Secteur culturel où l'évocation de la rémunération reste un sujet tabou, l'édition n'est pourtant pas épargnée par les inégalités entre les hommes et les femmes, sur ce terrain. Pour la première fois, l’Observatoire de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la culture et la communication fournit un aperçu des revenus moyens et médians des artistes-auteurs. Les écarts restent conséquents.
Chaque année depuis sa création en 2013, l'Observatoire de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la culture et la communication publie un rapport, document qui expose les progrès, mais aussi les inégalités persistantes dans ces deux domaines d'activités.
Pilotée par le Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation (DEPS), l'étude a bénéficié cette année du soutien de la Mission observation de la Direction générale de la création artistique (DGCA), au sein du ministère de la Culture, et d’une coordination étroite avec l’équipe de la Haute fonctionnaire à l’égalité, à la diversité et à la prévention des discriminations, Irène Basilis.
Environ 120 tableaux sont présentés au sein du document (accessible en fin d'article), qui permettent de balayer l'ensemble des secteurs du périmètre du ministère de la Culture, dont le livre et l'édition.
La quatorzième édition du rapport de l'Observatoire compte quelques nouveautés. L'une d'entre elles, et non des moindres, affiche les revenus moyens et médians en fonction du sexe des artistes-auteurs en 2023, à partir des données de l'Urssaf.
Pour chaque profession, le tableau propose les effectifs recensés, ainsi que la part des femmes en leur sein, avant d'indiquer les revenus moyens et médians des autrices et des auteurs. Le constat est sans appel : dans la totalité des cas, les femmes sont moins bien rémunérées que leurs collègues hommes.
Si les autrices de livres (hors autrices dramatiques) sont les « mieux loties », avec un revenu moyen de 3100 € et un revenu médian de 400 €, contre 3700 € et 300 €, respectivement, pour les auteurs, dans les autres catégories, les écarts se creusent considérablement. Dans le dessin (hors BD), où les femmes représentent 55 % des effectifs, leur revenu médian n'atteint que 300 €, contre 1100 € pour les dessinateurs.
Pour les illustratrices, le constat est plus amer encore, avec un revenu moyen presque deux fois moins élevé que celui de leurs homologues masculins. Le revenu médian, ici, s'élève à 1100 € pour les illustratrices contre 3000 € pour les illustrateurs.

Le champ de la traduction littéraire, où les traductrices représentent 69 % des effectifs, est l'un de ceux où les revenus des femmes s'approchent le plus de ceux des hommes. Les premières touchent ainsi un revenu moyen de 12.500 € et un revenu médian de 6300 €, contre 14.000 € et 6400 €, respectivement, pour les seconds.
Ces inégalités des rémunérations ne se limitent pas au champ de la création pure, puisque les directrices de collection sont également lésées. Elles gagnent ainsi un revenu moyen de 8500 €, pour un revenu médian de 1100 €, contre 14.700 € et 3000 € du côté des directeurs de collection.
Relevons que la présence des femmes à la direction des 100 plus grandes entreprises culturelles en France reste très faible, autour de 17 %. Le livre ne fait pas exception, avec, au 1er janvier 2026, 2 femmes seulement à la direction des 10 entreprises du secteur ayant le chiffre d'affaires le plus important en 2023. Ce qui, sans doute, peut expliquer, au moins en partie, les difficultés du secteur à progresser sur le sujet de l'égalité femmes-hommes...
Aux niveaux moindres des rémunérations versées par les maisons d'édition peut s'ajouter une autre difficulté, pour les autrices : un accès plus compliqué aux aides publiques, notamment celles accordées par le Centre national du livre (CNL).
En 2025, 59 % des 1356 demandes d'aides sont émises par des femmes, qui représentent également 59 % des aides attribuées et perçoivent 53 % du montant global alloué (qui s'élève à 4,6 millions €). Le montant moyen par aide allouée reste cependant très défavorable aux autrices, puisqu'il atteint 4822 € pour ses dernières, contre 6292 € pour les auteurs (23 % de différence).
Cette inégalité des montants alloués se retrouve dans tous les domaines éditoriaux soutenus par le CNL. Elle reste phénoménale dans le champ des sciences de la vie et de la matière, où les sommes moyennes accordées aux hommes sont supérieures de 80 % à celles des femmes. Elle est aussi conséquente pour les arts (27 %), la poésie (23 %), la littérature jeunesse (19 %) et le théâtre (18 %).
