Un jour, l’argent a appris à voyager sans passeport. Depuis, il circule plus vite que les corps, se dérobe aux frontières et laisse les États courir derrière son ombre. Dans Déclaration de la personne, Elfriede Jelinek observe cette chasse moderne : celle d’institutions qui exigent des individus qu’ils se déclarent pendant que les fortunes, elles, disparaissent dans les marges du monde. La satire devient alors radiographie d’une époque où le capital se cache mieux que les hommes.
Le 09/03/2026 à 10:22 par Victor De Sepausy
0 Réactions | 153 Partages
Publié le :
09/03/2026 à 10:22
0
Commentaires
153
Partages
Dans Déclaration de la personne (trad. Sophie Andrée Fusek), Elfriede Jelinek ne livre ni un roman à intrigue ni un essai ordonné. Elle bâtit un monologue de défense, de dérision et d’attaque, où une affaire fiscale devient la matrice d’une lecture du capitalisme contemporain. Le livre s’ouvre sur une formule qui annonce d’emblée le régime de violence satirique du texte : « la fraude est devenue un sport national. »
Tout part de là : du soupçon, des factures, des conventions de double imposition, des perquisitions, de la résidence, des comptes, des héritages et de la traçabilité forcée des existences.
La théorie la plus constante de Jelinek tient en une phrase : l’argent circule mieux que les personnes. Elle le dit sans détour : « Le capital part à l’étranger, là où il parle sa langue et où on parle la sienne, il se pose et se repose. » Cette mobilité du capital constitue le vrai centre du livre. Les États taxent, contrôlent, menacent, mais les grandes masses financières se déplacent, se dédoublent, se réfugient dans d’autres juridictions, se fondent dans des sociétés écrans ou des montages légaux.
Le texte revient ainsi, avec une insistance rageuse, sur les paradis fiscaux, les assurances-vie discrètes, les holdings, les trusts, les filiales de financement et les profits déplacés vers des territoires où l’impôt se raréfie jusqu’à disparaître.
Cette critique économique n’a rien d’abstrait. Jelinek montre une justice à deux vitesses. L’appareil de contrôle se révèle précis, intrusif, presque féroce dès qu’il s’agit d’individus saisissables. En revanche, les puissants, eux, s’éloignent.
Le déséquilibre se résume aisément : « Si cela avait été des milliards, nous ne vous aurions jamais trouvée. » Le propos ne vise pas seulement l’iniquité fiscale. Il démonte une politique du repérage : l’État voit surtout ceux qu’il peut atteindre. Les autres vivent dans la dissémination, l’extraterritorialité, l’opacité organisée.
L’un des mérites du livre est de relier cette guerre de l’impôt à une mémoire historique plus noire encore. La Suisse y apparaît comme un coffre-fort moralement compromis, enrichi par les vivants et par les morts, par les dépôts, les silences et les disparitions. Les comptes demeurent quand les propriétaires ont été « écartés ». Les tombes manquent, les noms reviennent, les biens restent. Jelinek ne sépare jamais la finance de l’histoire européenne, ni l’argent mobile de la spoliation des juifs et de la faillite des États face à leur propre passé. C’est ce nouage qui donne au livre sa profondeur la plus inquiétante.
Le texte élargit encore son champ avec la pandémie. Le virus, les stations de ski désertées, les touristes en fuite, les corps essoufflés, les avions saturés de souffle composent un arrière-plan de contamination générale. À ce moment, la satire rejoint la chronique d’un monde où les privilèges persistent jusque dans la catastrophe : « tous les gens sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres, quand ils ne peuvent plus respirer tant l’argent les étouffe. » La formule est volontairement brutale. Elle relie l’économie, la maladie et la hiérarchie sociale dans une seule image d’asphyxie.
Jelinek pousse aussi très loin sa réflexion sur l’État. Elle le décrit comme une force affamée, édentée puis soudain carnassière, prompte à dévorer ce qu’elle désigne. « L’État n’est pas notre ennemi, c’est nous qui sommes le sien. » Cette inversion résume l’une des lignes les plus fortes de l’ouvrage : la puissance publique ne se contente plus de protéger ou de réguler ; elle traque, cadre, prélève, humilie, exhibe. Le sujet moderne doit s’identifier, se déclarer, se justifier, pendant que les capitaux apprennent à n’habiter nulle part.
