Il y a, dans certaines maisons de fiction, une manière d’ouvrir la porte qui ressemble déjà à un piège. Avec Eversand, Victor Dixen convoque l’Amérique des dynasties, le gothique des grandes demeures et l’économie très concrète de la survie sociale. Sous les fleurs trop vives et les politesses de palace, le roman installe un territoire clos, sensuel et inquiétant, où chaque faveur semble présentée comme une dette, et chaque dette comme un serment.
Le 25/03/2026 à 13:36 par Nicolas Gary
0 Réactions | 174 Partages
Publié le :
25/03/2026 à 13:36
0
Commentaires
174
Partages
Il faut un sacré aplomb pour ouvrir un roman par une jeune femme assiégée par des mouches, dans une chambre de bonne, au sommet d’un manoir qui semble respirer comme une bête. Victor Dixen choisit l’attaque frontale. D’emblée, Eversand Hall se donne moins comme un décor que comme un organisme hostile, presque liturgique, où le gothique flirte avec l’empoisonnement moral.
« Les fleurs maléfiques d’Eversand Hall poussent sur un terreau de sable et de sang. J’ai longtemps été fascinée par leur étrange beauté qui défie les saisons. » Ce seuil fait plus qu’installer une ambiance : il fixe la promesse du livre, celle d’un lieu luxuriant dont la splendeur repose sur une corruption profonde.
Trois générations plus tard, le roman passe à la première personne et suit Birdie Baker, jeune Américaine précarisée, chassée de New York après une accusation qui a brisé son parcours universitaire. Une petite annonce pour devenir la suivante francophone d’une très vieille dame la conduit sur une presqu’île inaccessible, reliée au continent par une chaussée que la mer recouvre.
« La mer recouvre régulièrement la route. Cette chaussée submersible disparaît la moitié du temps, lorsque la marée monte. » Le détail vaut symbole : Birdie entre dans un monde clos, régi par ses propres lois, où l’on franchit une frontière plus qu’on ne rejoint une maison.
La grande réussite du livre tient à cette progression spatiale qui devient aussitôt progression narrative. À mesure que Birdie s’enfonce dans Eversand, l’hiver recule, les bourgeons éclatent, la nature se dérègle et l’hospitalité se charge de menace. « Il est difficile de venir ici, comme vous avez pu le constater. Et les habitants tiennent à leur tranquillité plus que tout. »
Chez Dixen, le secret n’est pas un supplément d’intrigue : il constitue l’architecture même du récit. La grille, la forêt, les serviteurs hiérarchisés, les commandements domestiques, la circulation des messages dans les murs, tout concourt à faire du domaine une machine à isoler, observer et absorber.
Birdie fonctionne alors comme un excellent point d’entrée. Elle n’a ni le prestige social ni les clés symboliques pour comprendre ce qu’elle voit ; elle avance à l’intuition, par curiosité, par nécessité matérielle, parfois par mensonge. Cette fragilité sociale donne au roman sa nervosité la plus concrète. Face à elle, Bellamira Rosemore échappe heureusement au simple emploi de vieille excentrique.
La relation entre les deux femmes gagne en relief dès que s’y glisse la langue française, à la fois code d’intimité et théâtre de domination feutrée. « Je suis hongroise. J’ai appris le français en mes tendres années, comme toute jeune fille de bonne famille. » En deux phrases, Dixen dessine une aristocratie survivante, cosmopolite, et déjà légèrement spectrale.
Le roman tient aussi par ses interactions. Gareth impose d’abord une froideur de cerbère ; Mrs Glood administre la maison comme une caserne ; Boone garde le seuil comme un poste-frontière ; Ronan, enfin, introduit la secousse charnelle et tragique.
Le personnage évite la simple figure du mauvais garçon grâce à la violence inscrite sur son corps et à l’épaisseur de son passé. « Je suis le seul qui vient sur cette tombe, me confie-t-il d’une voix douce-amère. Le seul qui se souvient de son existence. » Cette mémoire funéraire donne au livre une profondeur mélodramatique bienvenue : derrière le romanesque flamboyant, Dixen n’oublie pas que les dynasties prospèrent sur des effacements.
