Le Prix Formentor des Lettres a distingué l’écrivain portugais Gonçalo M. Tavares pour l’ensemble de son œuvre. « Pour avoir révélé les implications inattendues d’une humanité effrayée d’elle-même, raconté l’épopée paradoxale de l’égarement contemporain, pour l’audace avec laquelle il a construit un récit étranger aux tentations de l’évidence », autant de raisons qui ont motivé les jurés.
Né en 1970 à Luanda (Angola), Tavares publie depuis plus de vingt-cinq ans une bibliographie dense — romans, essais, théâtre, textes hybrides — diffusée dans près de 70 pays et traduite dans plus de cinquante langues. Selon les données citées lors de l’annonce, il figure au troisième rang des écrivains portugais les plus traduits, derrière Fernando Pessoa et Eça de Queiroz, avec 226 publications recensées à l’échelle internationale.
L’attribution s’inscrit dans la continuité d’un prix né en 1961, associé aux rencontres littéraires de Formentor (Majorque), puis relancé en 2011 par la Fundación Formentor. La dotation atteint 50.000 euros.
En France, plusieurs ouvrages structurent la réception de l’auteur : Jérusalem et Apprendre à prier à l’ère de la technique, souvent rattachés au cycle Le Royaume ; la série des « Monsieur » (Valéry, Henri, Brecht) ; Un voyage en Inde ; ou encore Mateo a perdu son emploi. Le jury cite aussi l’ampleur d’un corpus qui « transgresse les genres », selon les termes repris lors de l’annonce.
Dans l’acte publié par la fondation, les jurés décrivent une « ingénierie philologique » qui écarte le prévisible et ouvre des significations latentes, tout en rattachant l’écrivain à une lignée « dédiée à raconter l’envers de la réalité ». Le texte évoque également une violence « masquée par les conventions psychologiques, morales et machinales », que l’auteur met au jour pour remonter vers l’origine des conflits et des tragédies.
Cette exigence formelle rejoint une trajectoire académique documentée dans les notices biographiques reprises au moment de l’attribution : des études de physique, de sport et d’art, puis l’enseignement. Gonçalo M. Tavares exerce comme professeur de théorie de la science et d’épistémologie à l’Université de Lisbonne.
Parmi les publications mentionnées en 2026 figure O Fim dos Estados Unidos da América (Lisbonne, 2025), présenté comme une satire dystopique. L’annonce insiste sur une écriture qui explore les limites de la logique et de la raison, avec une attention constante aux contradictions du présent.
Les distinctions déjà obtenues jalonnent ce parcours. Les sources récapitulatives citées à l’occasion du Formentor 2026 mentionnent notamment le Prix José Saramago (2005), le prix Camilo Castelo Branco (2006), un prix international à Trieste (2008), un prix de poésie à Belgrade (2009), ainsi que le Prix du Meilleur Livre étranger en France (2010) pour Apprendre à prier à l’ère de la technique.
Elles rappellent aussi d’autres reconnaissances au Portugal, au Brésil, au Mexique et en France, jusqu’au Prix Laure-Bataillon (2021).
Le Formentor revendique une histoire internationale. La fondation rappelle son origine dans un cercle d’éditeurs européens, dont Carlos Barral, Claude Gallimard et Giulio Einaudi. Dans la période récente, le jury a distingué Hélène Cixous (2025), Pascal Quignard, Lioudmila Oulitskaïa ou César Aira ; Annie Ernaux et László Krasznahorkai figurent parmi les lauréats cités qui ont ensuite reçu le Nobel.
En 2026, Gonçalo M. Tavares rejoint cette liste. Le jury résume l’un des axes de sa décision dans une formule reprise par plusieurs publications : « L’écrivain portugais appartient à la généalogie littéraire dédiée à raconter l’envers de la réalité. »
En France, ses livres sont traduits chez différents éditeurs, mais principalement publiés chez Viviane Hamy.
Crédits photo : Visão
Par Dépêche
Contact : depeche@actualitte.com
Paru le 04/09/2024
160 pages
Editions Viviane Hamy
19,00 €
Paru le 06/01/2022
400 pages
Bouquins (Editions)
21,00 €
Commenter cet article