La longue liste, à ne pas confondre avec la longue marche, du International Booker Prize 2026 a été dévoilée ce mardi 24 février. Treize ouvrages traduits en anglais, issus de onze langues et représentant quatorze nationalités, sont en compétition pour cette édition qui marque les dix ans du prix dans sa formule actuelle.
Le 24/02/2026 à 18:22 par Hocine Bouhadjera
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Et parmi eux figurent deux auteurs français : Marie NDiaye, sélectionnée pour The Witch (La Sorcière), traduit du français par l’Américain Jordan Stump et publié au Royaume-Uni par MacLehose Press, et Mathias Énard, retenu pour The Deserters (Déserter), traduit par Charlotte Mandell et publié par Fitzcarraldo Editions.
Créé pour récompenser la fiction traduite publiée au Royaume-Uni ou en Irlande, le prix distingue à parts égales l’auteur et le traducteur, qui se partagent les 50.000 £ (environ 58.000 €) attribuées au lauréat. La shortlist sera annoncée le 31 mars, avant la proclamation du vainqueur le 19 mai à la Tate Modern, à Londres.
Marie NDiaye, qui publia son premier roman à l’âge de 17 ans, a remporté le prix Femina en 2001 pour Rosie Carpe puis le prix Goncourt en 2009 pour Trois femmes puissantes. Elle avait déjà été « longlistée » à l’International Booker en 2016 pour Ladivine et figurait parmi les auteurs distingués dans l’ancienne version du prix en 2013.
Particularité de cette sélection : La Sorcière n’est pas une nouveauté récente. Le roman a été publié pour la première fois en 1996 aux Éditions de Minuit, soit trente ans avant sa reconnaissance par le Booker. Ce décalage illustre l’un des enjeux du prix : permettre à des œuvres parfois anciennes, restées inédites en anglais, de trouver un nouveau lectorat.
Dans ce texte à la frontière du réalisme et du fantastique, Marie NDiaye met en scène Lucie, mère de famille dont l’existence bascule lorsqu’elle découvre qu’elle appartient à une lignée de femmes dotées de pouvoirs surnaturels. La sorcellerie y fonctionne moins comme motif folklorique que comme métaphore de la marginalité et de l’exclusion. Le fantastique s’insinue dans le quotidien, révélant les tensions du couple, de la maternité et de la place assignée aux femmes.
Mathias Énard, de son côté, est l’un des écrivains français les plus reconnus à l’international. Lauréat du prix Goncourt en 2015 pour Boussole, il avait déjà été finaliste de l’International Booker en 2017 pour ce même roman, traduit par Charlotte Mandell. Il retrouve aujourd’hui la traductrice avec The Deserters, version anglaise de son roman publié en 2023 chez Actes Sud.
Le livre tisse deux récits contrastés : l’histoire d’un homme et d’une femme fuyant une guerre indéterminée, et celle d’un colloque célébrant la vie d’un mathématicien. Entre récit de survie et réflexion intellectuelle, Énard explore les lignes de fracture entre engagement, exil et mémoire.
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La présidente du jury 2026, la romancière britannique Natasha Brown, évoque une sélection marquée par la variété et l’audace formelle. Les treize titres explorent des thèmes allant « de la sorcellerie à la guerre, de la révolution au renouveau, de la magie au meurtre », et interrogent les déséquilibres liés au genre, à l’argent ou aux forces géopolitiques.
Les livres sélectionnés traversent continents et siècles. On y croise un conquistador argentin queer, une mathématicienne est-allemande, une « vierge jurée » dans un village montagnard régi par des lois archaïques, ou encore une prison coloniale au cœur de la forêt brésilienne.
L’édition 2026 célèbre les dix ans du prix dans son format actuel, qui distingue conjointement auteurs et traducteurs. Depuis 2016, quatre écrivains révélés par l’International Booker ont ensuite obtenu le prix Nobel de littérature, signe de l’influence croissante de la récompense.