Le défaut du roman naît d’ailleurs de sa qualité principale. À force d’accumuler signes, anomalies, présages et dispositifs, il arrive que la mécanique du mystère se voie un peu trop. Certains dialogues explicatifs soulignent plus qu’ils ne suggèrent, et la distribution des rôles secondaires paraît par moments très typée.
Mais cette légère surcharge s’accorde aussi au projet : Eversand relève du feuilleton gothique assumé, du conte vénéneux, de la saga familiale qui préfère l’excès maîtrisé à la fadeur psychologique. Le résultat est un texte fortement visuel, sensuel, traversé d’odeurs, de matières, de seuils et de voix.
Sans dévoiler ses derniers mouvements, on peut dire que La Suivante réussit ce qu’elle annonce : faire d’une embauche de détresse l’entrée dans une serre empoisonnée où classe, désir, filiation et emprise se mêlent. Le roman avance avec une vraie science du verrou et de l’entrebâillement. Il ouvre assez pour captiver, referme assez pour inquiéter, et laisse derrière lui cette impression rare d’avoir visité un lieu fictif dont on retient aussitôt le climat, la topographie et la morsure.
Le recrutement débutera ce 2 avril. Les tomes 1 à 4 sortiront d’ailleurs le même jour.
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 02/04/2026
368 pages
Robert Laffont
14,90 €
Paru le 02/04/2026
336 pages
Robert Laffont
14,90 €
Paru le 13/05/2026
33 pages
Robert Laffont
14,90 €
Paru le 11/06/2026
480 pages
Robert Laffont
14,90 €
Plus d'articles sur le même thème
Dans l’Utah, l’apparition d’arbres rouges luminescents fait vaciller l’ordre du monde. Marie-Lorna Vaconsin transforme ce surgissement végétal en roman d’anticipation politique, où se croisent traumatisme, emprise sectaire, enfance défigurée et espoir d’une riposte du vivant. Une fiction dense et âpre, qui fait de la forêt un révélateur de toutes les violences humaines.
17/04/2026, 11:43
Avec Ravagés de splendeur, Guillaume Lebrun ne ressuscite pas seulement Héliogabale : il fait de son règne une scène de confrontation entre les corps, les croyances et le pouvoir. Porté par trois voix qui s’entrecroisent, le roman transforme la Rome antique en territoire de désir, de violence et de bascule politique, avec une langue qui éblouit autant qu’elle déborde.
16/04/2026, 12:56
L’eau n’est plus, dans cet essai, une simple question d’environnement. Simon Porcher en fait le point de rencontre des crises contemporaines : climat, agriculture, santé, énergie, inégalités, démocratie. En retraçant la longue histoire de sa maîtrise et de ses conflits, il montre comment une ressource tenue pour acquise devient le révélateur brutal de nos impasses collectives.
16/04/2026, 12:55
Une rupture, un été forcé en Cornouailles, une librairie au bord du désordre : Gracie Page fait d’un scénario de romance une histoire de déplacement social et intime. Avec Anna, brillante élève soudain déclassée, le roman observe comment un lieu, une communauté et le travail quotidien autour des livres déplacent les ambitions, réordonnent les affects et fissurent le mythe du parcours parfait, sans renoncer aux séductions du romanesque sentimental.
14/04/2026, 10:35
Dans son dernier ouvrage, Fantômes et Giboulées, Catherine Dufour s'éloigne des sentiers battus pour livrer une chronique sociale mâtinée de fantastique. À travers le portrait de Camille, gérante d'un refuge pour femmes victimes de violences, l'autrice explore les thèmes de la précarité et de la mémoire hantée des lieux. Entre enquête policière et réflexion philosophique, ce livre décortique avec une ironie mordante les mécanismes de l'invisibilité.
14/04/2026, 10:33
Longtemps resté inédit en France, Sentiers escarpés de John Muir paraît enfin aux éditions Arthaud. Véritable bible du nature writing, ce recueil retrace les pérégrinations du célèbre naturaliste à travers l’Ouest américain, de la Sierra Nevada au Grand Canyon. Entre observations scientifiques rigoureuses et envolées lyriques mystiques, Muir jette les bases de l’écologie moderne et de la protection des espaces sauvages dans un récit vibrant.