La charger de Déclaration de la personne tient à cette langue d’assaut. Les images affluent, les listes prolifèrent, les références politiques, religieuses, bancaires et judiciaires s’entrechoquent. La phrase déborde comme les flux financiers qu’elle décrit. Le livre gagne ainsi une puissance d’accusation rare. Il n’explique pas : il assiège. Sa limite est du même ordre.
L’accumulation, parfois, sature la lecture. Certaines séquences ressassent le même motif, certaines digressions épaississent la matière au lieu de la tendre. Mais cette profusion reste le prix d’une forme qui épouse son objet : un monde où tout se déplace, s’enfle, se cache et revient sous une autre forme.
Déclaration de la personne reste un fantastique livre de poursuite. Poursuite judiciaire, poursuite fiscale, poursuite mémorielle. Jelinek y montre une civilisation qui exige des individus qu’ils se déclarent alors qu’elle laisse les fortunes s’absenter.
Sous l’invective, sous la farce noire, sous l’excès, le diagnostic demeure d’une netteté implacable : l’argent globalisé a trouvé ses refuges, et la personne, elle, reste sommée de répondre.
Sortie le 13 mars. Un vendredi. Pas de chance.
Par Victor De Sepausy
Contact : vds@actualitte.com
Paru le 13/03/2026
234 pages
Seuil
21,90 €
Plus d'articles sur le même thème
Dans l’Utah, l’apparition d’arbres rouges luminescents fait vaciller l’ordre du monde. Marie-Lorna Vaconsin transforme ce surgissement végétal en roman d’anticipation politique, où se croisent traumatisme, emprise sectaire, enfance défigurée et espoir d’une riposte du vivant. Une fiction dense et âpre, qui fait de la forêt un révélateur de toutes les violences humaines.
17/04/2026, 11:43
Avec Ravagés de splendeur, Guillaume Lebrun ne ressuscite pas seulement Héliogabale : il fait de son règne une scène de confrontation entre les corps, les croyances et le pouvoir. Porté par trois voix qui s’entrecroisent, le roman transforme la Rome antique en territoire de désir, de violence et de bascule politique, avec une langue qui éblouit autant qu’elle déborde.
16/04/2026, 12:56
L’eau n’est plus, dans cet essai, une simple question d’environnement. Simon Porcher en fait le point de rencontre des crises contemporaines : climat, agriculture, santé, énergie, inégalités, démocratie. En retraçant la longue histoire de sa maîtrise et de ses conflits, il montre comment une ressource tenue pour acquise devient le révélateur brutal de nos impasses collectives.
16/04/2026, 12:55
Une rupture, un été forcé en Cornouailles, une librairie au bord du désordre : Gracie Page fait d’un scénario de romance une histoire de déplacement social et intime. Avec Anna, brillante élève soudain déclassée, le roman observe comment un lieu, une communauté et le travail quotidien autour des livres déplacent les ambitions, réordonnent les affects et fissurent le mythe du parcours parfait, sans renoncer aux séductions du romanesque sentimental.
14/04/2026, 10:35
Dans son dernier ouvrage, Fantômes et Giboulées, Catherine Dufour s'éloigne des sentiers battus pour livrer une chronique sociale mâtinée de fantastique. À travers le portrait de Camille, gérante d'un refuge pour femmes victimes de violences, l'autrice explore les thèmes de la précarité et de la mémoire hantée des lieux. Entre enquête policière et réflexion philosophique, ce livre décortique avec une ironie mordante les mécanismes de l'invisibilité.
14/04/2026, 10:33
Longtemps resté inédit en France, Sentiers escarpés de John Muir paraît enfin aux éditions Arthaud. Véritable bible du nature writing, ce recueil retrace les pérégrinations du célèbre naturaliste à travers l’Ouest américain, de la Sierra Nevada au Grand Canyon. Entre observations scientifiques rigoureuses et envolées lyriques mystiques, Muir jette les bases de l’écologie moderne et de la protection des espaces sauvages dans un récit vibrant.