Un lien entre des montants d'aides allouées plus faibles pour les autrices et une moindre représentation des femmes dans les commissions s'observe dans certains cas. Ainsi, la part des femmes au sein de la commission Sciences de la vie et de la matière plafonne à 40 %, ou à 37 % pour la commission Arts. Mais cette corrélation ne se vérifie pas, la plupart du temps.
La plupart des commissions du CNL s'approchent en effet de la parité, les femmes étant même surreprésentées dans plusieurs d'entre elles (Critique et histoire littéraires, Littérature jeunesse, Littératures étrangères, Partir en livre ou Vie littéraire).

Le rapport de l'Observatoire se penche depuis quelques années sur les prix littéraires, ce qui permet d'observer un progrès réel. Les autrices sont ainsi de plus en plus sélectionnées et récompensées, ce qui met en lumière leurs œuvres.
Sur la période 2020-2025, sur les 701 personnes sélectionnées, 47 % étaient des femmes (contre 37 % sur la période 2012-2019) et sur les 54 individus primés, 43 % étaient des autrices (contre 39 % sur la période précédente).
Entre 2020 et 2025, et pour la première fois depuis le début du XXe siècle, les femmes sont même majoritaires (à 54 %) parmi les lauréats de 14 prix littéraires emblématiques.
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Ces réjouissances sont toutefois assombries par un constat, celui d'une stagnation de la représentation des femmes au sein des jurys de quelques prix littéraires emblématiques (Goncourt, Renaudot, Femina, Décembre, Interallié et Médicis). Elle atteint ainsi en 2025 47 %, mais seulement 33 % lorsque l'on retire le Femina (dont le jury est exclusivement féminin). La présidence de ses jurys par des femmes reste par ailleurs rare, à 33 % également.
Autrement dit, si les autrices sont reconnues, l'attribution de cette reconnaissance reste l'apanage des hommes.
L'Observatoire de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la culture et la communication s'est penché sur le propre bilan du ministère de la Culture. Le score de ce dernier à l’index de l’égalité professionnelle reste très élevé, avec 95/100 au titre de l'année 2024, ce qui le place en tête du classement des ministères.
Parmi les 5806 équivalents temps plein travaillés (ETPT) que représentent les postes de titulaires rue de Valois, la part des femmes s'élève à 66 % au sein des catégories A et B, et respectivement 55 % et 54 % dans les catégories A+ et C. Un écart de rémunération subsiste néanmoins entre les agents et les agentes titulaires, estimé à 299 €, soit 6,6 % du salaire moyen masculin.
Au sein de l’administration centrale du ministère, les femmes sont majoritaires aux postes de chefferie de bureau (62 %) et de responsables de département (64 %), tandis que leur présence aux postes de sous-direction progresse (64 %, contre 54 % l'année dernière). 40 % des postes de direction d’administration centrale sont occupés par des femmes au 1er janvier 2026, indique le rapport.
Aux postes de direction les plus élevés des établissements publics, la présence des femmes suit cependant une tendance à la baisse : avec 26 postes sur 69, elles en occupent 38 % seulement, contre 42 % en 2024.
Pour la première fois, le rapport prend en compte les bibliothèques municipales classées, où la part des femmes à leur direction diminue également, pour se stabiliser à 61 % au 1er janvier 2026 (contre 65 % en 2024).
À partir de 2022, un dispositif de recueil et de traitement des signalements des actes de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel et des agissements sexistes au ministère de la Culture a été mis en place, à travers une cellule de signalement externe. En 2025, 54 saisines ont été effectuées, dont 49 concernaient des situations de violence ou harcèlement à caractère sexuel ou sexiste.
En 2025, le ministère a pris des sanctions disciplinaires pour violences sexuelles et sexistes à l'encontre de 10 fonctionnaires et 4 contractuels. Trois de ces démarches concernaient des agissements sexistes, deux des agressions sexuelles (hors viol) et une portait sur un fait de pédopornographie.
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En 2020, le ministère a aussi instauré une cellule d’écoute et d’accompagnement opérée par Audiens (joignable au 01 87 20 30 90 ou par mail à l'adresse violences-sexuelles-culture@audiens.org), dans le cadre d'un plan d'action contre les VHSS. Le dispositif reste peu utilisé par les auteurices, qui ne représentent que 2 % des personnes entendues en 2025 (contre 67 % pour le spectacle vivant).
Le rapport complet de l'Observatoire de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la culture et la communication est accessible ci-dessous.
Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
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