14/04/2026, 10:32
Un pape agressé, des élus morts dans des circonstances troubles, un service marginal d’Interpol lancé sur des pistes que personne ne veut vraiment relier : Bureau 26 d’Elie Maucourant combine thriller politique, noirceur sociale et faille intime. Porté par un narrateur cabossé, le roman tient par sa tension, son décor institutionnel et sa violence très concrète.
10/04/2026, 12:02
Ni manuel de sagesse ni variation mélancolique sur le temps qui passe, L’âge expérimental examine la vieillesse comme une terre neuve. Erri De Luca y interroge le corps, la mémoire, la liberté et l’amour, tandis qu’Inès de la Fressange introduit la question du style et du regard social. Un livre sec, dense, qui refuse le déclin et cherche dans l’âge avancé une dernière conquête.
09/04/2026, 11:56
Avec Devenir soi, Nicky Doll retrace un parcours d’émancipation où l’enfance, l’exil, la honte sociale, la scène drag et la conquête d’une voix propre s’enchaînent sans folklore inutile. Entre récit personnel, réflexion sur les normes et adresse à la jeunesse queer, le livre montre comment une identité se construit par déplacements, chocs, essais et reprises de pouvoir sur soi.
07/04/2026, 16:36
Dans Fearful, Lauren Roberts (trad. Marie Demay) déplace son univers en une zone plus sombre et mélancolique. En donnant la parole à une Mort ironique, solitaire et curieuse des vivants, elle bâtit un roman où la fantasy romantique se charge d’enjeux politiques et intimes. Pouvoir empoisonné, héritage corrompu : le livre séduit par sa voix singulière, malgré quelques effets de style trop appuyés.
07/04/2026, 15:23
Roman d’exil, de désir et de culpabilité, La prochaine fois que je te vois, je te tue (trad. Christilla Vasserot) avance au bord du gouffre avec une voix qui mêle sarcasme, panique et tendresse vénéneuse. Paulina Flores suit une narratrice chilienne à Barcelone, prise entre une histoire d’amour toxique, une amie décidée à mourir et une conscience qui transforme chaque détail en scène de crise. Une fiction nerveuse, drôle et profondément instable, qui sonde aussi l’épreuve de la solitude.
07/04/2026, 15:02
Avec Seul en mer, Richard J. King ne raconte pas seulement des traversées en solitaire : il remonte aux ressorts intimes, politiques et littéraires de ces départs vers le large. De Joshua Slocum à Ann Davison, son essai montre que l’océan ne sert pas de décor à l’exploit, mais de révélateur. Une histoire de la mer, de l’écriture et du face-à-face avec soi-même.
03/04/2026, 12:25
D’une plage d’enfance aux premiers réseaux sociaux, Catherine Prasifka suit la formation d’un regard qui ne cesse de se retourner contre soi. Celle que tu vois (trad. Laetitia Devaux) ne raconte pas seulement une jeunesse contemporaine : le roman ausculte la manière dont l’image modèle les souvenirs, déforme les liens et installe très tôt le besoin de corriger sa propre existence. Un texte nerveux, lucide, parfois cruel, sur l’impossibilité de coïncider avec soi.
03/04/2026, 06:30
Pour son deuxième opus, Jean-Baptiste Hanak propose le récit halluciné d’une tournée musicale. On y découvre la psychologie tortueuse de frères plus romantiques qu’il n’y paraît, et un visage méconnu du Japon. Par Aymeric Patricot.
02/04/2026, 13:36
Dans L’Aile droite (trad. Laure Hinckel), Mircea Cărtărescu plonge dans la Roumanie de 1989 par la porte étroite d’une cuisine, d’une mère et d’une ville en ruine. Entre pénurie, visions et mémoire filiale, le roman mêle l’histoire politique à une matière intime d’une densité rare. Une œuvre ample, parfois débordante, qui fait de Bucarest un paysage mental et de la survie quotidienne une expérience presque sacrée.
02/04/2026, 08:30
On se réveille parfois avec une gueule de bois qui sent le savon et la poussière des Pouilles. On croit lire un simple roman, et on se retrouve propulsé dans une Italie en plein boom, entre les effluves de talc de la Casa Rizzo et le vrombissement d’une Lambretta capricieuse. Francesca Giannone raconte plus qu'une histoire de famille avec À nous demain ; elle jette au visage le sel de la terre et le parfum des illusions perdues. C’est brut, c’est chaud, et ça gratte un peu sous la peau comme le sable du Salento.
