Si la France, l'Angleterre ou les États-Unis ont été et peuvent être encore impériaux, la Chine a été « un peu impériale » ? Histoire de l’Empire colonial chinois, le titre de l'ouvrage du spécialiste de l'Asie du Sud-Est, François Joyaux est formel. Ce dernier se demande : pourquoi parle-t-on sans trembler d’empire colonial britannique, français ou japonais, mais presque jamais d’empire colonial chinois ?
Si l’on considère le Tibet, le Turkestan oriental - autrement dit le Xinjiang - et la Mongolie du Sud non comme de simples périphéries ethniques d’un grand État pluriel, mais comme des territoires conquis, soumis, administrés et intégrés par la force, alors il faut rouvrir le dossier avec des mots plus exacts.
La Chine, elle, aurait échappé à cette catégorie pour une raison presque étrange : son empire n’était pas d’outre-mer. Une colonie, rappelle l'auteur en substance, n’a pas besoin d’être au bout de l’océan pour être une colonie. La dynastie mandchoue n’a pas simplement « agrandi » la Chine : elle a opéré des conquêtes, déplacé des populations, détruit des civilisations locales, imposé un contrôle administratif et idéologique sur des territoires qui n’étaient pas de simples provinces naturelles du cœur han.
On parlera de construction de l’État, de nationalisation, de périphéries, d’intégration, d’autonomie, de minorités, de sécurité. La Chine n’a pas copié les Britanniques ou les Français, et son histoire impériale ne se confond pas avec celle des puissances maritimes occidentales. L'auteur ne dit pas que la Chine est l’exact double de la France coloniale. Il dit : il existe une histoire coloniale chinoise, avec ses formes propres, ses continuités, ses justifications, ses silences, et elle mérite d’être nommée comme telle.
L’autre apport du livre, c’est de montrer que la rupture entre empire mandchou, République de Chine et République populaire est peut-être moins nette qu’on ne le raconte souvent. Le décor idéologique change, les drapeaux changent, les récits changent, mais une partie du travail territorial continue.
L’unité nationale devient alors le grand mot magique qui permet de recycler une logique de conquête en évidence historique. Ce qui était annexion devient réunification. Ce qui était domination devient intégration. Ce qui était colonisation devient gestion de la diversité.
Publiée le
16/03/2026 à 18:11
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Paru le 19/02/2026
384 pages
Librairie Académique Perrin
25,00 €
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