Après avoir distingué Émilie Desvaux en 2025 pour Le ciel de Tokyo (Rivages) et Hemley Boum en 2024 pour Le rêve du pêcheur (Gallimard), le Prix littéraire des Sciences Po dévoile sa longue liste 2026. Neuf romans francophones, sélectionnés parmi les 363 titres de la rentrée d’hiver, composent une liste qui, selon les organisateurs, témoigne d’une littérature « qui n’hésite pas à s’emparer de thèmes très actuels et polémiques » et qui manifeste « la vitalité de la langue française ».
Le comité de lecture - composé de dix Alumni et membres de Sciences Po Alumni - a retenu des textes qui interrogent notre époque à travers des prismes variés : peine de mort, guerre en Ukraine, crise écologique, condition féminine, enfermement, dictature, catastrophe climatique, mémoire de la Shoah ou montée des conservatismes.
Les Alumni sont invités à voter pour le livre « le plus apte à nous aider à comprendre notre temps ». Trois titres seront également retenus par le jury de présélection. Le lauréat final sera choisi par un jury présidé par le journaliste et écrivain Alfred de Montesquiou. Clôture des votes : 9 mars à 12h. Le prix sera remis le 2 juin, à l’occasion d’un événement organisé sur le campus Saint-Thomas de Sciences Po.
Côté dotation, l’Association Sciences Po Alumni prévoit l’achat d’exemplaires du livre lauréat afin de les diffuser auprès d’un cercle de correspondants privilégiés - journalistes, parlementaires, personnalités publiques - ainsi qu’aux intervenants invités par l’association.
Avec Protocoles (Flammarion), Constance Debré mêle récit personnel et description clinique des procédures d’exécution américaines ; le comité salue « cette écriture très blanche » qui interroge « les frontières de l’humanité ». Dans Mutines (La Contre-Allée), Perrine Le Querrec redonne voix à des jeunes filles enfermées en 1934 et compose un texte puissant sur l’enfermement et « la violence des hommes contre les femmes ».
L’esprit de sel (Le Canoë) de Guillaume Viry, en vers libre, retrace le destin d’une femme juive jusqu’à la rafle du Vél d’Hiv, dans une langue d’« exceptionnelle beauté », abordant des thèmes « hélas contemporains : l’antisémitisme, le racisme, l’exil ».
La guerre et les bouleversements du monde irriguent aussi la sélection. Dans L’art du ricochet (JC Lattès), Nicolas Delesalle suit un reporter arrêté en Moldavie, dans un roman salué pour « sa vitalité, son humour et sa tendresse ». García Lorca et le poète birman (Récamier) de Nour Malowé fait de la littérature « un acte de résistance » face à la dictature.
Le ciel l’a mauvaise (L’Olivier) d’Éléa Marini explore la survie après une catastrophe climatique, ancrée dans « les réalités du monde d’aujourd’hui et de demain ». Enfin, Leurs désirs immenses (L’Iconoclaste) de Léa Lhermet interroge l’héritage féminin, Princesse (Le Seuil) de Kinga Wyrzykowska dresse un portrait satirique des dérives conservatrices, et Aqua (L’Observatoire) de Gaspard Koenig met en scène, sur fond de crise de l’eau, les contradictions d’une société contemporaine traversée par l’urgence écologique.
Le jury réunit Émilie Desvaux, lauréate 2025, Anne-Béatrice Schlumberger, présidente de Sciences Po Alumni, Juliette Coulombel, présidente du Prix littéraire des étudiants de Sciences Po, ainsi que Madeleine Clanet, Laurence d’Aboville, Marin de Viry, Quentin Girard, Charlène Guinoiseau, Nolwenn Le Blevennec, Renaud Leblond et Minh Tran Huy.
Retrouver la liste des prix littéraires français et francophones
Crédits photo : Prix littéraire des Sciences Po
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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