Julie Dachez ouvre Qu’est-ce que vous croyez ? comme on entrouvre une fenêtre : avec un humour de survie et une franchise désarmante. « Je suis une personne lambda », annonce-t-elle, avant d’avouer deux « extases mystiques » venues bousculer une ancienne « dépressive chronique ».
Ce basculement, elle le raconte sans encens ni froufrous : la spiritualité l’intéresse précisément parce qu’elle s’exerce hors dogmes, tout en travaillant le réel, au corps près. « Je suis depuis habitée par une espèce de confiance inébranlable », écrit-elle, et le livre s’attache à déplier ce que cette certitude change dans une vie.
Le moteur narratif tient dans une tension revendiquée : la narratrice adore « passer des heures à lire des articles scientifiques », mais refuse de confondre méthode et toute-puissance. Hubert Reeves sert d’aiguillon : le Big Bang « marque l’horizon de notre connaissance ». Julie Dachez transforme cette limite en espace respirable, « quitte à n’en rien savoir, autant laisser la porte entrouverte ».
Le récit jamaïcain, au cœur du prologue, impose une écriture nerveuse, charnelle, parfois électrique, où les images s’enchaînent comme des décharges. Elle cherche une « chance de la dernière chance », traverse une semaine intensive, puis lâche, au sortir du vertige : « I met God! Life is beautiful. I’ll never be the same. »
La scène évite l’emphase par un détail décisif : la narratrice avoue l’embarras de nommer — « “Dieu” […] ne me convainc pas » — et parle d’« énergie ». L’essai devient alors promesse : une enquête « scientifique (mais pas chiante) », qui alterne notions, résultats d’études, définitions et scènes de vie, jusqu’à convoquer la télé-réalité et les Kardashian comme grammaire populaire du croire.
Dachez rappelle que 35 % des personnes interrogées dans un sondage déclarent avoir senti une « force spirituelle » au moins une fois, et que ces vécus demeurent souvent tus par crainte du ridicule. Elle martèle la rigueur : corrélation ne vaut pas causalité ; « On ne compare pas des licornes avec des poneys Shetland. »
Ce qui emporte l’adhésion, au fil des pages, tient à l’art du pont : relier « savoir scientifique et savoir expérientiel », sans posture de conversion ni verdict métaphysique, puisque « confirmer ou infirmer » l’existence d’un dieu relève d’un faux procès.
Dachez écrit pour transmettre, mais aussi pour déstigmatiser : « En 2025, c’est inacceptable d’en être encore là ! » Entre confidence et méthode, elle propose moins une croyance qu’un outillage : des mots pour habiter l’invisible, et des garde-fous pour ne pas s’y perdre.
Publiée le
25/02/2026 à 17:00
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Paru le 18/02/2026
320 pages
Albin Michel
21,90 €
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