01/04/2026, 13:15
Elle lit des romances comme d’autres apprennent à respirer, avec méthode, ferveur et une confiance presque militaire dans les promesses du genre. Puis le réel entre en scène, brutal, moqueur, imprévisible. Dans Romance Challenge (trad. Karin Forestier), Susan Lee envoie une héroïne bardée de références sentimentales au contact du campus, des réseaux et du vertige amoureux : le choc fait des étincelles.
01/04/2026, 11:22
Né d’un viol commis en plein carnaval, Bombus, le héros éponyme du dernier roman de Lenka Hornakova-Civade, à paraître en avril chez Alma Éditeurs, joue avec le temps, la nature, l’artifice, la fiction, la réalité — ce qui nous rend humains, complexes, insaisissables.
01/04/2026, 10:04
Sous le vernis attendri des récits sur la maternité, il y a d’ordinaire beaucoup de silence, quelques slogans et une montagne de faux-semblants. Peaux à peaux arrive avec les mains sales de réel et des couches pleines de non-dits. Mélanie Page ne berce personne : elle ouvre le corps, le couple, le désir d’enfant et la culpabilité comme on entrouvre une plaie pour vérifier ce qu’elle contient encore de vivant.
26/03/2026, 12:33
Dans les marges boueuses de l’Ouest américain, Kevin Barry installe un théâtre de la dérive où l’amour n’ouvre aucune porte. Entre hallucination et lucidité, Les Amours en fuite (trad. Karine Chichereau) dissèque l’illusion du départ, la fatigue des corps et l’impossibilité de se réinventer. Un roman dense, abrasif, où la langue elle-même semble lutter contre l’effondrement.
26/03/2026, 10:39
Oubliez vos GPS et vos certitudes de cadres sup’. Prenez-vous plutôt une décharge de poésie brute en pleine face avec le dernier Viscogliosi. On est loin de la BD de salon : c’est un road-movie cérébral où un mec à tête d’âne nous explique que s’égarer dans la Drôme est le seul moyen de rester lucide. C’est foutraque, c’est brillant, et ça sent l’encre fraîche et la liberté totale. Accrochez-vous, on part en dérive sans ceinture de sécurité.
26/03/2026, 10:38
Il y a, dans Les Ailes de la forêt, une promesse trompeuse : celle d’un roman d’aventure naturaliste, porté par la quête presque enfantine d’un collectionneur de papillons. Très vite, cette promesse se fissure. Ce que Jamy Gourmaud met en scène n’est pas une exploration, mais une extraction — du vivant, des hommes, des illusions. La forêt ne se contente pas d’entourer les personnages : elle les révèle, les trie, les use.
23/03/2026, 16:37
La célébrité adore se croire solide. Elle aime ses codes, ses angles, ses habitudes, ses gens pour ouvrir les portes avant même qu’elle tende la main. Puis un matin, tout décroche. Plus de reconnaissance, plus de visage social, plus de privilège visible. Il reste quoi ? Un corps, un nom déplacé, une panique très concrète, et cette vieille vérité qu’on préfère d’ordinaire laisser dormir : il suffit d’un rien pour tomber de très haut.
23/03/2026, 13:17
Il suffit parfois de dix centimètres de neige en trop, d’un lycée qui tourne sur lui-même, d’un séminaire corporate au bord de la mer et d’un silence soudain chez les enfants pour que tout le décor craque. Christopher Bouix entre là-dedans sans chercher l’équilibre ni la bienséance. Il prend la France des règlements, des experts, des parents fatigués, des chefs à slides, et il la jette dans un blizzard où plus rien ne répond.
23/03/2026, 11:13
Les palaces adorent faire croire que rien n’y entre jamais de brutal : ni la boue, ni le manque, ni la politique, ni les morts du monde extérieur. Puis la guerre monte l’allée, dépose ses hommes dans le hall et réclame les clefs. C’est là que Hôtel Avallon commence vraiment : au point exact où le vernis tient encore, mais où tout, dessous, a déjà commencé à craquer.