Le prix bénéficie cette année du soutien de Bukhman Philanthropies, organisation engagée notamment dans la santé maternelle et néonatale ainsi que dans la santé mentale. Cette année, 128 ouvrages ont été soumis par les éditeurs, représentant 34 langues originales – un record.
Plus de la moitié des titres sélectionnés proviennent de structures indépendantes, dont Fitzcarraldo Editions – nommée pour la dix-septième fois –, Charco Press ou encore Foundry Editions, qui apparaît pour la première fois. Sept traducteurs avaient déjà été nommés auparavant. Jordan Stump, traducteur de Marie NDiaye, est un habitué de son œuvre : The Witch constitue sa huitième traduction de l’autrice vers l’anglais.
Outre Marie NDiaye, la longlist réunit des auteurs déjà primés dans leurs pays respectifs ou internationalement reconnus, comme Mathias Énard, Daniel Kehlmann ou Ia Genberg. Elle comprend également trois premiers romans et deux œuvres publiées à l’origine il y a plus de trente ans, dont Women Without Men de l’Iranienne Shahrnush Parsipur, interdit dans son pays.
Voici la longlist 2026 :
The Nights Are Quiet in Tehran (allemand, Shida Bazyar – Allemagne, trad. Ruth Martin – Royaume-Uni, Scribe UK)
We Are Green and Trembling (espagnol, Gabriela Cabezón Cámara – Argentine, trad. Robin Myers – États-Unis, Harvill)
The Remembered Soldier (néerlandais, Anjet Daanje – Pays-Bas, trad. David McKay – Pays-Bas/États-Unis, Scribe UK)
The Deserters (français, Mathias Énard – France, trad. Charlotte Mandell – États-Unis, Fitzcarraldo Editions)
Small Comfort (suédois, Ia Genberg – Suède, trad. Kira Josefsson – Suède, Wildfire)
She Who Remains (bulgare, Rene Karabash – Bulgarie, trad. Izidora Angel – Bulgarie, Peirene Press)
The Director (allemand, Daniel Kehlmann – Allemagne, trad. Ross Benjamin – États-Unis, riverrun)
On Earth As It Is Beneath (portugais, Ana Paula Maia – Brésil, trad. Padma Viswanathan – Canada, Charco Press)
The Duke (italien, Matteo Melchiorre – Italie, trad. Antonella Lettieri – Royaume-Uni/Italie, Foundry Editions)
The Witch (français, Marie NDiaye – France, trad. Jordan Stump – États-Unis, MacLehose Press)
Women Without Men (persan, Shahrnush Parsipur – Iran, trad. Faridoun Farrokh – Iran, Penguin International Writers)
The Wax Child (danois, Olga Ravn – Danemark, trad. Martin Aitken – Royaume-Uni, Viking)
Taiwan Travelogue (mandarin, Yáng Shuāng-zǐ – Taïwan, trad. Lin King – Taïwan/États-Unis, And Other Stories)
La shortlist de six livres sera annoncée le mardi 31 mars 2026. Chaque titre finaliste recevra une dotation de 5000 £, répartie à parts égales entre l’auteur et le traducteur, soit 2500 £ chacun.
La sélection des 13 ouvrages a été établie par le jury 2026, présidé par l’autrice primée Natasha Brown. Elle est accompagnée de l’écrivain, animateur et professeur de mathématiques et de vulgarisation scientifique à l’université d’Oxford Marcus du Sautoy ; de la traductrice Sophie Hughes, finaliste du International Booker Prize ; de l’écrivain, éditeur de Lolwe et libraire Troy Onyango ; ainsi que de la romancière et chroniqueuse primée Nilanjana S. Roy.
Le recueil de nouvelles Heart Lamp, de l’autrice indienne Banu Mushtaq et traduit de la langue kannada par Deepa Bhasthi, a remporté l’International Booker Prize 2025.
Crédits photo : Marie NDiaye (Hélie Gallimard) / Mathias Enard (Pierre Marquès)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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