14/04/2026, 10:32
Un pape agressé, des élus morts dans des circonstances troubles, un service marginal d’Interpol lancé sur des pistes que personne ne veut vraiment relier : Bureau 26 d’Elie Maucourant combine thriller politique, noirceur sociale et faille intime. Porté par un narrateur cabossé, le roman tient par sa tension, son décor institutionnel et sa violence très concrète.
10/04/2026, 12:02
Ni manuel de sagesse ni variation mélancolique sur le temps qui passe, L’âge expérimental examine la vieillesse comme une terre neuve. Erri De Luca y interroge le corps, la mémoire, la liberté et l’amour, tandis qu’Inès de la Fressange introduit la question du style et du regard social. Un livre sec, dense, qui refuse le déclin et cherche dans l’âge avancé une dernière conquête.
09/04/2026, 11:56
Avec Devenir soi, Nicky Doll retrace un parcours d’émancipation où l’enfance, l’exil, la honte sociale, la scène drag et la conquête d’une voix propre s’enchaînent sans folklore inutile. Entre récit personnel, réflexion sur les normes et adresse à la jeunesse queer, le livre montre comment une identité se construit par déplacements, chocs, essais et reprises de pouvoir sur soi.
07/04/2026, 16:36
Dans Fearful, Lauren Roberts (trad. Marie Demay) déplace son univers en une zone plus sombre et mélancolique. En donnant la parole à une Mort ironique, solitaire et curieuse des vivants, elle bâtit un roman où la fantasy romantique se charge d’enjeux politiques et intimes. Pouvoir empoisonné, héritage corrompu : le livre séduit par sa voix singulière, malgré quelques effets de style trop appuyés.
07/04/2026, 15:23
Roman d’exil, de désir et de culpabilité, La prochaine fois que je te vois, je te tue (trad. Christilla Vasserot) avance au bord du gouffre avec une voix qui mêle sarcasme, panique et tendresse vénéneuse. Paulina Flores suit une narratrice chilienne à Barcelone, prise entre une histoire d’amour toxique, une amie décidée à mourir et une conscience qui transforme chaque détail en scène de crise. Une fiction nerveuse, drôle et profondément instable, qui sonde aussi l’épreuve de la solitude.
07/04/2026, 15:02
Avec Seul en mer, Richard J. King ne raconte pas seulement des traversées en solitaire : il remonte aux ressorts intimes, politiques et littéraires de ces départs vers le large. De Joshua Slocum à Ann Davison, son essai montre que l’océan ne sert pas de décor à l’exploit, mais de révélateur. Une histoire de la mer, de l’écriture et du face-à-face avec soi-même.
03/04/2026, 12:25
D’une plage d’enfance aux premiers réseaux sociaux, Catherine Prasifka suit la formation d’un regard qui ne cesse de se retourner contre soi. Celle que tu vois (trad. Laetitia Devaux) ne raconte pas seulement une jeunesse contemporaine : le roman ausculte la manière dont l’image modèle les souvenirs, déforme les liens et installe très tôt le besoin de corriger sa propre existence. Un texte nerveux, lucide, parfois cruel, sur l’impossibilité de coïncider avec soi.
03/04/2026, 06:30
Pour son deuxième opus, Jean-Baptiste Hanak propose le récit halluciné d’une tournée musicale. On y découvre la psychologie tortueuse de frères plus romantiques qu’il n’y paraît, et un visage méconnu du Japon. Par Aymeric Patricot.
02/04/2026, 13:36
Dans L’Aile droite (trad. Laure Hinckel), Mircea Cărtărescu plonge dans la Roumanie de 1989 par la porte étroite d’une cuisine, d’une mère et d’une ville en ruine. Entre pénurie, visions et mémoire filiale, le roman mêle l’histoire politique à une matière intime d’une densité rare. Une œuvre ample, parfois débordante, qui fait de Bucarest un paysage mental et de la survie quotidienne une expérience presque sacrée.
02/04/2026, 08:30
On se réveille parfois avec une gueule de bois qui sent le savon et la poussière des Pouilles. On croit lire un simple roman, et on se retrouve propulsé dans une Italie en plein boom, entre les effluves de talc de la Casa Rizzo et le vrombissement d’une Lambretta capricieuse. Francesca Giannone raconte plus qu'une histoire de famille avec À nous demain ; elle jette au visage le sel de la terre et le parfum des illusions perdues. C’est brut, c’est chaud, et ça gratte un peu sous la peau comme le sable du Salento.
