Menaces de frappes, promesses d’« enfer », outrances répétées : ces derniers jours, Donald Trump a durci son discours contre l’Iran dans un registre d’une rare brutalité. Des déclarations qui interrogent autant la stratégie que la langue employée. Jusqu’à susciter une réaction inattendue : celle de Stephen King, qui baisse les bras, incapable de décrire cette dérive verbale.
Le 06/04/2026 à 11:13 par Nicolas Gary
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06/04/2026 à 11:13
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Pour qu’un écrivain trouve le mot juste désignant son époque, encore faut-il que la réalité lui en fournisse le terreau. Ces derniers jours, Donald Trump s’y est méthodiquement appliqué. À propos de l’Iran, le président américain n’a pas seulement brandi la force : sa logorrhée verbale s’est déversée comme de l’huile sur le feu.
Le 5 avril, rapporte Reuters, il menaçait l’Iran de frappes contre des infrastructures telles que centrales électriques et ponts si le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert dans le délai fixé, affirmant : « Nous frapperons leurs infrastructures », promettant que « cela va être l’enfer ».
Ce qui frappe, ici, ne tient pas seulement à l’escalade, mais à la matière même de la phrase. L’AP a relevé, dans le même cycle de déclarations, un ultimatum accompagné d’une rhétorique de destruction assumée : « Ce sera rapide, et ce sera dévastateur. » Puis la démesure s’installe : « Ils n’ont jamais vu quelque chose comme ce qui arrive. »
La parole ne sert plus à signifier une position : elle s’impose comme un geste de domination. Et la rhétorique glisse alors vers l’invective, jusqu’à l’insulte ouverte.
« Mardi sera le jour des centrales électriques, et le jour des ponts, tout en un, en Iran. Il n’y aura rien de comparable !!! Ouvrez ce putain de détroit, bande de tarés, ou vous vivrez en enfer — regardez bien ! »
« REGARDEZ BIEN ! Loué soit Allah », écrivait le POTUS sur son réseau social Truth Social.
Dans cette dérive, la question littéraire surgit presque naturellement. Reuters note encore que Trump a évoqué l’idée de « faire sauter tout le pays » si ses exigences n’étaient pas satisfaites. L’hyperbole cesse d’être une figure de style : elle devient une manière d’habiter le langage. La menace ne constitue plus un outil diplomatique, mais un mode d’expression à part entière. Or un style, surtout lorsqu’il émane d’un chef d’État, engage une vision du réel, une relation à la limite et à la responsabilité.
À LIRE - Mort d'Alex Pretti, victime de “la gestapo américaine” (Stephen King)
À ce stade, la question n’est plus seulement politique et la sortie récente de Stephen King, 24 heures avant les dérives trumpiennes, prend tout son relief. Sur X, l’auteur écrit : « Trump est si idiot qu’il dépasse toute description, même pour le type qui a écrit Simetierre et Misery. Je n’ai même plus les mots. »
La formule n’a rien d’un simple accès d’humeur. Elle s’inscrit dans une continuité. Stephen King a, à plusieurs reprises, désigné Donald Trump comme un dirigeant intellectuellement déficient. L’auteur écrivait déjà en 2025, à propos de la relation avec Vladimir Poutine : « Poutine a pris Trump pour un idiot. »
Dans de précédentes interventions, il jugeait qu’il était « difficile de croire qu’il y ait jamais eu un dirigeant aussi stupide », ou encore que Trump savait lui-même être « un incompétent ». Et dès 2019, il reconnaissait que le POTUS était « plus effrayant » que ses propres romans.
À force de dépasser la fiction, le réel finirait par la rendre inutile. Parce que la dépasser, voilà longtemps que c'est fait...
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Nicolas Gary
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16 Commentaires
Bri
06/04/2026 à 21:53
Stephen king a raison
Il a invente greg stilson mais trump est pire. La realite depasse la fiction. Le malheur c est qu elle fait de vrais malheurs.
Lyo
06/04/2026 à 23:33
C'est tristement vrai. Bon après, c'est jamais les plus intelligents qui sont aux pouvoirs... A part en Iran apparemment. Le porte parole des forces armées iraniennes Ebrahim Zolfaqari a une licence et un master en mathématiques, un doctorat en philosophie occidentale (traduction : il connaît très bien l'ennemi), et il parle 4 langues.
Même s'il venait à mourir, on voit que l'Iran ne se base pas sur un seul leader. Alors beaucoup diront une l'enseignement universitaire c'est pas la vraie vie, que c'est une bulle. Peut-être, oui en France mais je ne sais pas comment ils enseignent en France.
Quand je vois Trump, je me dis... S'il veut s'en sortir il doit trouver quelqu'un de la même trempe que les Iraniens mais dans son gouvernement il n'y a que des anciens drogués/alcooliques.
Je ne sais pas quelle sera l'issue de cette guerre, parfois les gens stupides réussissent mieux que les gens intelligents et Trump a une puissance économique infinie derrière lui. Le fait est qu'il reste vraiment idiot, stupide et inculte. La seule raison pour laquelle il a réussi, c'est parce qu'il vient d'une famille riche. C'est bien le gros souci du système actuel.
