et de renforcer sa communication pour atteindre ses objectifs financiers.
23/03/2026, 15:32
On nous a vendu le numérique comme une autoroute sans péage, un horizon lisse où l’œuvre filerait sans frottement du serveur au lecteur. Puis les centres-villes ont vu passer les flux sans toujours en voir la couleur. Dans cette friction entre écran et trottoir, Thotario avance une idée plus subversive qu’il n’y paraît : et si la modernité du livre consistait moins à effacer les librairies qu’à les reconnecter au cœur de la circulation culturelle ? Par Dylan Tosti, fondateur de Thotario.
23/03/2026, 11:25
Dans les allées bien rangées des Salons du Livre, quelque chose grince. Sous les nappes tirées au cordeau, entre piles calibrées et sourires de circonstance, l’auteur se fige, assigné à résidence derrière sa propre œuvre. Puis surgit François Belley, pirate en embuscade, qui dynamite le décor : assez de cette comédie marchande. Place au désordre créatif, au corps-à-corps avec les lecteurs, à la table qu’on renverse enfin. Par François Belley, écrivain-pirate.
22/03/2026, 09:51
On pensait avoir tout vu en matière de satire politique. Puis Politicard le jeu de François Belley débarque, et la table de jeu se transforme en salle d’instruction improvisée. Accusations en rafale, indignations circonstanciées, trahisons expresses : ici, la morale ne pèse rien, seule compte la survie. On joue, on triche presque, on rit beaucoup — et soudain, le jeu ressemble étrangement au réel. En attendant le second tour des municipales, que diriez-vous de jouer aux édiles ?
20/03/2026, 11:35
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La Complainte des Boîtes à Livres : “Nous ne voulons plus nous taire” Harry Potter et transphobie : pour Dumbledore, on a déformé les propos de Rowling Trump “tellement stupide” que même Stephen King n'a “plus les mots” Au Japon, les particuliers louent des mini-rayons dans une une grande librairie
4 Commentaires
Edco
10/04/2026 à 11:47
Et ben non .....
Boire, manger, dormir sont des nécessités vitales .....Lire aussi !....donc plus qu' une addiction !!!!!
Slogans
Une vie sans livres , c est une vie non libre ....
Vive les livres, la vie libre .....
Aurelien Terrassier
11/04/2026 à 12:47
Lire c'est comme bien boire, manger, dormir suffisamment et marcher et/ou courir donc oui la lecture a, est et sera toujours une addiction saine sur papier de préférence c'est toujours mieux.
raimy
14/04/2026 à 17:49
Vous en avez d'autres de platitudes en commentaires ?
Aurelien Terrassier
14/04/2026 à 22:33
Il esr vrai que "la platitude des commentaires" revient à ceux qui argumentent un minimum sans pseudo. Dans cette même logique les anti-fa sont ́les vrais fachos, les antiraciste sont les vrais racistes entre autres. Ca vole très bas...