01/04/2026, 13:15
Elle lit des romances comme d’autres apprennent à respirer, avec méthode, ferveur et une confiance presque militaire dans les promesses du genre. Puis le réel entre en scène, brutal, moqueur, imprévisible. Dans Romance Challenge (trad. Karin Forestier), Susan Lee envoie une héroïne bardée de références sentimentales au contact du campus, des réseaux et du vertige amoureux : le choc fait des étincelles.
01/04/2026, 11:22
Né d’un viol commis en plein carnaval, Bombus, le héros éponyme du dernier roman de Lenka Hornakova-Civade, à paraître en avril chez Alma Éditeurs, joue avec le temps, la nature, l’artifice, la fiction, la réalité — ce qui nous rend humains, complexes, insaisissables.
01/04/2026, 10:04
Sous le vernis attendri des récits sur la maternité, il y a d’ordinaire beaucoup de silence, quelques slogans et une montagne de faux-semblants. Peaux à peaux arrive avec les mains sales de réel et des couches pleines de non-dits. Mélanie Page ne berce personne : elle ouvre le corps, le couple, le désir d’enfant et la culpabilité comme on entrouvre une plaie pour vérifier ce qu’elle contient encore de vivant.
26/03/2026, 12:33
Dans les marges boueuses de l’Ouest américain, Kevin Barry installe un théâtre de la dérive où l’amour n’ouvre aucune porte. Entre hallucination et lucidité, Les Amours en fuite (trad. Karine Chichereau) dissèque l’illusion du départ, la fatigue des corps et l’impossibilité de se réinventer. Un roman dense, abrasif, où la langue elle-même semble lutter contre l’effondrement.
26/03/2026, 10:39
Oubliez vos GPS et vos certitudes de cadres sup’. Prenez-vous plutôt une décharge de poésie brute en pleine face avec le dernier Viscogliosi. On est loin de la BD de salon : c’est un road-movie cérébral où un mec à tête d’âne nous explique que s’égarer dans la Drôme est le seul moyen de rester lucide. C’est foutraque, c’est brillant, et ça sent l’encre fraîche et la liberté totale. Accrochez-vous, on part en dérive sans ceinture de sécurité.
26/03/2026, 10:38
Il y a, dans certaines maisons de fiction, une manière d’ouvrir la porte qui ressemble déjà à un piège. Avec Eversand, Victor Dixen convoque l’Amérique des dynasties, le gothique des grandes demeures et l’économie très concrète de la survie sociale. Sous les fleurs trop vives et les politesses de palace, le roman installe un territoire clos, sensuel et inquiétant, où chaque faveur semble présentée comme une dette, et chaque dette comme un serment.
25/03/2026, 13:36
Il y a, dans Les Ailes de la forêt, une promesse trompeuse : celle d’un roman d’aventure naturaliste, porté par la quête presque enfantine d’un collectionneur de papillons. Très vite, cette promesse se fissure. Ce que Jamy Gourmaud met en scène n’est pas une exploration, mais une extraction — du vivant, des hommes, des illusions. La forêt ne se contente pas d’entourer les personnages : elle les révèle, les trie, les use.
23/03/2026, 16:37
La célébrité adore se croire solide. Elle aime ses codes, ses angles, ses habitudes, ses gens pour ouvrir les portes avant même qu’elle tende la main. Puis un matin, tout décroche. Plus de reconnaissance, plus de visage social, plus de privilège visible. Il reste quoi ? Un corps, un nom déplacé, une panique très concrète, et cette vieille vérité qu’on préfère d’ordinaire laisser dormir : il suffit d’un rien pour tomber de très haut.
23/03/2026, 13:17
Il suffit parfois de dix centimètres de neige en trop, d’un lycée qui tourne sur lui-même, d’un séminaire corporate au bord de la mer et d’un silence soudain chez les enfants pour que tout le décor craque. Christopher Bouix entre là-dedans sans chercher l’équilibre ni la bienséance. Il prend la France des règlements, des experts, des parents fatigués, des chefs à slides, et il la jette dans un blizzard où plus rien ne répond.