23/03/2026, 11:12
Le Pèse-Dieu débarque les bottes pleines de boue, de cendre et de code. Ian Soliane n’ouvre pas une porte sur l’au-delà : il balance son lecteur dans une zone grise, saturée de deuil, de bugs et de souvenirs qui mordent encore. Au bout du chemin, un père marche après une morte. Et derrière cette poursuite, c’est toute notre époque qui clignote, froide, connectée, inconsolable.
20/03/2026, 13:01
Venise transpire ici moins le tourisme que la poudre, la peur et les arrière-salles où l’Europe se rêve encore gouvernable. Sous les ors, les cloches et les façades, Fabiano Massimi rouvre un instant où l’Histoire a tangué sans tomber. Le Pacte de Venise (trad. Renaud Temperini) avance dans cette valse politique, là où les dictateurs paradent, où les vaincus calculent, et où quelques hommes comprennent avant les autres que le siècle prépare sa catastrophe.
20/03/2026, 12:36
Dans une époque saturée de récits frelatés, de postures et de vérités en kit (ou en scrolls), Ivan Jablonka et Aurélie Barjonet proposent avec Écrire le réel un essai qui refuse la brume. Le tout avec la contribution d'Annie Ernaux, juste pour dire. Ce manifeste collectif rouvre une vieille ligne de front : celle où la littérature cesse d’orner le monde pour aller le contredire, l’ausculter, l’accuser — et parfois le prouver. Sortie le 25 mars.
19/03/2026, 17:12
Dans une chambre où le plafond devient planète et les nuits un territoire sans fin, tout se dérègle sans bruit. Messages anonymes, corps fatigué, amour sous tension : rien n’explose, tout s’érode. Avec Salut, tu vas bien ? (trad. Guillaume Deswarte) Martina Hefter capte ce moment précis où le réel glisse, où mentir devient une manière de tenir, et où la lucidité, loin de sauver, enferme davantage.
19/03/2026, 16:06
Small Town Sins (trad. Clément Baude) s'inscrit dans une tradition de récits où le mal est raconté sans fioritures : comment une ville entière l’absorbe, le recycle, le dissimule dans son quotidien. Sous les porches, dans les chambres vides, aux urgences, chacun tient debout comme il peut — et c’est précisément là que le livre mord.
19/03/2026, 15:46
Avancer à pas feutrés, félinement, et bondir pour attraper sa proie au cou... Panthères fait entrer le crime dans la chair : pluie froide, nicotine et les couloirs de palais de justice et la fatigue des vivants. Valentine Vendôme y lâche une héroïne sous tension dans un monde où la procédure tient lieu de rempart pendant que tout menace de céder.
18/03/2026, 16:42
Méandres d’une île : Port-Cros est un livre d’images méditerranéennes mais surtout, pourrait-on dire de silences… La photographe Rachele Cassetta, y déploie magistralement un regard d’une rare intensité, attentif aux variations les plus subtiles de la lumière, aux lignes secrètes du paysage, aux respirations invisibles de l’île… Port-Cros apparaît alors sous son objectif comme un monde à part, unique, à la fois fragile et souverain, offert dans sa nudité minérale et végétale.
18/03/2026, 09:15
Il y a des livres qui entrent par la porte. Celui-ci fracasse le plafond. Dragons fossilisés, lunes qui chutent, désir comme une embuscade, royaumes bâtis sur l’os : Sarah A. Parker ne demande aucune permission. Elle cogne, flambe, déborde. Sous les ors de la romantasy, When the Moon Hatched (trad. Laurence Le Charpentier) cache une machine plus noire, plus charnelle, plus politique, qui avance avec des griffes et laisse des marques.
17/03/2026, 10:57
On croyait la préhistoire rangée dans les vitrines, les fiches pédagogiques et les silhouettes de musée. Éloi Audoin-Rouzeau la rend à la boue, au souffle, au désir, à l’angoisse nue. Dans Le Dernier clan, il ne s’agit pas de reconstituer un décor ancien, mais de regarder un monde vivant sentir venir sa propre fin. Et cela change tout : le roman ne contemple pas le passé, il le fait trembler sous nos pieds.
