Le 7 mai paraîtra au Seuil, La Veuve, premier roman de José Saramago, écrit en 1947 et resté inédit en France jusqu’à aujourd’hui. Traduit du portugais par Dominique Nédellec, cette publication constitue un événement éditorial en donnant accès aux débuts littéraires du futur prix Nobel de littérature.
Le 19/03/2026 à 18:32 par Hocine Bouhadjera
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19/03/2026 à 18:32
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Le roman se déroule au début du XXe siècle, dans un petit village du Portugal, baigné par la lumière de la campagne. Il suit le destin de Maria Leonor, une femme d’une trentaine d’années, mère de deux jeunes enfants, dont la vie bascule à la mort soudaine de son mari.
Profondément marquée par le deuil, elle tente néanmoins de maintenir le domaine agricole familial, avec le soutien du médecin et du curé du village. Mais cette reconstruction fragile se heurte à des tensions intimes et sociales. Si elle parvient à se relever un temps, Maria Leonor est rapidement rattrapée par le désir et la frustration, qui la conduisent à céder brièvement aux avances de son beau-frère.
Ce moment déclenche une spirale de culpabilité et de remords, accentuée par le regard accusateur de sa domestique Benedita...
Celle-ci, persuadée d’agir pour préserver la réputation et l’âme de sa maîtresse, adopte une attitude que Maria Leonor interprète comme une suite de reproches et de menaces. Les relations entre les deux femmes se dégradent, laissant place à des tensions constantes, des crises de nerfs et des incompréhensions mutuelles.
Le quotidien est alors traversé par ces conflits, mais aussi ponctué de moments de répit, notamment à travers les rires des enfants et leurs promenades dans les champs écrasés de soleil. L’équilibre précaire de cette vie rurale est finalement bouleversé par une demande en mariage inattendue, qui vient redistribuer les cartes et poser de nouvelles questions morales et sociales.
Derrière une écriture encore marquée par une facture classique, La Veuve laisse déjà apparaître les traits qui feront la singularité de José Saramago : un usage du flux de conscience, une attention portée aux tensions entre le bien et le mal, une critique sous-jacente de la religion, ainsi qu’une exploration des rapports de classe, des conventions sociales, de la foi, du désir et des relations entre hommes et femmes.
Né en 1922 à Azinhaga, au Portugal, José Saramago s’impose comme l’une des figures centrales de la littérature du XXe siècle. Son œuvre, qui couvre le roman, l’essai, la poésie et le théâtre, est traduite dans le monde entier. Il reçoit en 1995 le prix Camões, plus haute distinction des lettres portugaises, avant d’être couronné par le prix Nobel de littérature en 1998. Il s’éteint en 2010 à Lanzarote, laissant derrière lui une œuvre profondément marquante.
Longtemps resté en marge des circuits littéraires traditionnels, José Saramago s’est imposé tardivement comme écrivain, après avoir exercé divers métiers, notamment dans l’édition et le journalisme. Son œuvre se distingue par un style singulier, caractérisé par de longues phrases, une ponctuation atypique et une narration fluide proche du flux de pensée.
À travers ses romans, il interroge les structures de pouvoir, la religion, les injustices sociales et la condition humaine, mêlant souvent réalisme et dimension allégorique. Des livres comme L’Aveuglement, Le Dieu manchot ou Tous les noms ont contribué à asseoir sa réputation internationale, faisant de lui une voix critique et profondément engagée dans le paysage littéraire contemporain.
Dans un registre biographique cette fois, mais toujours du côté des grandes voix portugaises, Pessoa. L’œuvre-vie de Richard Zenith, présentée par le Seuil comme « une parution majeure », consacrée à l’une des figures les plus fascinantes de la littérature du XXe siècle.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard, cet ouvrage propose une exploration approfondie de Fernando Pessoa, en mettant en regard l’ensemble de son œuvre et son existence singulière. Discret employé lisboète, il affirmait n’être rien tout en portant « tous les rêves du monde », résumant à lui seul le paradoxe d’un écrivain resté longtemps dans l’ombre malgré une production considérable.
La biographie, en librairie le 22 mai prochain, retrace ce parcours hors norme, marqué par une invention littéraire unique : celle des hétéronymes. Pessoa en crée une centaine, chacun doté d’une identité propre, d’un style et d’une vision du monde distincts. Parmi eux figurent Ricardo Reis, médecin monarchiste exilé au Brésil, Álvaro de Campos, figure moderniste et exaltée, Alberto Caeiro, poète du sensible, ou encore Bernardo Soares, auteur introspectif. À travers ces figures multiples, l'auteur développe une œuvre éclatée, écrite en plusieurs langues, qui interroge les notions d’identité et de création.
Peu publié de son vivant, il laisse à sa mort une malle remplie de manuscrits, dont la publication s’étendra sur plusieurs décennies. Des textes comme Le Livre de l’intranquillité, L’Ode maritime, Le Banquier anarchiste ou Message composent un ensemble d’une richesse exceptionnelle.
S’appuyant sur des décennies de recherches, Richard Zenith, spécialiste reconnu de Pessoa, propose ici une synthèse ambitieuse, articulant étroitement vie et œuvre. L’ouvrage accompagne par ailleurs une actualité autour de l’auteur : une journée Pessoa est prévue au Théâtre de la Ville en juin, en lien avec la reprise d’un spectacle de Bob Wilson, tandis que l'auteur sera présent à Paris à cette occasion.