23/03/2026, 11:13
Les palaces adorent faire croire que rien n’y entre jamais de brutal : ni la boue, ni le manque, ni la politique, ni les morts du monde extérieur. Puis la guerre monte l’allée, dépose ses hommes dans le hall et réclame les clefs. C’est là que Hôtel Avallon commence vraiment : au point exact où le vernis tient encore, mais où tout, dessous, a déjà commencé à craquer.
23/03/2026, 11:12
Le Pèse-Dieu débarque les bottes pleines de boue, de cendre et de code. Ian Soliane n’ouvre pas une porte sur l’au-delà : il balance son lecteur dans une zone grise, saturée de deuil, de bugs et de souvenirs qui mordent encore. Au bout du chemin, un père marche après une morte. Et derrière cette poursuite, c’est toute notre époque qui clignote, froide, connectée, inconsolable.
20/03/2026, 13:01
Venise transpire ici moins le tourisme que la poudre, la peur et les arrière-salles où l’Europe se rêve encore gouvernable. Sous les ors, les cloches et les façades, Fabiano Massimi rouvre un instant où l’Histoire a tangué sans tomber. Le Pacte de Venise (trad. Renaud Temperini) avance dans cette valse politique, là où les dictateurs paradent, où les vaincus calculent, et où quelques hommes comprennent avant les autres que le siècle prépare sa catastrophe.
20/03/2026, 12:36
Dans une époque saturée de récits frelatés, de postures et de vérités en kit (ou en scrolls), Ivan Jablonka et Aurélie Barjonet proposent avec Écrire le réel un essai qui refuse la brume. Le tout avec la contribution d'Annie Ernaux, juste pour dire. Ce manifeste collectif rouvre une vieille ligne de front : celle où la littérature cesse d’orner le monde pour aller le contredire, l’ausculter, l’accuser — et parfois le prouver. Sortie le 25 mars.
19/03/2026, 17:12
Dans une chambre où le plafond devient planète et les nuits un territoire sans fin, tout se dérègle sans bruit. Messages anonymes, corps fatigué, amour sous tension : rien n’explose, tout s’érode. Avec Salut, tu vas bien ? (trad. Guillaume Deswarte) Martina Hefter capte ce moment précis où le réel glisse, où mentir devient une manière de tenir, et où la lucidité, loin de sauver, enferme davantage.
19/03/2026, 16:06
Small Town Sins (trad. Clément Baude) s'inscrit dans une tradition de récits où le mal est raconté sans fioritures : comment une ville entière l’absorbe, le recycle, le dissimule dans son quotidien. Sous les porches, dans les chambres vides, aux urgences, chacun tient debout comme il peut — et c’est précisément là que le livre mord.
19/03/2026, 15:46
Avancer à pas feutrés, félinement, et bondir pour attraper sa proie au cou... Panthères fait entrer le crime dans la chair : pluie froide, nicotine et les couloirs de palais de justice et la fatigue des vivants. Valentine Vendôme y lâche une héroïne sous tension dans un monde où la procédure tient lieu de rempart pendant que tout menace de céder.
18/03/2026, 16:42
Méandres d’une île : Port-Cros est un livre d’images méditerranéennes mais surtout, pourrait-on dire de silences… La photographe Rachele Cassetta, y déploie magistralement un regard d’une rare intensité, attentif aux variations les plus subtiles de la lumière, aux lignes secrètes du paysage, aux respirations invisibles de l’île… Port-Cros apparaît alors sous son objectif comme un monde à part, unique, à la fois fragile et souverain, offert dans sa nudité minérale et végétale.
18/03/2026, 09:15
Il y a des livres qui entrent par la porte. Celui-ci fracasse le plafond. Dragons fossilisés, lunes qui chutent, désir comme une embuscade, royaumes bâtis sur l’os : Sarah A. Parker ne demande aucune permission. Elle cogne, flambe, déborde. Sous les ors de la romantasy, When the Moon Hatched (trad. Laurence Le Charpentier) cache une machine plus noire, plus charnelle, plus politique, qui avance avec des griffes et laisse des marques.
17/03/2026, 10:57
On croyait la préhistoire rangée dans les vitrines, les fiches pédagogiques et les silhouettes de musée. Éloi Audoin-Rouzeau la rend à la boue, au souffle, au désir, à l’angoisse nue. Dans Le Dernier clan, il ne s’agit pas de reconstituer un décor ancien, mais de regarder un monde vivant sentir venir sa propre fin. Et cela change tout : le roman ne contemple pas le passé, il le fait trembler sous nos pieds.
