Dans une époque saturée de récits frelatés, de postures et de vérités en kit (ou en scrolls), Ivan Jablonka et Aurélie Barjonet proposent avec Écrire le réel un essai qui refuse la brume. Le tout avec la contribution d'Annie Ernaux, juste pour dire. Ce manifeste collectif rouvre une vieille ligne de front : celle où la littérature cesse d’orner le monde pour aller le contredire, l’ausculter, l’accuser — et parfois le prouver. Sortie le 25 mars.
Le 19/03/2026 à 17:12 par Victor De Sepausy
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19/03/2026 à 17:12
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Écrire le réel avance sans détour : ce livre ne cherche pas à sauver la littérature par le prestige du genre, mais à lui rendre une fonction de connaissance. Dès l’ouverture, le programme est posé avec une netteté presque martiale : « Vous tenez entre les mains un livre collectif : des autrices et quelques auteurs qui ont choisi de raconter le monde à travers des textes dont l’élément moteur n’est pas la fiction, mais le réel. C’est la violence de la vie qui a déclenché leur besoin d’écriture, leur soif de vérité. »
Le ton est donné. L’essai collectif ne défend pas un simple voisinage entre enquête, témoignage, sciences sociales et littérature : il revendique leur fusion.
La thèse directrice tient dans une formule décisive : « La littérature du réel répond à un désir vital : déchiffrer un monde devenu illisible. Les périodes troublées accentuent le sentiment d’avoir perdu pied, de ne plus être capable de comprendre ce qui (nous) arrive. » Tout le livre s’organise à partir de cette fracture. Le réel n’est pas ici un décor opposé à l’invention romanesque, mais un champ de bataille cognitif, moral et politique.
Le volume remonte une généalogie ambitieuse, de Balzac à Albert Londres, de Nellie Bly à Jack London, des premiers reportages sociaux aux écritures documentaires contemporaines. Son idée forte reste que la littérature du réel ne naît pas d’une mode éditoriale récente : elle s’enracine dans une longue histoire des formes hybrides, quand écrire signifiait déjà enquêter, constater, comparer, prouver.
Le manifeste s’ordonne autour de quatre verbes : résister, témoigner, expérimenter, affirmer. Résister, d’abord, contre le brouillage généralisé des faits, l’économie de l’attention, la démagogie algorithmique, la viralité érigée en vérité de substitution. Le diagnostic est frontal et parfois excessif, mais sa vigueur fait sa force.
« Dans un monde à feu et à sang, gangrené par la pub, la com, les infox et aujourd’hui les mensonges du populisme, faire usage de sa raison et de son esprit critique, c’est déjà résister. Qu’est-ce que la résistance aujourd’hui ? » Le livre répond : refuser la guerre des récits truqués, maintenir une exigence de preuve, sauver la langue de sa décomposition propagandiste.
Témoigner, ensuite. C’est sans doute la partie la plus convaincante. Le livre montre que les grandes secousses historiques, des génocides aux violences sexuelles, appellent des formes où l’écriture se met au service de la transmission plutôt que de la seule subjectivité. « Le témoignage permet de comprendre ce qui est arrivé, ce qu’on a vécu. Il donne sens à ce qui fait mal ; il date les failles de l’actuel ; il retient ce qui échappe. »
Cette ligne traverse les chapitres consacrés aux faits divers, aux violences sexuelles, à la guerre, à la famille, aux masculinités. L’ouvrage avance alors une théorie décisive : le réel n’interdit pas la littérature, il lui impose une éthique de la justesse.
Expérimenter : le mot compte. Le livre refuse le non-style académique autant que la souveraineté de la fiction pure. Il défend une écriture capable d’accueillir archives, voix, scènes, terrains, silences, dissonances.
D’où cette définition centrale : « La littérature du réel est cette forme toujours renouvelée où les genres se fertilisent mutuellement : ni histoire, ni sociologie, ni reportage, ni journalisme, ni témoignage, ni documentaire, mais tout cela à la fois, avec les doutes et les contradictions qui vont avec. Des œuvres en construction, donc, des travaux en cours, des trajets dont les chemins ne cessent de se croiser, sans jamais s’arrêter en un point fixe. » Le livre pense cette bâtardise comme une force méthodique, non comme un embarras classificatoire.
Affirmer, enfin. C’est ici que le manifeste prend sa dimension la plus offensive. Il ne s’agit plus seulement de décrire des pratiques existantes, mais d’exiger pour elles une légitimité pleine.
« Il est nécessaire de revendiquer ce que nous faisons. Il est bon de faire l’“éloge de la bâtardise” et de laisser errer, entre chiens et loups, ces textes qui ne trouvent jamais leur place dans aucune niche. » Cette revendication ne vaut pas seulement pour les auteurs réunis ici ; elle vaut pour un état du champ littéraire où l’enquête, la non-fiction et le récit documentaire ont cessé d’être des marges.
