Sur le sentier des cinq montagnes

Xavier Bordes

Avec Sur le sentier des Cinq Montagnes, Xavier Bordes compose moins un simple recueil qu’un exercice spirituel tenu par la sensation, le paysage et le doute. Le livre avance par notations, paraboles et scènes brèves, dans une Chine et un Japon d’élection où le bol, le bâton, le jardin, le thé, le pin, le bonzaï ou la montagne deviennent des instruments de pensée. Rien d’abstrait pourtant : la méditation passe toujours par la matière, le geste, le climat, la fatigue du corps.

La théorie du livre tient dans ce refus des systèmes. « Faire le vide en soi, disent les livres. Laissons les livres. » Bordes ne méprise pas les maîtres : il déplace leur autorité vers l’expérience.

Le vrai savoir n’est ni thèse ni doctrine, mais attention juste, disponibilité à ce qui échappe, consentement à l’insaisissable. « L’essentiel est qu’elle reste insaisissable. Ne la veuille pas, ton vouloir l’éloignerait encore. » Le recueil développe ainsi une pensée du dépouillement, de la contradiction acceptée, de la non-maîtrise, qui préfère la relation au monde à toute conquête du sens.

Cette orientation s’éclaire encore dans les poèmes consacrés aux arbres miniatures, au potier, au jardin ou à la calligraphie. L’auteur y défend une ascèse active : accompagner une forme sans la violenter, corriger sans posséder, guider sans dominer.

« Mes arbres et moi-même n’avons d’autre souhait que de trouver la Voie et, selon la parole de Tchouang Tseu, d’habiter pour unique demeure le Tao et sa vertu. Si je soigne mes arbres constamment, c’est dans l’harmonieux devenir qu’ils ont, un œil attentif le discerne, constamment choisi, mais n’avaient aucune chance d’accomplir seuls. » Toute la pensée tient en cet accord entre discipline et liberté, travail et effacement.

La force du livre vient de cette alliance entre netteté méditative et sensualité concrète. Sa limite aussi : à force d’épure, certains poèmes frôlent parfois la leçon, et l’unité de ton lisse par endroits l’accident. Mais cette retenue fait sa tenue. Bordes écrit contre l’emphase, avec une patience de marcheur. Son livre propose moins une sagesse décorative qu’une éthique du regard, où l’ordinaire devient l’épreuve décisive.

 
 

 

Une michronique de
Victor De Sepausy

Publiée le
03/04/2026 à 08:30

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Sur le sentier des cinq montagnes

Xavier Bordes

Paru le 26/02/2026

136 pages

Editions Gallimard

18,00 €