17/03/2026, 10:56
On croyait ouvrir un roman d’anticipation, on entre dans une chambre froide où l’amour, l’administration et la mort signent les mêmes formulaires. Sous les pins, dans l’ombre des archives et des salles de classe, Scott Alexander Howard serre la gorge avec une idée simple et monstrueuse : un pouvoir tient d’autant mieux qu’il règle nos deuils. Et soudain, la douceur d’un violon suffit à faire vaciller tout l’édifice, jusque dans nos élans les plus intimes.
16/03/2026, 11:52
Autres articles de la rubrique Livres
L’actualité à la lumière des livres. Des milliards de galaxies qui s’éloignent, un vieux débat américain ravivé par le Proche-Orient, une invasion britannique oubliée, le journal intime d’un grand diariste anglais et les mystères du microchimérisme : la sélection de la semaine traverse cosmologie, géopolitique, roman historique, édition et biologie.
18/04/2026, 10:13
Terre et ciel, de Jean-Luc Raharimanana, paraît aux Éditions Rivages le 6 mai 2026 et propose une réécriture contemporaine du mythe malgache d’Ibonia, en suivant le parcours d’un héros promis à une princesse qu’il devra reconquérir au terme d’un long voyage initiatique.
18/04/2026, 08:23
L'or de la vie - Dépasser mes peurs et mes limites, signé par Manon Apithy et publié chez Robert Laffont, paraît le 13 mai : la championne olympique de sabre y retrace son parcours et livre une réflexion personnelle sur la réussite, entre exigences sportives, fragilités et quête d’équilibre.
18/04/2026, 07:17
Paru le 16 avril 2026, Antonin Artaud et Jacques Latrémolière, la relation insolite entre un patient et son psychiatre (éd. L’Harmattan) s’inscrit dans la continuité du travail solide et exigeant que Patrick-Albert Pognant consacre à Artaud depuis plusieurs années. J’avais découvert cet auteur à travers son précédent ouvrage, Antonin Artaud, la mise en échec de la médecine, qui m’avait profondément marqué à l’époque où je rédigeais mon propre livre, Artaud le Martaud : asiles, drogue, électrochocs. Par Ilios Chailly.
17/04/2026, 16:41
Le commissaire Adamsberg est de retour : Fred Vargas signe un come-back remarqué, comme d'habitude, avec Une unique lueur (Flammarion), qui s’installe directement en tête du classement dès sa sortie, avec 38.110 exemplaires vendus pour cette nouvelle semaine (06/04 au 12/04).
17/04/2026, 11:48
Un livre qui offre une autre vision de l’École, débarrassée de ses fins utilitaristes et mise au service de la compréhension du monde. Un manuel qui offre des pistes aux enseignant·es pour maintenir une pratique d'exigence intellectuelle avec les élèves. Pour redonner du sens à l’École et au métier d'enseignant.
17/04/2026, 08:00
Et si l’histoire italienne se lisait dans une assiette de pâtes ? Federico Tavola mêle souvenirs siciliens, scènes de voyage, histoire du fascisme, folklore régional et mythologies culinaires pour défendre une thèse simple : en Italie, la cuisine tient lieu de langue commune. Un essai-mémoire ample et charnel, où la pasta devient à la fois affaire de goût, de transmission familiale, d’éducation sentimentale et de résistance politique.
16/04/2026, 14:26
Avec Les Plus Jeunes Années du monde, roman de Marie-Lorna Vaconsin à paraître chez Actes Sud le 13 mai, l’autrice imagine un monde troublé par un phénomène inexplicable où des chênes se mettent à émettre une lumière rouge, tandis que deux trajectoires solitaires cherchent à renouer avec les autres.
16/04/2026, 09:29
Avec Fantômes et giboulées, Catherine Dufour signe un nouveau roman publié chez Robert Laffont, à paraître le 7 mai, où une femme transforme un refuge pour victimes de violences en lieu d’accueil pour les morts, mêlant humour, littérature et surnaturel autour d’une question simple : peut-on vraiment cohabiter avec les fantômes sans en payer le prix ?