17/03/2026, 10:56
On croyait ouvrir un roman d’anticipation, on entre dans une chambre froide où l’amour, l’administration et la mort signent les mêmes formulaires. Sous les pins, dans l’ombre des archives et des salles de classe, Scott Alexander Howard serre la gorge avec une idée simple et monstrueuse : un pouvoir tient d’autant mieux qu’il règle nos deuils. Et soudain, la douceur d’un violon suffit à faire vaciller tout l’édifice, jusque dans nos élans les plus intimes.
16/03/2026, 11:52
La Fin de la récré compte parmi ces ouvrages qui sentent la naphtaline des années 1970, le formica, la nicotine, les cafés de province et la peur de rater sa sortie. Luc Chomarat remonte cette matière inflammable sans nostalgie décorative : il fouille le désir, la classe, la maladie, les illusions politiques et la panne d’avenir. Au bout du scalpel, une jeunesse française cesse de poser, trébuche sur le réel, se cogne au siècle et recommence à saigner sous les néons.
16/03/2026, 11:09
Autres articles de la rubrique Livres
L’actualité à la lumière des livres. Des milliards de galaxies qui s’éloignent, un vieux débat américain ravivé par le Proche-Orient, une invasion britannique oubliée, le journal intime d’un grand diariste anglais et les mystères du microchimérisme : la sélection de la semaine traverse cosmologie, géopolitique, roman historique, édition et biologie.
18/04/2026, 10:13
Terre et ciel, de Jean-Luc Raharimanana, paraît aux Éditions Rivages le 6 mai 2026 et propose une réécriture contemporaine du mythe malgache d’Ibonia, en suivant le parcours d’un héros promis à une princesse qu’il devra reconquérir au terme d’un long voyage initiatique.
18/04/2026, 08:23
L'or de la vie - Dépasser mes peurs et mes limites, signé par Manon Apithy et publié chez Robert Laffont, paraît le 13 mai : la championne olympique de sabre y retrace son parcours et livre une réflexion personnelle sur la réussite, entre exigences sportives, fragilités et quête d’équilibre.
18/04/2026, 07:17
Paru le 16 avril 2026, Antonin Artaud et Jacques Latrémolière, la relation insolite entre un patient et son psychiatre (éd. L’Harmattan) s’inscrit dans la continuité du travail solide et exigeant que Patrick-Albert Pognant consacre à Artaud depuis plusieurs années. J’avais découvert cet auteur à travers son précédent ouvrage, Antonin Artaud, la mise en échec de la médecine, qui m’avait profondément marqué à l’époque où je rédigeais mon propre livre, Artaud le Martaud : asiles, drogue, électrochocs. Par Ilios Chailly.
17/04/2026, 16:41
Le commissaire Adamsberg est de retour : Fred Vargas signe un come-back remarqué, comme d'habitude, avec Une unique lueur (Flammarion), qui s’installe directement en tête du classement dès sa sortie, avec 38.110 exemplaires vendus pour cette nouvelle semaine (06/04 au 12/04).
17/04/2026, 11:48
Un livre qui offre une autre vision de l’École, débarrassée de ses fins utilitaristes et mise au service de la compréhension du monde. Un manuel qui offre des pistes aux enseignant·es pour maintenir une pratique d'exigence intellectuelle avec les élèves. Pour redonner du sens à l’École et au métier d'enseignant.
17/04/2026, 08:00
Et si l’histoire italienne se lisait dans une assiette de pâtes ? Federico Tavola mêle souvenirs siciliens, scènes de voyage, histoire du fascisme, folklore régional et mythologies culinaires pour défendre une thèse simple : en Italie, la cuisine tient lieu de langue commune. Un essai-mémoire ample et charnel, où la pasta devient à la fois affaire de goût, de transmission familiale, d’éducation sentimentale et de résistance politique.
16/04/2026, 14:26
Avec Les Plus Jeunes Années du monde, roman de Marie-Lorna Vaconsin à paraître chez Actes Sud le 13 mai, l’autrice imagine un monde troublé par un phénomène inexplicable où des chênes se mettent à émettre une lumière rouge, tandis que deux trajectoires solitaires cherchent à renouer avec les autres.
16/04/2026, 09:29
Avec Fantômes et giboulées, Catherine Dufour signe un nouveau roman publié chez Robert Laffont, à paraître le 7 mai, où une femme transforme un refuge pour victimes de violences en lieu d’accueil pour les morts, mêlant humour, littérature et surnaturel autour d’une question simple : peut-on vraiment cohabiter avec les fantômes sans en payer le prix ?
