Un robot remet des livres aux lecteurs pendant qu’un camion autonome en assure la livraison : l’image pourrait relever de la fiction, elle documente pourtant un usage bien réel en Chine. Au moment où la science-fiction chinoise franchit 126,1 milliards de yuans de revenus, cette scène de bibliothèque montre comment un imaginaire éditorial et industriel déborde déjà les œuvres pour s’inscrire dans les services du quotidien.
Le 06/04/2026 à 09:08 par Nicolas Gary
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06/04/2026 à 09:08
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À Xiong’an, dans le Hebei, l’image semble sortie d’un roman d’anticipation : un robot remet des ouvrages à un usager pendant qu’un camion sans conducteur en assure l’acheminement. Documentée par Xinhua, la scène ne relève pourtant pas d’une démonstration isolée. Elle s’inscrit dans une ville conçue comme terrain d’essai d’usages automatisés, à environ une heure de Pékin.
Dans ce reportage, on découvre un enfant interagissant avec une machine dans une bibliothèque, un robot de distribution et un véhicule autonome chargé des exemplaires. L’agence rappelle que la nouvelle zone de Xiong’an, créée en 2017 pour accompagner le développement coordonné de l’axe Pékin-Tianjin-Hebei, a fait de l’innovation appliquée un principe d’aménagement.
La bibliothèque n’y figure plus comme un lieu à part, mais comme un espace où l’automatisation s’insère dans la circulation des livres. Et le détail dépasse l’anecdote. Voir un volume rejoindre son lecteur par l’intermédiaire d’un robot puis d’un camion autonome matérialise, à l’échelle d’un service public, des imaginaires longtemps cantonnés aux récits spéculatifs.

Dans ce cadre, la science-fiction cesse d’être seulement un genre : elle devient aussi un langage d’infrastructures, de mobilité et d’interfaces. Le déplacement vaut d’autant plus qu’il touche un établissement associé, par définition, à la permanence de l’écrit.
La coïncidence de calendrier renforce ce constat. Trois jours avant la publication de ces images, China Daily rapportait que les revenus de l’industrie chinoise de la science-fiction avaient atteint 126,1 milliards de yuans en 2025 (près de 16 millilards €), un record en hausse de 15,7 % sur un an. Le quotidien précise que le seuil des 100 milliards est franchi pour la troisième année consécutive, d’après le China Science Fiction Industry Report 2026, présenté à Pékin lors de la China Science Fiction Convention.
Ce total ne concerne pas les seuls éditeurs. Le rapport couvre cinq ensembles : littérature, cinéma et télévision, jeu vidéo, produits dérivés et tourisme thématique. Mais l’écrit n’y joue pas un rôle secondaire : les publications de science-fiction — livres, magazines et littérature en ligne — ont généré 5,19 milliards de yuans en 2025, avec une huitième année consécutive de progression. La seule littérature en ligne de ce registre atteint 3,73 milliards de yuans.
Le reste du tableau décrit un ensemble articulé autour des propriétés intellectuelles. Ainsi, l’audiovisuel a représenté 8,16 milliards de yuans, tandis que le jeu vidéo concentre 77,91 milliards. Le South China Morning Post observe en outre une hausse de 203,3 % des recherches liées à la science-fiction sur internet, indice d’une visibilité culturelle qui déborde le noyau des lecteurs spécialisés.
Dans cette perspective, le camion autonome de Xiong’an change de statut : entre le livre transporté par machine et les milliards brassés par les fictions d’anticipation, une continuité se dessine. À Xiong’an, d’après Xinhua, « la technologie n’est pas un concept abstrait » et prend forme dans des « scènes perceptibles de vie intelligente ».
Quand un ouvrage circule par véhicule autonome, la science-fiction n’alimente plus seulement un catalogue ou une franchise : elle fournit déjà, par fragments très concrets, un horizon d’organisation du quotidien.
Crédits photos : Xinhua
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
1 Commentaire
delewiel
09/04/2026 à 15:38
Je ne peux pas m'empêcher d'être à la fois fascinée et en même temps terrifiée par ces avancées.