Dans la continuité de ces parutions qui explorent les œuvres et les trajectoires d’écrivains majeurs, Dialogue avec les peintres de Georges Perec propose un éclairage inédit sur une facette moins connue de l’auteur.
Également publié le 7 mai au Seuil, dans la collection « La Librairie du XXIe siècle », l’ouvrage réunit un ensemble de textes et invite à découvrir un autre Perec, celui qui, avant de devenir écrivain, « avait surtout envie d’être peintre ». Cette dimension, souvent méconnue, traverse pourtant toute son œuvre et son parcours.
Georges Perec a en effet entretenu tout au long de sa vie un rapport étroit avec les artistes et les arts visuels. Il a préfacé des catalogues d’exposition, accompagné des livres d’art et noué des liens durables avec des créateurs de son époque. Écrire sur leurs œuvres constituait pour lui une manière d’interroger, en miroir, son propre travail d’écrivain.
Dialogue avec les peintres se présente ainsi comme une anthologie de textes consacrés à la peinture : préfaces de catalogues, lettres, essais ou fragments critiques. Une grande partie de ces écrits était jusqu’ici inédite ou difficilement accessible, ce qui confère à l’ouvrage une véritable dimension de redécouverte.
L’ensemble a été choisi, préfacé et introduit par Cécile De Bary, maîtresse de conférences en littérature française à l’université Paris-Cité, spécialiste des relations entre texte et image et de l’œuvre de Perec.
L’édition s’accompagne d’un important appareil documentaire : une soixantaine d’archives et de documents inédits viennent enrichir le volume, ainsi que plusieurs reproductions de livres d’art conçus par Perec, notamment Métaux. On y trouve également des fac-similés rares, dont celui de Trompe l’œil, un petit livre publié à compte d’auteur en tirage limité à 125 exemplaires.
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Ce travail éditorial s’inscrit dans la continuité de la publication de textes posthumes et inédits de Perec au sein de « La Librairie du XXIe siècle », une collection du Seuil initiée par Maurice Olender, qui a déjà accueilli une quinzaine de titres de l’écrivain.
Autre écrivain emblématique de la littérature du XXe siècle, Georges Perec (1936-1982) s’est imposé avec des œuvres devenues classiques. Il reçoit le prix Renaudot en 1965 pour Les Choses, son premier roman, puis le prix Médicis en 1978 pour La Vie mode d’emploi. Avec ce nouveau volume, c’est un pan entier de sa relation aux arts visuels qui est remis en lumière, révélant un écrivain profondément traversé par les questions d’image, de regard et de représentation.
Dans un registre plus intime, Nicolas Mathieu revient avec un nouvel album jeunesse, Le seul bonheur. Publié le 29 avril prochain par la nouvelle maison La Doux, l'ouvrage prend la forme de confidences d’un père à son enfant. À travers un texte bref, Nicolas Mathieu met en mots l’expérience de la paternité, entre émerveillement, fragilité et contradictions.
Le livre s’ouvre sur une adresse directe, presque murmurée : « Je te regarde et, quand mon doigt passe sur ton nez, tes yeux se ferment et c’est parfait. Quand tu dors, je te fais des promesses que je ne tiendrai jamais. » « Devenir un papa, c’est faire ce qu’il faut et puis ce qu’on doit », écrit-il encore, résumant cette tension entre idéal et réalité.
Dans cet album, Nicolas Mathieu évoque avec justesse, émotion et pudeur ce moment de bascule que constitue l’arrivée d’un enfant. Le bonheur y apparaît indissociable de la peur et de la douleur, dans une approche qui refuse toute idéalisation simpliste de la paternité.
Le texte est accompagné des illustrations de Benjamin Chaud, auteur-illustrateur reconnu dans le domaine de la littérature jeunesse. À travers des images à la gouache, sensibles et expressives, il donne vie au duo père-fils avec humour et tendresse. Son travail visuel vient prolonger et enrichir le propos du texte, en apportant une dimension à la fois douce et incarnée.
Né en 1978 dans les Vosges, Nicolas Mathieu s’est imposé comme une figure importante de la littérature contemporaine française. Après un premier roman, Aux animaux la guerre, publié en 2014 et adapté pour la télévision par Alain Tasma, il obtient le prix Goncourt en 2018 pour Leurs enfants après eux, également porté à l’écran en 2024. Le Ciel ouvert, né d'oeuvres partagées ces dernières années sur Instagram, publié chez Actes Sud en 2024 s'est écoulé à près de 65.000 exemplaires.
De son côté, Benjamin Chaud est une figure majeure de l’illustration jeunesse. Créateur du personnage Pomelo aux éditions Albin Michel Jeunesse, il a publié près d’une centaine de livres, dont beaucoup ont été traduits à l’étranger. Sa collaboration avec Nicolas Mathieu donne naissance à un ouvrage qui mêle écriture littéraire et univers graphique, à destination des jeunes lecteurs comme des adultes.
Crédits photo : José Saramago en 1999 (Sampinz, CC BY-SA 4.0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
2 Commentaires
Solal
20/03/2026 à 10:09
Bonjour,
"Le ciel ouvert" de Nicolas Mathieu a été publié chez Actes Sud et non au Seuil.
Bonne journée.
Hocine Bouhadjera - ActuaLitté
20/03/2026 à 12:49
Bonjour,
Merci pour votre commentaire, c'est corrigé,
Bien cordialement