La première édition du Prix Antoinette Fouque s’est tenue le mardi 7 avril à la mairie du VIe arrondissement de Paris, réunissant un large public de personnalités issues du monde culturel, politique et associatif. En présence notamment de la Grande-Duchesse Maria Teresa de Luxembourg, Catherine Deneuve, Hélène Darroze, Charlotte de Turckheim ou encore Najat Vallaud-Belkacem, trois figures ont été récompensées pour leur engagement, leur création et leur réflexion autour de la cause des femmes.
Créé en mémoire d’Antoinette Fouque, cofondatrice du Mouvement de libération des femmes, psychanalyste et militante, ce prix entend prolonger son combat en distinguant celles et ceux qui contribuent à faire avancer les droits des femmes.
Présidé par Sylvina Boissonnas, Elisabeth Nicoli, Christine Villeneuve, Chékéba Hachemi et Ezekiel Grunstein-Fouque, il s’inscrit dans une volonté de valoriser des parcours à la croisée de l’engagement, de la pensée et de la création.
La cérémonie s’est ouverte par un « femmage » à Antoinette Fouque, lu par Ana Girardot, suivi d’un discours d’introduction de la présidence.
Dans la catégorie « S’engager », le prix a été attribué au Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018, pour son combat contre les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre en République démocratique du Congo.
Fondateur de l’hôpital de Panzi à Bukavu, il a développé une prise en charge globale - médicale, psychologique, sociale et juridique - qui a accompagné plus de 90.000 survivantes depuis 1999. Son action se prolonge avec la Cité de la Joie, créée avec V-Day et l’UNICEF, qui a déjà formé plus de 2240 femmes. « Aucune société ne peut se dire libre si la moitié de l’humanité ne l’est pas », a-t-il rappelé.
Denis Mukwege est notamment l’auteur de Panzi (2014, avec Guy-Bernard Cadière, Éditions du Moment), qui revient sur l’expérience de l’hôpital qu’il a fondé en République démocratique du Congo, puis de Plaidoyer pour la vie (2016, avec Berthild Akerlund, L’Archipel), où il expose sa vision du combat contre les violences sexuelles. Dans Réparer les femmes, un combat contre la barbarie (2020, avec Guy-Bernard Cadière, HarperCollins, coll. « Poche »), il documente la prise en charge des survivantes et les enjeux médicaux, sociaux et politiques de ces violences.
Plus récemment, La Force des femmes (2021, Gallimard) prolonge cette réflexion en mettant en avant les parcours et la résilience des femmes accompagnées. Parallèlement, il a préfacé plusieurs ouvrages consacrés à ces questions.

Le prix « Créer » a été remis à Lio par Hélène Darroze. Artiste protéiforme, chanteuse et comédienne, elle a marqué la scène musicale et culturelle depuis Banana Split, vendu à plus de deux millions d’exemplaires. Sa trajectoire se distingue aussi par ses prises de position publiques, notamment dès 2003 sur les violences faites aux femmes. Elle poursuit aujourd’hui cet engagement avec Geoid Party In the Sky, album composé exclusivement d’artistes femmes. « Je suis une enfant d’Antoinette Fouque. Je ne serais pas vivante si je ne l’avais pas rencontrée », a-t-elle déclaré.
Lio s’est également inscrite dans le champ de l’écriture, notamment à travers Pop Model (Flammarion, 2004, avec Gilles Verlant), une autobiographie dans laquelle elle revient sans détour sur son parcours artistique et personnel, ainsi que sur certaines expériences marquantes de l’industrie musicale. Un second livre, Mauvaise mère, annoncé chez Fayard en 2016, n’a finalement pas été publié.
Par ailleurs, Lio a signé la préface de Désirer la violence. Ce(ux) que la pop culture nous apprend à aimer de Chloé Thibaud (Les Insolentes, 2024), prolongeant son engagement critique sur les représentations et les rapports de domination dans la culture contemporaine.

Dans la catégorie « Penser », la chercheuse Nabila Bouatia-Naji, directrice de recherche à l’INSERM, a été distinguée pour ses travaux pionniers sur la santé cardiovasculaire des femmes. Ses recherches sur la dysplasie fibromusculaire et la dissection spontanée de l’artère coronaire ont permis d’identifier des facteurs génétiques déterminants, une avancée saluée à l’échelle européenne.
Engagée au sein de l’association SCADinfo, elle milite pour une meilleure reconnaissance de ces pathologies, première cause de mortalité féminine en France. « En découvrant l’œuvre d’Antoinette Fouque, j’ai vu que le corps des femmes avait une place très particulière », a-t-elle expliqué, soulignant le lien entre ses recherches et la pensée de la féminologie.