16/04/2026, 08:04
Lily est rédactrice de notices. Elle aime les modes d’emploi clairs, que les choses soient à leur place et les procédures efficaces. Un jour, elle découvre le développement personnel et un mantra : « Libérez-vous en éliminant les problèmes un à un ».
16/04/2026, 07:00
Trop souvent, les romans dits sociétaux parlent de la France périphérique, celle des banlieues éloignées où abondent les clichés des « pavillons jardins avec des trampolines ». Mais on parle peu de la France rurale et de ses combats au quotidien pour continuer à compter parmi les autres.
15/04/2026, 09:00
Le bien nommé Breyten Breytenbach a payé le prix de l'insoumission : un opposant à l’apartheid, un homme d’exil, un prisonnier politique, un écrivain interdit de séjour dans son propre pays. Il fut cet Afrikaner qui tourna le dos au confort tribal, fonda un mouvement clandestin, fut arrêté en 1975, condamné à neuf ans de prison, vingt-deux mois à l'isolement.
14/04/2026, 18:22
Pas facile pour Marlon, lycéen en terminale dans un trou paumé du Poitou, de porter le prénom d’un acteur américain, symbole de la virilité, quand on dessine des garçons nus et qu’on est amoureux de Samir, l’énigmatique et désirable pion du lycée.
14/04/2026, 14:35
Rescapé de la rentrée 2025, ce premier roman est un gros coup de cœur et une totale immersion dans la vie pluvieuse des éleveurs de moutons de Cumbrie. Du nature-writing comme on en fait trop rarement, du rural et du social à la Ken Loach.
14/04/2026, 09:00
Pensiez-vous qu’après trois tomes, Brioche et Tartine seraient à court d’idées… ou de bêtises ? Détrompez-vous ! Les voilà de retour, plus en forme que jamais, capables même de se lancer dans une partie de tennis — quitte à envoyer la balle droit dans un commissariat et à troquer la raquette contre une paire de baskets.
14/04/2026, 08:00
Des origines familiales au Pendjab aux luttes contre la guerre, Tariq Ali compose un livre de mémoire politique qui traverse 1943-2024 sans se réfugier dans la légende personnelle. Ces pages montrent comment une vie militante, littéraire et intellectuelle épouse les secousses du siècle : espionnage, révolutions, défaites de la gauche, triomphe néolibéral et refus constant des accommodements.
13/04/2026, 15:03
Avec La Sorcière rouge. Tome 1 : La dernière porte, Steve Orlando et Sara Pichelli relancent Wanda Maximoff par un geste fort : faire d’elle non plus une menace à contenir, mais un recours pour les êtres sans issue. Ce premier arc, nourri d’action, de magie et d’intime, replace la quasi-omnipotente Sorcière rouge (Scarlet Witch en VO) au centre d’un récit où la puissance féminine s’écrit du côté de la compassion et de la réparation.
13/04/2026, 11:21
Ce onzième livre de Marie-Hélène Lafon est exceptionnel (et nous l'avions déjà dit, mais cédons au plaisir de le répéter) : il est expérimental à l’image de son titre elliptique. Le livre, construit par ellipses, laisse la possibilité au lecteur de s’y mirer totalement, de se faire ses propres fictions. De laisser son imaginaire vagabonder sans jamais s’épuiser.
13/04/2026, 07:00
« Le personnage qui dit “je” dans ce livre, souhaiterait garder quelque mystère. » La première phrase de cet vrai-faux roman Faux-passeports (1937), qui se compose en fait de cinq nouvelles reliées entre elles par un même narrateur, pose d’emblée la véritable nature de ce livre, un savant mélange d’autobiographie, de romanesque et d’essai sur ce qu’est l’engagement pour une cause. Par Carl Aderhold.
12/04/2026, 09:55
Terre de lumière et de contrastes, la Haute Provence mêle les parfums du sud et la rudesse des montagnes. Ici, les lavandes se mêlent aux genêts, les aigles planent au-dessus des crêtes et les torrents creusent des gorges spectaculaires. À travers ce guide collectif à paraître le 16 avril, 24 balades invitent à explorer les paysages entre Verdon, Lure et Mercantour.
