À la Biennale de Venise 2026, qui se tiendra du 9 mai au 22 novembre prochain, le Pavillon français confié à Yto Barrada ne se limite pas à une installation immersive. Avec Comme Saturne, l’artiste propose un projet où le livre occupe une place structurante, pensé non comme un simple catalogue d’exposition, mais comme une extension active du travail artistique.
Le 25/03/2026 à 17:14 par Hocine Bouhadjera
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25/03/2026 à 17:14
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Publié à l’été 2026 par JRP|Editions, l’ouvrage accompagne le projet présenté à Venise, tout en s’en démarquant. Plus qu’un catalogue classique, il se présente comme un espace de circulation entre images, textes et références. Le livre ne cherche pas à livrer une interprétation définitive de l’exposition, mais à en prolonger les pistes, les détours et les zones d’incertitude, dans la continuité du travail d'Yto Barrada.
Le livre s’ouvre sur un glossaire du textile qui en donne le ton. Loin d’un simple outil pédagogique, il insiste sur les glissements de sens de termes comme « dévoré » ou « lacune », annonçant un rapport souple au langage. Cette logique se retrouve dans l’ensemble de l’ouvrage : les images occupent le centre, tandis que textes et notes se déploient en marge, sans imposer de lecture unique.
Le volume fonctionne ainsi par montage, mêlant œuvres, archives et références dans une structure non linéaire. À la manière d’une encyclopédie ouverte, il privilégie les associations et les circulations plutôt qu’un discours organisé. Cette approche fait écho au travail de Yto Barrada sur le textile, notamment la technique du « dévoré », qui transforme la matière pour en révéler de nouvelles formes.
Le projet éditorial rassemble plusieurs contributions, dont celles de la commissaire Myriam Ben Salah, de l’anthropologue Arnaud Dubois ou encore de l’écrivain oulipien Marcel Bénabou.
Yto Barrada, née à Paris en 1971, vit et travaille entre New York et Tanger. Artiste pluridisciplinaire, elle explore les phénomènes culturels et les récits historiques à travers installations, films, photographies et publications. Son travail mêle approche documentaire et dimension poétique, en s’appuyant sur archives, récits oraux et mémoires vernaculaires. Elle interroge ainsi les constructions de l’histoire officielle.
Ses œuvres sont exposées dans de grandes institutions internationales, du MoMA au Centre Pompidou. Au Maroc, elle a cofondé la Cinémathèque de Tanger et The Mothership, un lieu dédié aux plantes tinctoriales. Lauréate de nombreux prix, elle est aujourd’hui représentée par plusieurs galeries internationales.
Si le livre constitue un élément central du projet, il s’inscrit dans un dispositif plus large. Le Pavillon français, récemment rénové, accueille une installation immersive structurée en plusieurs espaces - salle des plis, salle de travail, salle du « dévoré » - qui prolongent les recherches menées dans l’ouvrage.
Le parcours s’appuie sur la figure de Saturne, associée au temps, à la transformation et à la destruction, pour interroger des tensions contemporaines entre mémoire et disparition, production et usure. Le visiteur est invité à circuler librement dans cet environnement, où tissus, motifs et dispositifs visuels évoluent, brouillant les repères et les hiérarchies habituelles.
Au-delà du Pavillon, le projet se déploie dans un programme de “résonances” internationales, avec des événements organisés notamment à New Delhi, Londres, Paris et Tanger. Expositions, projections et rencontres prolongent les axes du projet dans d’autres contextes culturels, en lien avec des institutions partenaires.
Cette circulation s’accompagne d’une attention portée aux conditions de production. La rénovation du Pavillon français s’inscrit dans une démarche de réduction de l’empreinte carbone, avec des objectifs dépassés, et une réflexion plus large sur la fabrication des expositions à l’ère des contraintes environnementales.
Crédits photo : Yto Barrada et Myriam Ben Salah, Atelier à Paris, 2026 © Institut français - Benoît Peverelli
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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