Le jury du Prix Antoinette Fouque rassemble des personnalités issues de milieux variés - artistique, universitaire, médiatique et associatif - reflétant la diversité des engagements que la distinction entend valoriser.
Il se compose notamment de Catherine Lopes-Curval, artiste peintre ; Marie-Christine Maurel, biologiste, professeure à Sorbonne Université et chercheuse à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité, également rédactrice en chef de la revue Arts et Sciences ; Julia Pietri, artiste militante et influenceuse (Le Gang du clito, Merci Simone !), fondatrice du Salon du livre féministe, créatrice et éditrice ; Inna Shevchenko, journaliste, scénariste, écrivaine, cinéaste, artiste plasticienne et activiste Femen ; Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre des Droits des femmes et première femme à avoir dirigé l’Éducation nationale, aujourd’hui présidente de France Terre d’Asile ; Chloé Bourgès, fondatrice du micro-cinéma Out Of The Blue, cofondatrice du festival pluridisciplinaire Feÿ Arts et à l’origine du collectif féminin le Cocottes Club ; Christophe Bourseiller, journaliste, écrivain, historien, acteur et producteur ; Sonia Bressler, présidente de l’Association française des femmes diplômées d’université, enseignante-chercheuse en philosophie et en épistémologie, éditrice et diplômée du MIT ; ainsi qu’Ana Girardot, actrice et réalisatrice.
La soirée a rassemblé plus de 180 invités, parmi lesquels de nombreuses figures publiques, et a été ponctuée par un intermède musical de la pianiste Solène Péréda. Elle s’est conclue par l’annonce d’une nouvelle catégorie, « Jeune espoir », destinée à soutenir les générations émergentes.
À travers cette première édition, le Prix Antoinette Fouque entend s’installer comme une nouvelle distinction dédiée à celles et ceux qui, dans des champs variés, prolongent un héritage féministe en prise avec les enjeux contemporains.
Figure centrale du féminisme contemporain, Antoinette Fouque fut à la fois psychanalyste, femme politique et militante. Cofondatrice du Mouvement de libération des femmes (MLF), elle a profondément marqué l’histoire des luttes féministes en France par son engagement en faveur des droits des femmes et par l’élaboration d’une pensée originale sur les rapports de domination entre les sexes.
Théoricienne reconnue et directrice de recherche à l’université, elle a produit de nombreux travaux visant à analyser les mécanismes de domination masculine et à fournir aux femmes des outils d’émancipation. « Il y a des mots inventés qui ouvrent des voies », affirmait-elle, soulignant le rôle décisif de la réflexion théorique dans les transformations politiques.
Dès la fin des années 1960, elle défend l’idée que « le privé est politique » et participe à la fondation du MLF, qui revendique notamment la liberté des femmes de disposer de leur corps et conteste les structures sociales patriarcales. Ce mouvement a contribué à plusieurs avancées majeures, parmi lesquelles l’accès à la contraception, la légalisation de l’avortement, la reconnaissance du viol comme crime ou encore les lois sur l’égalité professionnelle et conjugale. Au-delà des évolutions juridiques, le MLF a permis de faire émerger les expériences vécues par les femmes comme un enjeu central du débat public.
Parallèlement, Antoinette Fouque fonde le courant Psychanalyse et Politique, convaincue que la libération passe aussi par une transformation des structures psychiques. Elle y développe une réflexion articulant psychanalyse et action politique, cherchant à transformer les affects - notamment la colère - en force créatrice.
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Son engagement s’est également traduit par la création de nombreuses institutions et initiatives : les Éditions des femmes, première maison d’édition en Europe dédiée à la création féminine ; les Librairies des femmes ; l’Institut de recherches en sciences des femmes et le Collège de féminologie ; les Galeries des femmes et la Bibliothèque des voix, première collection française de livres audio ; l’Observatoire de la misogynie ; l’Espace des femmes ; l’Alliance des femmes pour la démocratie ; ainsi que le Club Parité 2000.
Au fil de plus de quarante années d’activité, elle a publié articles, essais et interventions, et dirigé notamment le Dictionnaire universel des créatrices (2013), vaste entreprise encyclopédique consacrée à quarante siècles de création féminine à travers le monde. Une œuvre emblématique de sa volonté constante de rendre visibles les contributions des femmes dans les domaines intellectuel, artistique et politique. Antoinette Fouque est décédée le 20 février 2014.
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Crédits photo : Prix Antoinette Fouque 2026. Mairie du VIe. Paris, le 7 avril 2026 ©Julio Piatti
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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