Venise, millefleurs

Ryoko Sekiguchi

« [...] Certes, cette femme, Ilaria, je ne l’avais pas connues et je ne la connaîtrias jamais dans la réalité. Je ne pouvais pas non plus écrire sur sa vie comme le ferait une historienne. Elle était aussi éphémère qu’une brume, et la seule trace tangible de sa vie était ces mains qui avaient cueilli les plantes qui se trouvaient devant moi. Il n’y avait aucune raison objective d’écrire sur elle.

Or, c’est peut-être précisément pour cette raison que je ne pouvais pas me détacher d’Ilaria. Ce n’était pas une personne dont la vie singulière nous aurait révélé des facettes cachées de l’histoire de Venise, mais quelqu’un d’aussi ordinaire que nous autres, dont les traces étaient elles aussi vouées à disparaître. »


Pour raconter Venise, ville à l’architecture merveilleuse et à l’atmosphère unique, Ryoko Sekiguchi a choisi d’emprunter un chemin pour le moins surprenant : celui des plantes. Plus précisément, elle se plonge dans le travail d’une femme ayant vécu au XIXe siècle, botaniste à ses heures perdues. Au fil des jours, Venise s’écrit avec mélancolie, comme accompagné d’un filtre sépia. 

Tombée par hasard sur cet herbier d’une autre époque, la narratrice est submergée par ce qu’elle y découvre. Toute cette déferlante d’émotion n’est pas nécessairement liée aux plantes elles-mêmes, à ces reliques du passé, précieusement conservées entre ces pages, mais plutôt ces annotations, ces instants inscrits dans le papier par Ilaria. Des riens, des remarques sur le temps, des pensées posées. Deux cents ans plus tard, la narratrice répond à ces messages, avec ses propres notes, débutant une forme de correspondance entre ces deux femmes, bien qu’elle se fait sans espoir de réponse. 

À travers ce texte, Ryoko Sekiguchi raconte aussi toutes ces figures féminines, dans le silence, dans l’ombre du quotidien, qui ont disparu derrière les grands noms de l’histoire. Souvent, bien entendu, des hommes de pouvoir. De la même manière que certaines odeurs, certaines saveurs, certaines plantes ont disparu avec les années, ces noms de femmes ont été oubliés…

Une michronique de
Valentine Costantini

Publiée le
24/02/2026 à 17:00

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Venise, millefleurs

Ryoko Sekiguchi

Paru le 08/01/2026

256 pages

P.O.L

20,00 €