Le livre est le plus solide lorsqu’il relie questions de forme et questions de pouvoir. Les chapitres annoncés en table des matières — faits divers, violences sexuelles, masculinités, famille, écocides, guerre, voix restituées — dessinent moins un panorama qu’une cartographie des zones de conflit où l’écriture cherche encore à faire pièce au vacarme.
Son pari, au fond, tient en une phrase non dite ainsi, mais partout démontrée : écrire le réel n’est pas rabattre la littérature sur le document ; c’est donner au document une intensité de pensée, une construction et une responsabilité que le simple relevé des faits ne possède pas. Le manifeste échappe ainsi au plaidoyer corporatiste. Il dessine une politique de la littérature.
Par Victor De Sepausy
Contact : vds@actualitte.com
Paru le 25/03/2026
238 pages
Editions Denoël
20,00 €
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Squeezie - À l'école d'Internet, signé par Françoise Ancey et publié chez Hugo Publishing, paraîtra le 6 mai 2026 : ce livre retrace le parcours de Lucas, adolescent passionné de jeux vidéo devenu l’une des figures majeures de la création de contenus en ligne.
30/04/2026, 08:44
Avec On ne laisse pas Bébé dans un coin, traduit de l’anglais par Marie Hermann et publié aux éditions Hors d’atteinte le 7 mai 2026, Andrea Warner revient sur Dirty Dancing pour en proposer une lecture qui dépasse la simple histoire d’amour et met en lumière ses dimensions sociales et politiques, notamment autour de l’avortement et de la liberté de choix.
30/04/2026, 07:19
Les Amants du Loto, roman de Catherine Siguret publié aux Presses de la Cité et attendu en librairie le 7 mai 2026, revient sur le destin des premiers gagnants du Loto en France, dont la vie bascule après un gain inattendu, en explorant ce que l’argent change — ou non — aux rêves, à l’amour et à l’identité.
30/04/2026, 06:14
Eric Neirynck a fait paraître ce nouveau livre à la rentrée 2025. On peut le lire comme un court récit ou une longue nouvelle : le lecteur y retrouvera les uppercuts légendaires des précédents ouvrages, arborant cette même langue âpre et crue.
29/04/2026, 12:53
Elle le connaissait. Pire, elle l’aimait. Et elle pensait – naïvement, pourra-t-on dire – qu’il l’aimait en retour, pour de vrai, pleinement. Qu’il la respectait. Que 2 ans de relation, c’était un gage de confiance. Pourtant, il l’a violée. Pendant 5 mois. Oscillant entre douceur et violence, il a profité d’elle, de son corps comme « un putain de buffet », de son incapacité à dire non. Et aujourd’hui, des années après les faits ? Le temps est venu : « je nettoie mon linge sale en public ».
29/04/2026, 08:30
Le mal du pays, de Colin Barrett, publié aux éditions Rivages et disponible en librairie le 6 mai 2026, réunit une série de nouvelles situées dans l’ouest de l’Irlande, où des existences fragiles et heurtées se déploient entre violence ordinaire et élans d’humanité. Traduit de l’anglais (Irlande) par Zacharie Boissau et révisé par Charles Bonnot.
29/04/2026, 07:30
Taylor Jenkins Reid signe avec Le retour de Carrie Soto, parution le 5 mai 2026 aux éditions Charleston, un roman centré sur une ancienne championne de tennis prête à revenir sur le circuit pour défendre son héritage, face à une nouvelle génération qui menace ses records. Traduit de l'anglais par Typhaine Ducellier.
29/04/2026, 07:00
Lena Situations. Grandir, créer, tenir bon, de Carole Coatsaliou, paraît aux éditions Hugo Publishing le 6 mai 2026 et retrace, en une phrase, le parcours d’une créatrice de contenus devenue figure majeure des réseaux sociaux, entre débuts intimes, expérimentations et construction progressive d’une audience fidèle.
29/04/2026, 06:21
Les très belles aquarelles de Patrick Prugne viennent revisiter le western et éclairer un sinistre fait historique des guerres américaines : le massacre de Sand Creek, en 1864 dans le Colorado. Cheyenne aux éditions Daniel Maghen, paru le 22 avril.
28/04/2026, 12:15
Karen vit à New-York et doit prochainement sortir un livre sur sa vie avec un serial killer qu’elle a dénoncé à la police voici dix ans. Mais à la veille de la sortie de cette biographie, une jeune fille est enlevée avec les mêmes pratiques qu’utilisait Aaron, qui est en prison depuis sa condamnation. Elle accepte de revenir sur les lieux de sa jeunesse afin d’aider la police, épaulée par une influenceuse, Émilia, qui est la seule victime qui a pu s’échapper des griffes de celui que la presse avait surnommé : Bagman.
28/04/2026, 11:21
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