16/04/2026, 08:04
Lily est rédactrice de notices. Elle aime les modes d’emploi clairs, que les choses soient à leur place et les procédures efficaces. Un jour, elle découvre le développement personnel et un mantra : « Libérez-vous en éliminant les problèmes un à un ».
16/04/2026, 07:00
Trop souvent, les romans dits sociétaux parlent de la France périphérique, celle des banlieues éloignées où abondent les clichés des « pavillons jardins avec des trampolines ». Mais on parle peu de la France rurale et de ses combats au quotidien pour continuer à compter parmi les autres.
15/04/2026, 09:00
Le bien nommé Breyten Breytenbach a payé le prix de l'insoumission : un opposant à l’apartheid, un homme d’exil, un prisonnier politique, un écrivain interdit de séjour dans son propre pays. Il fut cet Afrikaner qui tourna le dos au confort tribal, fonda un mouvement clandestin, fut arrêté en 1975, condamné à neuf ans de prison, vingt-deux mois à l'isolement.
14/04/2026, 18:22
Pas facile pour Marlon, lycéen en terminale dans un trou paumé du Poitou, de porter le prénom d’un acteur américain, symbole de la virilité, quand on dessine des garçons nus et qu’on est amoureux de Samir, l’énigmatique et désirable pion du lycée.
14/04/2026, 14:35
Rescapé de la rentrée 2025, ce premier roman est un gros coup de cœur et une totale immersion dans la vie pluvieuse des éleveurs de moutons de Cumbrie. Du nature-writing comme on en fait trop rarement, du rural et du social à la Ken Loach.
14/04/2026, 09:00
Pensiez-vous qu’après trois tomes, Brioche et Tartine seraient à court d’idées… ou de bêtises ? Détrompez-vous ! Les voilà de retour, plus en forme que jamais, capables même de se lancer dans une partie de tennis — quitte à envoyer la balle droit dans un commissariat et à troquer la raquette contre une paire de baskets.
14/04/2026, 08:00
Des origines familiales au Pendjab aux luttes contre la guerre, Tariq Ali compose un livre de mémoire politique qui traverse 1943-2024 sans se réfugier dans la légende personnelle. Ces pages montrent comment une vie militante, littéraire et intellectuelle épouse les secousses du siècle : espionnage, révolutions, défaites de la gauche, triomphe néolibéral et refus constant des accommodements.
13/04/2026, 15:03
Avec La Sorcière rouge. Tome 1 : La dernière porte, Steve Orlando et Sara Pichelli relancent Wanda Maximoff par un geste fort : faire d’elle non plus une menace à contenir, mais un recours pour les êtres sans issue. Ce premier arc, nourri d’action, de magie et d’intime, replace la quasi-omnipotente Sorcière rouge (Scarlet Witch en VO) au centre d’un récit où la puissance féminine s’écrit du côté de la compassion et de la réparation.
13/04/2026, 11:21
Ce onzième livre de Marie-Hélène Lafon est exceptionnel (et nous l'avions déjà dit, mais cédons au plaisir de le répéter) : il est expérimental à l’image de son titre elliptique. Le livre, construit par ellipses, laisse la possibilité au lecteur de s’y mirer totalement, de se faire ses propres fictions. De laisser son imaginaire vagabonder sans jamais s’épuiser.
13/04/2026, 07:00
« Le personnage qui dit “je” dans ce livre, souhaiterait garder quelque mystère. » La première phrase de cet vrai-faux roman Faux-passeports (1937), qui se compose en fait de cinq nouvelles reliées entre elles par un même narrateur, pose d’emblée la véritable nature de ce livre, un savant mélange d’autobiographie, de romanesque et d’essai sur ce qu’est l’engagement pour une cause. Par Carl Aderhold.
12/04/2026, 09:55
Terre de lumière et de contrastes, la Haute Provence mêle les parfums du sud et la rudesse des montagnes. Ici, les lavandes se mêlent aux genêts, les aigles planent au-dessus des crêtes et les torrents creusent des gorges spectaculaires. À travers ce guide collectif à paraître le 16 avril, 24 balades invitent à explorer les paysages entre Verdon, Lure et Mercantour.