Red McFarlane
07/04/2026 à 06:50
Je pense que nous avons dépassé le stade des qualifications psychologiques avec quelqu'un comme Trump. Cet homme est profondément malade et n'a plus aucun sens de la réalité. Homme habitué depuis longtemps aux caméras de Télé, Trump vit dans un monde complètement différent de celui où vivent les hommes et le femmes 'ordinaires'. Si l'on est vraiment attentif à sa manière de parler, à ce qu'il dit qu'il veut faire, on se rend très vite compte que cet homme vit en permanence dans une forme particulière de Métaverse où il n'y a que des avatars (virtuels) des choses et des vivants dont, en tant que président des États-Unis, il a la charge. C'est ainsi que le jour même où l'un de ses décrets a provoqué la mort de centaines de personnes, non seulement il n'a aucun mot pour déplorer ce qui s'est passé (toujours 'malencontreusement' lorsqu'il appert qu'il y a eu crime de guerre), mais une occasion pour lui de parler de la salle de bal qu'il est en train de construire à la Maison Blanche. Une analyse de ses mails dans Truth Social et les déclarations qu'il a faite ce soir ( 6 Avril 2026) sur ce qu'il compte faire en Iran si le détroit d'Hormuz n'est pas réouvert dès demain-huit-heure tapante, montre qu'il manque plus qu'un grain dans la tête de cet homme. L'une des associations de psychiatres américaine avait déjà diagnostiqué l'emprise qu'un narcissisme virulent affectant l'esprit de cet homme; or cela ne peut être réduit à l'idiotie du bonhomme. Trump est dominé par un syndrome bien repéré par les analystes et les historiens : celui des hommes qui ne se 'sentent' plus (de limite) et qui prennent le monde et les hommes qui l'habitent pour un jeu de Go mental. La question qui se pose alors est la suivante: quels moyens faut-il mobiliser pour ne pas perdre le sens des réalités et continuer à pouvoir penser de manière critique? Quelles forces mobiliser pour faire barrage à ce qui chaque jour vient remettre en question pas à pas et par petits coups (de pub, de bombes, de renvois arbitraires ou d'arrestations illégales) les principes de base de la démocratie et des libertés.
Marie
07/04/2026 à 08:14
Nul besoin de King - merci cependant- pour qualifier le canard yankee qui jacte sans visiblement se comprendre lui-même: "l'âge de pierre" dont il menace l'Iran, c'est l'état hébreu actuel qui a" rétabli" la peine de mort pour les Palestiniens.
Rose
07/04/2026 à 09:00
S.K a bien raison, si ce n'était pas si dramatique pour tous ces morts dont des enfants, ce serait grotesque. En plus, quand on lit la presse internationale en recoupant les infos, les mensonges de ce trump sont effarants. Ce dernier est peut-être en mauvaise santé.
Des gars ont dit pour le Détroit d'Ormuz "On a perdu les clefs".
jrl
07/04/2026 à 11:27
King me déçoit. Il est victime du TDS.
L'Histoire retiendra Trump comme l'un des plus grands présidents des Etats-Unis.
Jeff
08/04/2026 à 14:38
Vive l'humour au troisième degré !
Un observateur
08/04/2026 à 19:53
Après Pluto tout de même.
J.Cutler
08/04/2026 à 20:34
Donc vous connaissez sa taille et celle de ses prédécesseurs?
Anjo
07/04/2026 à 15:45
En cours de philo on nous avait fait réfléchir au fait que le droit de vote, un des piliers de la démocratie, avait la conséquence suivante: pas de hiérarchie ni de coefficient. Equivalence absolue entre le vote du malade mental et celui au QI le plus élevé. D'accord avec Red M. Et pendant le mandat de qui n'a rien à envier au nazi de la dernière guerre, les morts s'amoncellent devant notre impuissance...A mettre dans le même sac le prédateur hébreu.
Red McFarlane
09/04/2026 à 22:51
Cela fait bien une quarantaine d'années que Netanyahu s'essayait à convaincre les présidents américains de l'aider à annihiler les capacités militaires de l'Iran. Tous ceux qui ont précédé D.Trump ont dit "Niet"! Bush #1, Carter, Clinton, Bush#2, Obama, Biden! Aucun d'entre eux n'a cédé aux trompettes de la renommée que Netanyahu leur prédisait qu'elles sonneraient pour eux s'ils s'alliaient à la grande entreprise d'annihilation de tous les ennemis des vrais peuples élus. Il a fallu attendre D.J. Trump qui a cru que son temps était. venu de se transformer en Empereur. PS: ce qui est marginalement marrant, c'est que Trump à ses "Trumpettes". Voir Wikipedia à "Trumpettes" : "The Trumpettes were established in 2015 to support Trump in his 2016 presidential campaign.[1] The Trumpettes USA were founded by Toni Holt Kramer".
Last but not least: Merci Anjo de rappeler que la démocratie est bien mise en danger par ces deux stooges de la politique que sont D>J Trump et Netanyahu.
Yes-comment
08/04/2026 à 06:43
Vient un jour où l’auteur, prolifique, stakhanoviste des mots, livre un tweet de trop…. Temps de lui dire tristement : no King…
Un observateur
11/04/2026 à 15:13
Merci de votre intervention. Sinon un conseil pour faire cuire la dinde?
Yes-comment
13/04/2026 à 09:29
Naturellement avec grand plaisir : consultez son compagnon le dindon. Il a -en commun avec vous- le goût de la farce.
Diane de Bougival
08/04/2026 à 20:06
Bush junior était tellement spirituel et artiste avec ça, l'Amérique qu'on aime aimer.
erik nulleau
10/04/2026 à 18:38
Tout à fait chère Diane je vous rejoins là-dessus Bush junior incarnait à lui seul un instantané ludique de la grandeur étasunienne je disais l'autre pas plus tard que l'autre jour à mon éditeur que je salue au passage, je lui notifiais lors d'un diner de travail que mon estime envers l'ogre us caracolait encore plus que jadis dans mon cœur, interdit, il resta devant son flan caramel aux crustacés du sud-ouest.