12/04/2026, 08:30
À travers ce guide collectif, à paraître le 16 avril, le lecteur est invité à parcourir 25 belles balades entre terre et mer. Des plages du Débarquement aux falaises du Cotentin, des marais du Bessin aux forêts de l’Orne, la Basse-Normandie révèle une nature d’une richesse insoupçonnée.
12/04/2026, 08:30
Des plaines du gave aux crêtes des Pyrénées, le Béarn déploie une nature aussi sauvage que généreuse. Ici, le promeneur n’est jamais bien loin d’un torrent, d’un sentier fleuri ou du vol d’un vautour. Il suffit de lever les yeux pour sentir la montagne respirer. À découvrir en librairie le 16 avril.
12/04/2026, 07:30
Terre de vent, de pierre et de lumière, le Pays Cathare dévoile ici toute la splendeur de ses paysages. Des gorges de la Frau aux étangs de la Narbonnaise, des crêtes de Quéribus aux vignes de Tuchan, des forêts de la Montagne Noire aux falaises de Bugarach, chaque itinéraire est une plongée dans l’histoire et la nature. À travers ce guide collectif, à paraître le 16 avril, 24 belles balades invitent à explorer des paysages entre citadelles et garrigues.
12/04/2026, 07:00
Entre sciences, histoire, société et fiction, la Booksletter de la semaine compose un panorama intellectuel dense, où chaque ouvrage éclaire une tension contemporaine. Du planétarium d’Eise Eisinga aux bombardements de Tokyo, des couvents baroques aux conflits de garde d’enfants, ces lectures interrogent les structures politiques, culturelles et sociales qui façonnent nos représentations, nos savoirs et nos héritages collectifs.
11/04/2026, 09:56
La Bretagne Sud se dévoile comme un territoire mouvant, où les frontières s’effacent pour laisser place à une nature foisonnante et imprévisible. Dans ce guide collectif à paraître le 16 avril, 25 balades invitent à explorer des paysages entre ciel et mer.
11/04/2026, 09:00
À paraître le 16 avril, ce guide collectif réunit 23 belles balades entre terre et mer. Entre Niort, La Rochelle et la baie de l’Aiguillon, le Marais Poitevin déploie ses paysages miroitants : canaux bordés de frênes, prairies inondées, vasières salées et vastes horizons.
11/04/2026, 08:30
Pays de lumière et de pierre, les Causses et Cévennes racontent depuis des millénaires l’histoire d’un dialogue unique entre l’homme et la nature. Inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO pour leurs paysages façonnés par l’agropastoralisme, ces hauts plateaux et vallées profondes sont un condensé de beauté brute, de traditions vivantes et de biodiversité exceptionnelle. À découvrir en librairie le 16 avril.
11/04/2026, 08:00
Le Luberon comme vous ne l’avez jamais vu. Entre Durance et monts de Vaucluse, entre lavandes et falaises, cet ouvrage collectif, à paraître le 16 avril, entraîne le lecteur au cœur d’un territoire d’exception, classé Réserve de biosphère par l’UNESCO.
11/04/2026, 07:30
Terre d’eau, de pierre et de forêts profondes, le Jura est un territoire d’une richesse naturelle inouïe. Ici, les torrents sculptent la roche, les lacs miroitent au creux des combes, les tourbières gardent la mémoire des glaciers, et les crêtes s’ouvrent sur les Alpes. Ce guide collectif, à paraître le 16 avril, invite à explorer ces paysages puissants et contrastés.
11/04/2026, 07:00
Entre le Rhône et la Méditerranée s’étend un monde à part : la Camargue, terre de contrastes et de lumière, façonnée par la rencontre du fleuve et de la mer. Dans ce guide collectif, à paraître le 16 avril, l’eau salée et l’eau douce s’affrontent et s’épousent, dessinant un paysage vivant où se mêlent lagunes, sansouires, marais et dunes mouvantes.
10/04/2026, 17:00
Top Articles
La Complainte des Boîtes à Livres : “Nous ne voulons plus nous taire” Trump “tellement stupide” que même Stephen King n'a “plus les mots” Au Japon, les particuliers louent des mini-rayons dans une une grande librairie Mort de Séverine Erhel, la chercheuse qui éclairait le débat sur les écrans
Commenter cet article