12/04/2026, 08:30
À travers ce guide collectif, à paraître le 16 avril, le lecteur est invité à parcourir 25 belles balades entre terre et mer. Des plages du Débarquement aux falaises du Cotentin, des marais du Bessin aux forêts de l’Orne, la Basse-Normandie révèle une nature d’une richesse insoupçonnée.
12/04/2026, 08:30
Des plaines du gave aux crêtes des Pyrénées, le Béarn déploie une nature aussi sauvage que généreuse. Ici, le promeneur n’est jamais bien loin d’un torrent, d’un sentier fleuri ou du vol d’un vautour. Il suffit de lever les yeux pour sentir la montagne respirer. À découvrir en librairie le 16 avril.
12/04/2026, 07:30
Terre de vent, de pierre et de lumière, le Pays Cathare dévoile ici toute la splendeur de ses paysages. Des gorges de la Frau aux étangs de la Narbonnaise, des crêtes de Quéribus aux vignes de Tuchan, des forêts de la Montagne Noire aux falaises de Bugarach, chaque itinéraire est une plongée dans l’histoire et la nature. À travers ce guide collectif, à paraître le 16 avril, 24 belles balades invitent à explorer des paysages entre citadelles et garrigues.
12/04/2026, 07:00
Entre sciences, histoire, société et fiction, la Booksletter de la semaine compose un panorama intellectuel dense, où chaque ouvrage éclaire une tension contemporaine. Du planétarium d’Eise Eisinga aux bombardements de Tokyo, des couvents baroques aux conflits de garde d’enfants, ces lectures interrogent les structures politiques, culturelles et sociales qui façonnent nos représentations, nos savoirs et nos héritages collectifs.
11/04/2026, 09:56
La Bretagne Sud se dévoile comme un territoire mouvant, où les frontières s’effacent pour laisser place à une nature foisonnante et imprévisible. Dans ce guide collectif à paraître le 16 avril, 25 balades invitent à explorer des paysages entre ciel et mer.
11/04/2026, 09:00
À paraître le 16 avril, ce guide collectif réunit 23 belles balades entre terre et mer. Entre Niort, La Rochelle et la baie de l’Aiguillon, le Marais Poitevin déploie ses paysages miroitants : canaux bordés de frênes, prairies inondées, vasières salées et vastes horizons.
11/04/2026, 08:30
Pays de lumière et de pierre, les Causses et Cévennes racontent depuis des millénaires l’histoire d’un dialogue unique entre l’homme et la nature. Inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO pour leurs paysages façonnés par l’agropastoralisme, ces hauts plateaux et vallées profondes sont un condensé de beauté brute, de traditions vivantes et de biodiversité exceptionnelle. À découvrir en librairie le 16 avril.
11/04/2026, 08:00
Le Luberon comme vous ne l’avez jamais vu. Entre Durance et monts de Vaucluse, entre lavandes et falaises, cet ouvrage collectif, à paraître le 16 avril, entraîne le lecteur au cœur d’un territoire d’exception, classé Réserve de biosphère par l’UNESCO.
11/04/2026, 07:30
Terre d’eau, de pierre et de forêts profondes, le Jura est un territoire d’une richesse naturelle inouïe. Ici, les torrents sculptent la roche, les lacs miroitent au creux des combes, les tourbières gardent la mémoire des glaciers, et les crêtes s’ouvrent sur les Alpes. Ce guide collectif, à paraître le 16 avril, invite à explorer ces paysages puissants et contrastés.
11/04/2026, 07:00
Entre le Rhône et la Méditerranée s’étend un monde à part : la Camargue, terre de contrastes et de lumière, façonnée par la rencontre du fleuve et de la mer. Dans ce guide collectif, à paraître le 16 avril, l’eau salée et l’eau douce s’affrontent et s’épousent, dessinant un paysage vivant où se mêlent lagunes, sansouires, marais et dunes mouvantes.
10/04/2026, 17:00
Top Articles
La Complainte des Boîtes à Livres : “Nous ne voulons plus nous taire” Trump “tellement stupide” que même Stephen King n'a “plus les mots” Au Japon, les particuliers louent des mini-rayons dans une une grande librairie Mort de Séverine Erhel, la chercheuse qui éclairait le débat sur les écrans
Commenter cet article