« La fille lèche le sol au goût salé, les feuilles en décomposition, les cailloux sauvages et les mottes de terre en contemplant depuis sa cachette l’ami des animaux qui caresse la poule, inspecte ses yeux, lui ouvre le bec et regarde ce qu’il y a à l’intérieur. Cette minuscule langue; Aucune dent. Puis quelqu’un l’interpelle. Le soldat disparaît dans la maison, l’animal toujours serré contre lui. Sur le ventre, la fille se glisse encore plus profondément dans la végétation, jusqu’à un endroit que seules les bêtes rampantes peuvent atteindre. »
Tout commence dans une violence inouïe. Un jeune soldat, Rafael, assassine les deux autres qui l’accompagnaient, ainsi qu’une famille entière, là, au sein même de la ferme dans laquelle elle vivait. Les animaux, eux, sont sans réaction. Et, au milieu de tout ça, Billie, une fillette qui s’est cachée dans un buisson pour ne pas être tuée à son tour.
Tout au long de ce récit étrange, Kristín Όmarsdóttir évoque une guerre. Absurde, éloignée, que personne ne s’explique. Pourtant, l’esprit enfantin et innocent de Billie fonctionne comme un contre-pied total : elle joue et parle avec ses poupées, porte son joli bonnet rose et tisse une relation surprenante avec Rafael, qui se rêve fermier. Le monde des adultes semble encore plus saugrenu qu’un conte, une pièce de théâtre. Pour la gamine, qui partage son regard comme point d’entrée du roman, les adultes sont des marionnettes, manipulées par des fils au-dessus de leur tête. Leur bouche construit des phrases vides de sens. Leurs actions n’ont ni queue ni tête…
C’est grotesque, c’est fantastique, c’est poétique et déroutant.
Traduction assurée par Jean-Christophe Salaün.
Publiée le
20/03/2026 à 12:30
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Paru le 05/02/2026
256 pages
Zulma
21,50 €
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