Jean Dupuis doit se retourner dans sa tombe… Spirou a franchi le pas : une bande dessinée entièrement conçue par intelligence artificielle, sans auteur ni dessinateur, « à faible coût et haute rentabilité ». De quoi faire grincer quelques dents...
Le 01/04/2026 à 06:00 par Clotilde Martin
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Publié le :
01/04/2026 à 06:00
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Car enfin, Spirou, c’est une histoire. Celle d’un journal qui, depuis 1938, a vu naître des figures majeures de la bande dessinée : Gaston Lagaffe, Lucky Luke, Spirou et Fantasio, les Schtroumpfs, Boule et Bill… Un vivier d’auteurs, de styles, d’imaginaires. Alors comment un tel emblème aurait-il pu céder à une logique industrielle où l’artiste disparaît ?
Dans son numéro 4590, intitulé Spirou – Prismes : à fond l’aventure !, une nouvelle héroïne fait son apparition : Carmina. Un univers médiéval fantastique, une destinée toute tracée… et une jeune femme décidée à s’en affranchir. Particularité de cette série : elle aurait été entièrement conçue par LINDA1.0, une intelligence artificielle développée par Dupuis.
Mais très vite, le vernis craque. Récit appauvri, manque d’inspiration, incohérences visuelles, faux raccords… Jusqu’à ces détails qui reviennent, comme un personnage affublé de six doigts. Même Spirou n’y échappe pas.
Le projet, en réalité... est un poisson d'avril. Et un prétexte.
Derrière cette proposition volontairement bancale, une expérience : Olivier Bocquet, accompagné de Noë Monin, s’est prêté à l’exercice consistant à produire une bande dessinée « à la manière » d’une IA.
Une contrainte loin d’être anodine. « Le plus difficile était de rester crédible », confie l’auteur. Car l’intelligence artificielle excelle dans l’instant, mais peine à tenir sur la durée : « Elle peut produire un texte cohérent sur quelques paragraphes, elle peut créer une image bluffante, mais elle est encore incapable de rester cohérente sur la distance », avant d'ajouter : « L'IA est une sprinteuse, pas une coureuse ».

Derrière l’ironie, la démonstration est limpide : que deviendrait la création si elle se réduisait à une logique d’optimisation ? Et surtout, sur quoi repose réellement cette « inspiration » algorithmique ? L’IA n’invente pas : elle puise, assemble, transforme. Au risque, parfois, de s’approprier sans le dire. « Elle ferait bien plus que s’inspirer du travail d’auteurs en chair et en os : elle les pillerait. »
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Auteurs, dessinateurs, graphistes, monteurs, comédiens… aucun métier créatif n’échappe aujourd’hui à ces interrogations. Spirou ne tranche pas, mais met les pieds dans le plat.
Qu’on se rassure toutefois : ni Prismes, ni LINDA1.0 n’existent. Et il y a peu de chances que ce soit le cas un jour dans les pages du journal, enfin on espère... « Le canular, l’humour et les pieds dans le plat c'est bien dans l'ADN de Spirou non ? Et c'est comme ça depuis 1938. »
Crédit image : ActuaLitté / CC BY-SA 2.0
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Par Clotilde Martin
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3 Commentaires
M. Y
01/04/2026 à 13:34
Pour critiquer l'IA, des artistes humains ont donc créé une BD (ou un morceau de BD ?) volontairement bancale en lui donnant les caractéristiques qui, d'après eux, sont celles d'un travail par IA ? Je ne vois pas bien l'intérêt de la démarche, ça ne dit rien de réel sur l'IA, mais seulement sur la perception que les artistes en ont. :o
belhou
06/04/2026 à 18:55
vous devriez lire le numéro car le discours des différents auteurs mobilisés est beaucoup plus nuancé que ça
Alain Stanté
02/04/2026 à 10:45
"L’intelligence artificielle excelle dans l’instant, mais peine à tenir sur la durée"... Pour l'instant.